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LATOUR Bruno

France

Où suis-je ? (La Découverte, 2021)

© Emilie Hermant

Décrit par une journaliste du New-York Times comme « le plus célèbre et le plus incompris des philosophes français » et par l’Obs comme « l’intellectuel français le plus influent dans le monde », ce chercheur jusqu’à l’os observe et questionne les sciences et les cultures depuis plus de quatre décennies. Sociologue et anthropologue, fondateur du Medialab de Sciences Po, il a partagé ses réflexions dans une trentaine d’ouvrages portant aussi bien sur la méthode scientifique que sur l’écologie ou la religion. Dans son dernier essai, il livre une formidable relecture de « La Métamorphose » de Kafka, une méditation à contre-courant sur le confinement, perçu comme le point de départ d’une nouvelle forme de liberté.

Bibliographie non-exhaustive

  • Où suis-je ? : Leçons du confinement à l’usage des terrestres (La Découverte, 2021)
  • Où atterrir ? : Comment s’orienter en politique (La Découverte, 2017)
  • Face à Gaïa : Huit conférences sur le nouveau régime climatique (La Découverte, 2015)
  • Enquête sur les modes d’existence : Une anthropologie des modernes (La Découverte, 2012)
  • Cogitamus : Six lettres sur les humanités scientifiques (La Découverte, 2010)
  • Chroniques d’un amateur de sciences (Presse des Mines, 2006)
  • La Fabrique du droit. Une ethnographie du Conseil d’État (La Découverte, 2002)
  • Jubiler ou les Tourments de la parole religieuse (Seuil, 2002)
  • Politiques de la nature. Comment faire entrer les sciences en démocratie (La Découverte, 1999)
  • Petites leçons de sociologie des sciences (Seuil, 1996)
  • Petite réflexion sur le culte moderne des dieux faitiches (La Découverte, 1996)
  • Pasteur, une science, un style, un siècle (Editions Perrin, 1994)
  • Aramis ou l’Amour des techniques (La Découverte, 1992)
  • Nous n’avons jamais été modernes. Essai d’anthropologie symétrique (La Découverte, 1991)
  • Les Microbes. Guerre et paix (Métailié, 1984)
Où suis-je ?

Où suis-je ?

La Découverte - 2021

L’expérience du confinement a été terrible aussi bien au niveau individuel qu’au niveau collectif. Les États comme les individus en sont tous à chercher comment se déconfiner en espérant revenir aussi vite que possible au « monde d’avant » grâce à une « reprise » aussi rapide que possible.
Mais il y a une autre façon de tirer les leçons de ces épreuves, en tous cas pour ceux que l’on pourrait appeler les terrestres. Ceux-là semblent commencer à saisir qu’ils ne se déconfineront pas, d’autant que la crise sanitaire s’encastre dans une autre crise autrement plus grave ; et que c’est une chance à saisir : celle de comprendre enfin où ils sont, dans quelle terre ils vont pouvoir enfin s’envelopper – à défaut de se développer ! Où suis-je ? fait assez logiquement suite au livre précédent Où atterrir : comment s’orienter en politique ?
Une fois atterris, parfois violemment, il faut bien que les terrestres explorent le sol où ils vont désormais habiter. Comment les aider ? Tel est l’objet de cet essai sous forme de courts chapitres. Après Face à Gaïa, ces deux livres dessinent de plus en plus précisément le Nouveau Régime Climatique.


Revue de presse

  • "Dans son essai, le sociologue veut « tirer des leçons positives » du confinement, appelant les humains à revenir sur Terre."
    Nicolas Truong, Le Monde
Où atterrir ? : Comment s'orienter en politique

Où atterrir ? : Comment s’orienter en politique

La Découverte - 2017

Cet essai voudrait relier trois phénomènes que les commentateurs ont déjà repérés mais dont ils ne voient pas toujours le lien — et par conséquent dont ils ne voient pas l’immense énergie politique qu’on pourrait tirer de leur rapprochement.
D’abord la « dérégulation » qui va donner au mot de « globalisation » un sens de plus en plus péjoratif ; ensuite, l’explosion de plus en plus vertigineuse des inégalités ; enfin, l’entreprise systématique pour nier l’existence de la mutation climatique.
L’hypothèse est qu’on ne comprend rien aux positions politiques depuis cinquante ans, si l’on ne donne pas une place centrale à la question du climat et à sa dénégation. Tout se passe en effet comme si une partie importante des classes dirigeantes était arrivée à la conclusion qu’il n’y aurait plus assez de place sur terre pour elles et pour le reste de ses habitants. C’est ce qui expliquerait l’explosion des inégalités, l’étendue des dérégulations, la critique de la mondialisation, et, surtout, le désir panique de revenir aux anciennes protections de l’État national.
Pour contrer une telle politique, il va falloir atterrir quelque part. D’où l’importance de savoir comment s’orienter. Et donc dessiner quelque chose comme une carte des positions imposées par ce nouveau paysage au sein duquel se redéfinissent non seulement les affects de la vie publique mais aussi ses enjeux.


Face à Gaïa

Face à Gaïa

La Découverte - 2015

James Lovelock n’a pas eu de chance avec l’hypothèse Gaïa. En nommant par ce vieux mythe grec le système fragile et complexe par lequel les phénomènes vivants modifient la Terre, on a cru qu’il parlait d’un organisme unique, d’un thermostat géant, voire d’une Providence divine. Rien n’était plus éloigné de sa tentative. Gaïa n’est pas le Globe, n’est pas la Terre-Mère, n’est pas une déesse païenne, mais elle n’est pas non plus la Nature, telle qu’on l’imagine depuis le XVIIe siècle, cette Nature qui sert de pendant à la subjectivité humaine. La Nature constituait l’arrière-plan de nos actions.
Or, à cause des effets imprévus de l’histoire humaine, ce que nous regroupions sous le nom de Nature quitte l’arrière-plan et monte sur scène. L’air, les océans, les glaciers, le climat, les sols, tout ce que nous avons rendu instable, interagit avec nous. Nous sommes entrés dans la géohistoire. C’est l’époque de l’Anthropocène. Avec le risque d’une guerre de tous contre tous.
L’ancienne Nature disparaît et laisse la place à un être dont il est difficile de prévoir les manifestations. Cet être, loin d’être stable et rassurant, semble constitué d’un ensemble de boucles de rétroactions en perpétuel bouleversement. Gaïa est le nom qui lui convient le mieux.
En explorant les mille figures de Gaïa, on peut déplier tout ce que la notion de Nature avait confondu : une éthique, une politique, une étrange conception des sciences et, surtout, une économie et même une théologie.