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Présences inquiétantes en forêt

Ce fut au moment où la coque basculait que Simon comprit qu’il n’irait pas pêcher ce jour là, pas plus que les jours suivants. Les rames reposaient bien sur le sol mais l’une d’elle était brisée et comme éclaboussée d’une substance noire. Interdit, il observa la scène. Comment cela était-ce possible, quelqu’un lui jouait-il un mauvais tour ? Les aboiements reprirent et l’empêchèrent de réfléchir. Et maintenant ? Tournant le dos à la rivière, Simon scruta le paysage. La végétation l’entourait et semblait étrangement oppressante. Ces lieux lui étaient familiers et en même temps inquiétants. Alors ? Un frisson parcourut son dos ; il tourna brusquement la tête lorsqu’il crut percevoir un mouvement aux limites de son champ de vision. Rien. À part une impression d’être observé, comme s’il y avait une présence à ses côtés. Si seulement ce chien pouvait se taire ! Est-ce qu’il y a quelqu’un ? Il se retint pourtant de poser cette question à voix haute car une peur irrationnelle l’étreignait. Un nouveau craquement sur sa gauche, c’était l’arbrisseau qui, quelques instants plus tôt, retenait son chien. Le tronc brisé net, le malinois disparut rapidement dans les buissons sans cesser d’aboyer. Simon avança de quelques pas, ses bottes s’enfonçant dans la boue et voulut rappeler son compagnon, mais il s’étrangla soudain, curieusement incapable de se rappeler son nom. Pris de vertiges, il écoutait les cris du chien s’éloigner lorsque soudain des grognements puis un hurlement retentirent. Des chiens sont en train de se battre !

Le silence retomba brusquement et c’est à ce moment là que Simon sentit un changement se produire. Baissant les yeux, il regarda machinalement ses doigts crispés autour des manches des rames intactes. Soudain, une silhouette menaçante, grande et trapue se dressa devant lui. C’est maintenant ! Un homme le toisait de ses yeux noirs, les poings serrés, les lèvres retroussées. Ces dernières semblaient remuer mais sans émettre de son. Sa chemise sale parée d’un motif à carreaux avait la manche droite déchirée et laissait apparaître un avant bras massif couvert de sang. Une morsure ? Certainement celle du chien de Simon. Qu’est ce que cet homme avait fait à son chien ? Pourquoi ? Le sang de Simon lui martelait les tempes, il sut intuitivement que sa vie était menacée et qu’il fallait se défendre. Aussitôt, la rame fendit l’air avant de s’écraser violemment sur le côté du crâne de son adversaire qui vacilla. Profitant de son avantage, Simon se jeta en avant et percuta le torse de son opposant qui fut projeté en arrière dans la boue. Saisissant à nouveau la rame, Simon l’abattit de toutes ses forces sur son ennemi, encore et encore, jusqu’à la briser.

À bout de souffle, il se laissa enfin tomber au sol. Il avait vaincu. Du calme ! Il resta de longues minutes à regarder le corps devant lui. Et ensuite ? Lentement, il se remit debout. Malgré sa victoire, Simon se sentait toujours observé et il tourna plusieurs fois la tête, s’attendant à voir surgir quelqu’un à chaque instant. Rien. Est-ce qu’il est mort ? Il fit un pas vers son agresseur en observant avec attention la poitrine de l’homme pour s’assurer qu’il ne respirait plus. Défiguré par les coups, ce dernier était de toute évidence bel et bien mort. Ce fut seulement à cet instant que Simon prit conscience qu’il devrait tôt ou tard expliquer son acte. Mais peut-être pas. Finalement, ce n’était pas sa faute, c’était son chien et lui les victimes de cet être malfaisant ! Que faire du corps ? Il suffisait de le cacher dans la forêt. Avisant la corpulence du cadavre, Simon entreprit de le traîner sur le sol encore glissant suite aux précédentes averses. Ce fut malgré tout une tâche très difficile. C’est encore loin ? Trébuchant plusieurs fois, se relevant tant bien que mal, il parvint finalement devant la récente coupe forestière qu’il avait aperçue en arrivant. Il hésita cependant un moment car, contrairement à son souvenir, la végétation avait déjà repris beaucoup de terrain et il était très difficile d’avancer et de trainer ce corps au milieu des ronces. Tout à son effort, Simon n’arrivait pas à se défaire de cette impression d’être suivi. Se retournant régulièrement, il scrutait les ombres de la forêt sans réussir à identifier la raison de son malaise. Arrivant devant une souche, épuisé et le dos douloureux, Simon lâcha le corps et s’assit pour reprendre son souffle.

Il faut continuer ! Grimaçant, il se releva, saisit le pied du cadavre et le traina difficilement dans un endroit peu praticable, vers un tas de branchages. C’est ici ! Abandonnant provisoirement son fardeau, il souleva les branches pesantes et des morceaux de bois à moitié décomposés. À mesure qu’il les déplaçait, son trouble s’intensifiait. Quelque chose n’allait pas, il le savait, mais il lui était impossible d’en déterminer la cause. Les dernières branches furent écartées et ce qui avait été un corps fut révélé.
Simon Lefetz, vous êtes en état d’arrestation pour homicide volontaire !

Service de brigade criminelle
Le 5 septembre 2019
N°37/ 2019
Rapport de police judiciaire

L’agent de police Adrien Durand
à Monsieur le juge d’instruction

Objet : Meurtre de M. Thomas Perez

Ce jour, jeudi 5 septembre 2019 à 14h30, j’ai procédé à la reconstitution du meurtre de Monsieur Perez en présence du principal suspect Monsieur Simon Lefetz, afin de déterminer les modalités du crime et de tenter de retrouver le corps de la victime. Monsieur Perez était porté disparu depuis le signalement de sa femme le mercredi 3 octobre 2018. Bûcheron de profession, celui-ci avait quitté son domicile comme à son habitude vers 8h30 pour se rendre à son travail, accompagné de son chien Sid, un Border Collie de 2 ans.

Monsieur Simon Lefetz, qui souffre de troubles psychiatriques avérés était accompagné de la doctoresse Mme Rubini, chargée de questionner son patient durant l’exercice de la reconstitution. Etant lui aussi parti en compagnie, ce jour là, de son chien, Seth, qui n’a jamais été retrouvé, nous avons mis à disposition un de nos chiens de police, un malinois qui ressemblait vraisemblablement au chien de M. Lefetz.

Étant donné l’état psychologique du suspect qui semble actuellement incapable de percevoir la réalité et les personnes autour de lui, nous avons suivi les recommandations de Mme Rubini.

Cette reconstitution nous a permis de retrouver un corps en partie décomposé que nous avons pu identifier comme étant celui du disparu, M. Perez.

L’autopsie a révélé des marques de crocs dans l’os de l’avant bras droit ainsi que des fractures sur le crâne qui auraient provoqué une hémorragie et une mort rapide.

D’après les éléments en notre possession, nous pouvons supposer que le chien du suspect s’est attaqué à celui de la victime qui a voulu s’interposer. Le chien de M. Lefetz aurait alors mordu au bras droit M. Perez, qui se serait ensuite rendu auprès de M. Simon Lefetz pour lui signaler l’incident. D’après la Doctoresse Rubini, le suspect souffrait probablement déjà de paranoïa aiguë et aurait interprété la présence de M. Perez comme une agression. Une rame du bateau de pêche du suspect a été identifiée comme étant l’arme du crime et M. Simon Lefetz nous a mené jusqu’au cadavre de la victime qu’il avait dissimulé sous des branchages dans la forêt.

À dix-neuf heures quarante-cinq, j’ai regagné mon service pour rédiger le présent rapport.

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