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Le retour de Blanconegro

Georges invite machinalement le vieillard à entrer, et c’est précisément au moment où il referme la porte derrière lui qu’il remarque qu’aucune trace de pas n’imprime la neige. Comment est-ce possible ? se dit-il. La peur commence peu à peu à s’emparer de lui mais il décide de ne pas faire attention à ce qu’il vient de voir. Il se concentre sur ce visiteur bien étrange. Il propose au vieil homme de le débarrasser de son manteau mais celui-ci répond d’une voix surprenante :

  • Mais voyons Georges, tu sais bien que je ne peux pas retirer ce manteau, il fait partie de moi. Si je le retire je me déchire.
    Et il se met à rire si fort que certaines feuilles blanches posées sur la table s’envolent dans la pièce. À ces mots, Georges reste immobile. Un frisson parcourt son corps. Il commence à penser que ce vieillard était un vieux fou. Mais alors comment expliquer l’absence de pas sur la neige ? Pourquoi dit-il que le manteau fait partie de lui ? Qui est donc ce mystérieux étranger venu de nulle part ? Que veut-il ? Et surtout comment le connaît-il ?
    La peur laisse place à la frayeur mais une fois de plus, il l’ignore. C’était peut-être un tour de son imagination après tout. Ce n’est pas la première fois que ça lui arrive. Le vieil homme s’approche de Georges et lui dit d’un air amical :
  • Alors mon garçon, c’est comme ça que tu m’accueilles, après tout ce temps !
    Rassuré, George trouve enfin le courage de prendre la parole.
  • Je viens de me faire un café. Je vous en offre un ?
  • Allons, allons, répond le vieillard, tu sais très bien que je ne peux ni boire ni manger, à croire que tu m’as complètement oublié, Georges. Je ne te cache pas que je suis un peu déçu.
    Georges a beau réfléchir, il ne se souvient pas de cet homme, pourtant quelque chose en lui lui était familier. Mais quoi ? Ça, il ne peut le dire. En tout cas, une chose est sûre maintenant, il en a terriblement peur désormais. Ce vieil homme le connaît et il est déçu ! Bons sang, que veut-il de lui ? Pourquoi est-il venu jusqu’ici ? Le vieillard le tire de ses pensées.
  • Georges, tu n’as quand même pas oublié que je ne suis pas comme toi. Je ne suis pas de chair et de sang mais d’encre et de papier.
    À ces mots, Georges lâche la tasse de café qui se brise en mille morceaux.
  • Tu n’es pas une personne mais un personnage, bien sûr, un être d’encre et de papier. J’aurais dû m’en douter. Je me rappelle maintenant qui tu es. Tu es le vieil Blanconegro. Le premier personnage que j’ai inventé.
  • Ah, enfin ! Alors tu dois savoir pourquoi je suis venu jusqu’ici.
  • Non je ne vois pas. Je suis très surpris de te voir ici. Comment est-ce possible ? Tu ne peux pas être là, devant moi. C’est impossible, je dois être en train de rêver. Mais dis-moi donc pourquoi es-tu là ?
    ⁃ Lorsque tu m’as créé, il y a des années de cela, tu avais à peine 11 ans, rappelle-toi.
    ⁃ C’est à cette époque que tu as commencé à écrire ta première histoire dont j’étais le héros. Une belle histoire pleine d’amour et d’amitié. Je me rappelle très bien que quand tu écrivais chaque soir une nouvelle ligne de ma vie, que tu faisais couler l’encre noire dans mes veines, je me sentais vivant. Et puis un jour, tu as cessé d’écrire mon histoire. Et depuis tout ce temps, je te cherche partout et enfin aujourd’hui je t’ai trouvé.
  • Je suis désolé Blanconegro. J’ignorais que tu vivais grâce à moi. Comment aurais-je pu le deviner ?
  • Ça ne justifie pas le fait que tu aies arrêté d’écrire. À cause de toi, je ne suis ni vivant, ni mort, je suis condamné à parcourir les villes, les villages pour essayer de te retrouver et je vois tous ces hommes, toutes ces femmes, qui me dévisagent comme si j’étais un monstre. Ils n’ont aucune idée de qui je suis réellement, un personnage perdu dans le monde des personnes car je ne suis pas un personnage à part entière. Mais enfin te voilà !
  • Mais pourquoi donc me cherches-tu ?
    À ces mots, le vieillard sort un vieux cahier de sa poche et lui répond :
  • Tu vas réparer tout ça. Tu vas terminer mon histoire, voyons. Je n’ai pas envie de rester éternellement dans un monde qui n’est pas le mien.
    Georges regarde fixement son carnet d’enfance qu’’il reconnaît très bien, puis il se tourne vers le vieillard qui lui esquisse un large sourire, un sourire qui n’est plus chaotique mais sincère et chaleureux. Georges se sent confiant à présent. Il lui rend son sourire et il s’empare de son carnet pour le poser sur son bureau.
  • Tu vas te sentir plus vivant que jamais, crois-moi. Je vais veiller sur toi désormais. Je vais faire de toi le plus heureux des personnages. Tu vas avoir une vie incroyable pleine de rebondissements. J’espère que tu me rendras visite un jour pour me dire ce que tu en penses. Mais maintenant tu vas rentrer chez toi.
    À ces mots, Blanconegro disparaît subitement et Georges remarque qu’une tache d’encre venait de se former sur la page même où il avait cessé d’écrire quinze ans plus tôt.

L’épais manteau de neige a laissé place à de magnifiques fleurs de printemps. Georges, assis à son bureau, contemple par la fenêtre le renouveau de la nature. Il se tourne vers son étagère et regarde avec satisfaction le carnet qu’il vient de terminer la veille. Sur son bureau, une page blanche attend le début d’une nouvelle aventure de son vieil ami Blanconegro. Lorsqu’il s’apprête à écrire les premiers mots, il remarque que la page avait la même blancheur que la neige, le jour où il vit revenir Blanconegro. Mais c’est lorsqu’’il écrit sa première ligne qu’il hallucine. L’encre sur le papier s’éparpille et dessine un petit personnage avec un long manteau noir, coiffé d’un bonnet noir. Blanconegro lui fait un petit signe de la main avant de se transformer en majuscule.

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