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Terreur à la rivière

Ce fut au moment où la coque bascula que Simon comprit qu’il n’irait pas pêcher ce jour-là, pas plus que les jours suivants. Sous sa barque, Simon découvrit alors, terrorisé, un cadavre. Il s’agissait d’une femme, dans un état de décomposition avancée. Elle portait une veste en cuir et un jean. Simon détourna la tête. La première chose à laquelle il pensa fut d’appeler aussitôt la police. Mais ses dernières rencontres avec les policiers lui revinrent en mémoire tout aussi rapidement. Son passé de délinquant risquait de le faire passer pour un suspect facile. Simon jeter un nouveau coup d’œil rapide au corps, allongé sur la rive boueuse. Il ne pouvait pas le laisser ainsi. Il attrapa une grosse branche et commença à pousser le corps vers les roseaux et les herbes hautes qui bordaient la rivière. Son chien le regarda faire, à la fois curieux et inquiet. Et au moment où le corps disparaît entre les joncs, l’animal se figea soudain et se mit à grogner. Dans les bois proches, un nouveau craquement se fit entendre. Simon, pris de panique, lança la branche dans l’eau et s’enfuit en courant vers sa voiture. Son chien suivait en aboyant de plus en plus fort. Les mains tremblantes, Simon ouvrit la porte de sa voiture, glissa la clé dans le contact et alluma le moteur. Son chien sauta dans la benne à l’arrière. Il continua d’aboyer férocement tandis que le pick-up s’éloignait vers la route.

Simon habitait seul dans une vieille maison paysanne. Ses plus proches voisins se trouvaient à plusieurs kilomètres. Tout en conduisant, Simon repensait au cadavre. Il ne pouvait pas le laisser ainsi, pourrir au milieu des herbes. L’image du cimetière de la crête se forma dans sa tête. C’était un ancien cimetière privé, où les familles du hameau venaient enterrer leurs proches. Plus personne ne l’utilisait aujourd’hui. En descendant par la rivière en barque, il ne faudrait qu’une petite heure à Simon pour y amener la femme morte et l’y enterrer. Il pensa à cette idée toute la nuit.
Au matin, Simon découvrit que son chien avait disparu. Il le laissait d’ordinaire dans sa niche, dans le jardin, devant la maison. Mais elle était vide. Il l’appela pendant de longues minutes. Mais il ne revint pas. Cette absence rendit Simon aussi triste qu’inquiet. Cela n’était jamais arrivé. Le visage de la femme revint le hanter. Il devait la rejoindre. Il s’occuperait de son chien plus tard.

Il gara son pick-up à sa place habituelle, un peu plus haut que la rivière. Sur le sol, il remarqua des traces récentes de pneus. Il descendit, le cœur battant vers la rivière. La barque reposait sous les fougères mais quelque chose attira son regard. La coque avait été salement amochée et une des rames étaient à moitié brisée. Il se glissa jusqu’aux herbes hautes et constata que le corps de la femme était encore là. Mais il vit qu’il avait été légèrement déplacé. Peut-être était-ce le mouvement de l’eau ? Ou un animal qui aurait cherché à s’en emparer. Il constata une bosse au niveau de la poche intérieure de la veste en cuir. Surmontant son dégoût, il avança la main et entrouvrit la veste. Trois épaisses liasses de billets de 100 euros dépassaient. L’argent était là, tentant. Simon hésita puis arracha finalement deux billets d’une des liasses. Ils paieraient le transport vers le cimetière. Ou l’avocat si Simon se faisait prendre. Après avoir regardé rapidement autour de lui, il chargea le corps dans la barque puis s’éloigna de la rive, apeuré, en direction du cimetière.

A environ 800 mètres de l’arrivée, il se sentit épié par quelqu’un et fut parcouru par une sueur froide. Il se dit qu’il devait garder son sang froid car il n’allait pas tarder arriver dans les partis plus rapide de la rivière. L’état de la barque ne le rassurait pas non plus. Plusieurs fois, il avait dû la vider du fond d’eau qui s’était accumulé.

A environ 600 mètres du point de destination, il entendit le bruit puissant des rapides de la rivière, suivi presqu’aussitôt par le bouillonnement blanchâtre de l’eau se fracassant sur les rochers. Il commença à négocier le passage quand un énorme bruit de craquement se fit entendre sur la berge. Simon relava la tête et aperçut des mouvements de branchage. Quelques secondes d’inattention qui suffirent à ce que son embarcation se prenne un des rochers. La coque se fendit sur le côté et l’eau commença à entrer dans le bateau. Simon devait se dépêcher d’arriver là-bas.

A seulement 300 mètres de l’arrivée, il entendit quelque chose courir en direction du bas de la rivière. Simon, tremblant, se retourna et vit une personne habillée toute en noir avec une arme à feu à la main. Pris de panique, Simon s’allongea dans sa barque et se cacha derrière la morte. Trois coups de feu retentirent, deux d’entre eux firent éclater les planches latérales de la barque. Le dernier traversa l’abdomen du cadavre pour finir dans la main gauche de Simon. Au même moment, la barque heurta un énorme rocher qui arracha tout l’avant de la coque. Une 4ème balle frappa le rocher dans une étincelle soudaine. Simon, sans réfléchir agrippa le cadavre et plongea avec lui dans les flots tumultueux. Serré à cette bouée de chair, il dévala la partie la plus vive des rapides.

Au bout d’une centaine de mètre, la rivière se calma aussi subitement qu’elle s’était emportée. Une anse paisible s’ouvrait sur la rive droite. Simon et sa dame étaient arrivés à destination. En pleurs, trempé, Simon tira le corps sur la berge et commença à le traîner vers le cimetière proche. Tout cela était complètement fou et absurde. Mais il ne pouvait se résigner à laisser cette femme, visiblement assassiner, sans sépulture. Jetant des coups d’œil inquiet autour de lui, il ne décela aucune présence. L’homme en noir devait se trouver plus haut, en amont.

Le cimetière familial se trouvait dans une petite clairière, cerné par une vieille grille envahie par le lierre. Simon la poussa dans un grincement et amena le corps jusqu’au vieux mausolée qui se dressait au centre. Avec difficulté, il fit pivoter la dalle qui en fermait l’accès. Dans quelques instants, le corps de la femme reposerait sous terre, parmi les autres cercueils.

Une douleur fulgurante brûla la jambe de Simon. Le coup de feu suivit juste après. L’homme à la capuche noire se tenait droit, le canon fumant de son arme au bout du bras. Un flot de sang commença à inonder la cuisse de Simon. En retenant un cri immense, il bascula en arrière et chuta dans le mausolée. Se relevant le plus rapidement possible, il tira la dalle et referma l’ouverture derrière lui. La tombe était de nouveau plongée dans l’obscurité.
Le sang visqueux dégoulinait sur sa jambe. Au dessus de lui, Simon entendit les pas de l’homme qui se rapprochait. Dans quelques instants, il tirerait sur la dalle ou l’ôterait pour venir l’achever. Le cœur de Simon battait à tout rompre, son souffle se faisait de plus en plus court, des points lumineux se mirent à scintiller devant ses yeux. Au dessus, un bruit mat se fit entendre, suivant d’un cri de l’homme puis d’une lourde chute. Simon n’en entendit pas plus. Il venait de s’évanouir.

A son réveil, il entendit deux hommes, au dessus de lui, en train de parler. Ils ne reconnaissaient pas ces voix. Puis il ouvrit les yeux et découvrit un rayon de lumière devant lui. La dalle du mausolée avait été entrouverte. Simon tenta de se redresser mais sa cuisse lui fit une douleur atroce. Il ne put s’empêcher de hurler. Les deux hommes apparurent par l’ouverture du mausolée. C’était deux gardes-forestiers, tout surpris de découvrir Simon dans un tel endroit. Ils lui expliquèrent qu’ils avaient été attiré par les coups de feu et avaient ainsi découvert le corps devant le mausolée. Mais l’homme en noir ? demanda Simon Où est-il ? –Et bien c’est lui dont on parle. Le corps mort dehors lui répondit un des deux gardes.

Simon, aidé par les deux hommes, s’extirpa de la tombe. Le calme était retombé dans la clairière et sur le cimetière familial. Le corps de l’homme en noir gisait sur le sol, le visage bleu, défiguré par une expression de terreur extrême. L’arme se trouvait encore dans son poing serré. Simon parcourut lentement la clairière. Le corps de la femme avait disparu.

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