Ils vont nous manquer… par Maette Chantrel

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Ma semaine d’avant le Festival
Cette semaine-là et depuis 31 ans, je m’installe à St Malo. Après des mois de préparation, de lectures, de notes, approche le moment tant attendu et un peu redouté aussi de l’édition annuelle du Festival Etonnants Voyageurs. Avec Michel Abescat et Pascal Jourdana, mes partenaires et complices, nous nous retrouvons trois jours durant pendant le week-end de la pentecôte « confinés » dans le Café Littéraire, mais voyageant grâce aux auteurs qui au travers de leurs romans, leurs essais, leurs récits, nous offrent leur vision du monde. C’est vertigineux ! environ 75 auteurs se succèderont sur notre plateau et nous essaierons d’être des passeurs enthousiastes et sincères, afin de mettre en relation ces écrivains dont nous avons aimé les livres avec le public de notre festival. Public dont nous sommes fiers tant la ferveur qu’il porte à la littérature, aux écrivains, aux livres, est célébrée par nos invités venus du monde entier.

Ils vont nous manquer…
Cette semaine-là et depuis 31 ans, le lundi précédant le festival, je prends possession de ma chambre d’hôtel tout près du Palais du Grand Large où je suis accueillie par Béatrice, sa directrice, devenue mon amie et toute son équipe qui me dorlote. Dans ma chambre je range mes livres, décorés de post-it multicolores, par journées, par plateaux, par heure. J’ai besoin de cet ordre qui apaise mon angoisse d’avant festival… Quand cela est fait, je vais à la rencontre des équipes dispersées dans les 25, 27 (?) lieux du festival et qui travaillent d’arrache-pied aux dernières installations. Les régisseurs, les équipes d’expos, du cinéma, du salon du livre, sont déjà sur place depuis plusieurs jours.

Aujourd’hui je pense fort à eux tous ainsi qu’aux équipes de la mairie et aux bénévoles qui nous sont fidèles année après année depuis pour certains plus de 30 ans.

Pendant que Michel (Le Bris) répond aux très nombreuses sollicitations des médias nationaux et locaux, la très efficace équipe permanente d’EV renforcée par nos stagiaires finalise toute l’organisation logistique et avec l’équipe communication installe les bureaux d’accueil pour les invités, les scolaires, la presse, les bénévoles, au 3è étage du Palais du Grand Large. La vue sur la plage du Sillon, sur l’intra-muros et sur le Fort National est époustouflante et revigorante, même le temps d’un coup d’œil…. la tension monte et l’excitation aussi … On rit, on râle, on s’encourage et on mange des bonbons apportés en quantité pour soutenir le moral des troupes…

Aujourd’hui comment va leur moral ?
Cette semaine-là et depuis 31 ans, je vais marcher sur la plage à 7h00 chaque matin, m’imprégner de la beauté et de l’esprit des lieux, faire le plein d’énergie avant de me remettre aux dernières lectures, aux derniers préparatifs de présentation des cérémonies officielles, à celle des séances plénières, des journées collège le jeudi, lycée le vendredi, et à la préparation des rencontres de la journée professionnelle.

Le calme avant la tempête…
A partir du mercredi soir, c’est parti ! les auteurs et animateurs participant aux journées scolaires arrivent. La ville de St Malo est envahie par des cars déversant des centaines de jeunes venant de toute la Bretagne, certains partis très tôt le matin et qui se réveillent au moment de la séance plénière. Ils acclament les auteurs dont ils ont étudié les livres et qu’ils rencontreront dans la journée…Ils les accueillent comme des rock-stars !

Et puis il y a nos petites traditions :
Le jeudi soir, Michel Abescat, Pascal Jourdana et moi faisons bande à part pour nous retrouver enfin et « pour de vrai », l’un arrivant de Paris l’autre de Marseille pour partager un diner, faire un point sur notre Café Littéraire, parler de nos coups de cœur, désamorcer le trac et déguster quand il y en a des huitres sauvages en buvant un excellent Quincy.

Dire aussi ce moment fabuleux le samedi midi, quand les écrivains, les cinéastes, les éditeurs, les journalistes, les interprètes, les animateurs se retrouvent tous dans la cour du Château pour la réception d’ouverture offerte par la mairie de la Ville. Retrouvailles pour les uns, découverte pour les autres, il y règne un joyeux brouhaha, prémices de beaux échanges et de belles rencontres pour la nouvelle édition.

La suite est publique, l’arrivée des spectateurs au Café Littéraire pour réserver leurs places, le plaisir de revoir les visages connus des habitués et celui de découvrir que ce lieu que nous avions conçu dès la première année du festival, Christian Rolland et moi, fait toujours salle comble.

Notre festival créé en 1990 a toujours eu l’ambition de raconter le monde. Un monde dont nous célébrons la beauté, la fragilité, la violence, la poésie, la richesse et la misère à travers les récits que nous en font ceux qui en parlent le mieux, comme le dit Michel Le Bris, les écrivains, les poètes, les artistes. Gageons que dans les mois à venir Ils nous donneront à entendre leurs voix avec encore plus de force.

Celles-ci nous manquent cruellement cette année, mais nous avons leurs livres, leur talent…. Prenons soin d’eux, prenons soin de nous.

Rendez-vous en 2021 !

Maëtte Chantrel, le 28 mai 2020
Co-créatrice du festival et animatrice du Café littéraire depuis 1990