Téléchargez le Catalogue 2019
(Fichier PDF - 7 Mo)
Téléchargez la grille horaire
(Fichier PDF - 2.5 Mo)

Dico des invités depuis 1990

TOKARCZUK Olga

Pologne

Les Livres de Jakób (Noir sur Blanc, 2018)

Marquée par ses origines de Basse-Silésie, la romancière et essayiste polonaise la plus célèbre de sa génération, a opté pour une ligne de conduite nomade, à l’image des ses ancêtres déportés de leur terre natale : "Mon énergie me vient du mouvement, dit-elle. » Son premier roman, Les Pérégrins, prix Nike (le Goncourt polonais), patchwork de fragments littéraires, forme un étonnant monument dédié au nomadisme contemporain. Ce second roman, mélange savant de fresque historique et d’épopée romanesque, remporte le Prix Transfuge 2018 du Meilleur roman européen. Elle nous plonge dans la Pologne du XVIIIe siècle et relate avec minutie l’histoire folle de Jakób Frank, personnage incandescent et sulfureux à la tête des frankistes, une secte juive hérétique. Une odyssée historique et subversive.

Née en 1962, Olga Tokarczuk a grandi en Basse-Silésie, dans le sud-ouest de la Pologne, région dont le passé est allemand et le présent polonais. Ses grands-parents firent en effet partie de ces milliers de migrants expulsés des régions orientales du pays, cédées à l’URSS au sortir de la Seconde Guerre mondiale, et transplantés sur des terres de Basse-Silésie vidées de leur population allemande. Cette histoire migratoire familiale, qui fut celle de toute une génération de Polonais, a forgé pour beaucoup une relation singulière à l’espace qu’Olga Tokarczuk résume par ces mots : "nous ne faisons que passer ; d’autres hommes habitaient ici avant nous, et après nous il y en aura d’autres."

Ce sentiment diffus de précarité a engendré chez l’auteure une inaptitude radicale à la vie sédentaire : "Apparemment, il me manquait ce gène qui fait que, dès que l’on s’arrête un peu plus longtemps quelque part, on y plonge ses racines. Ce n’était pas faute d’avoir essayé. Tout simplement, mes racines ne s’enfonçaient pas assez profondément, de sorte que le moindre souffle de vent me bousculait. Je n’arrivais pas à germer, je n’ai pas reçu ce don propre aux végétaux. Je ne tire pas ma sève de la terre (...)"

L’écrivaine a donc opté pour une ligne de conduite nomade : "Mon énergie me vient du mouvement : des vibrations des autocars, du vrombissement des avions, du roulis des trains et des ferries." De ce mouvement perpétuel Olga Tokarczuk a tiré un pavé inclassable, Les Pérégrins, doublement récompensé en Pologne par le jury et les lecteurs du Prix Nike (le Goncourt polonais). Un patchwork de fragments littéraires, de bribes de conversation, d’anecdotes personnelles et de réflexions nées dans des aéroports, des hôtels ou des halls anonymes, le tout formant un étonnant monument dédié au nomadisme contemporain.

En 2012, Olga Tokarczuk publie Sur les ossements des morts, polar surprenant aux allures mystiques. Le récit se concentre sur Janina Doucheyko, une ingénieure à la retraite qui se passionne pour l’astrologie et l’œuvre de William Blake. Lorsqu’une série de meurtres mystérieux frappent son village, elle tente de mener sa propre enquête, dans laquelle se mêlent théories célestes, légendes anciennes et communion avec la nature.

Avec Les Livres de Jakób, l’autrice fait renaître l’autoproclamé Messie Jakób Frank de sa plume habile et envoûtante. Ce livre savant, à l’histoire brûlante et fascinante, est le fruit de huit ans de recherches. Il subjugue par son sens du détail : le lecteur pénètre dans la vie quotidienne des années 1700, tout en étant transporté au cœur d’une odyssée historique et subversive.


Bibliographie

  • Les Livres de Jakób (Noir sur Blanc, 2018)
  • Sur les ossements des morts (Noir sur Blanc, 2012)
  • Les Pérégrins (Noir sur Blanc, 2010)
  • Récits ultimes (Noir sur Blanc, 2007)
  • Maison de jour, maison de nuit (Robert Laffont, 2001)
  • Dieu, le temps, les hommes et les anges (Robert Laffont, 1998)
Les livres de Jakób

Les livres de Jakób

Noir sur Blanc - 2018

Hérétique, schismatique, Juif converti à l’islam puis au christianisme, libertin, hors-la-loi, magicien, tour à tour misérable et richissime, Jakób Frank a traversé l’Europe des Lumières comme la mèche allumée d’un baril de poudre. De là à se prendre pour le Messie, il n’y avait qu’un pas – et il le franchit allègrement. Le dessein de cet homme était pourtant très simple : il voulait que ceux de son peuple puissent, eux aussi, connaître la sécurité et le respect de tous.
 
La vie de ce personnage historique est tellement stupéfiante qu’elle semble imaginaire. Un critique polonais dit qu’il a fallu à Olga Tokarczuk une « folie méthodique » pour l’écrire. On y retrouve les tragédies du temps, mais on y goûte aussi les merveilles de la vie quotidienne : les marchés, les petits métiers, les routes incertaines et les champs où l’on peine, l’étude des mystères et des textes sacrés, les histoires qu’on raconte aux petits enfants, les mariages où l’on danse, les rires et les premiers baisers.
 
Cette épopée universelle sur l’émancipation, la culture et le désir est une réussite absolue : elle illustre la lutte contre l’oppression, en particulier des femmes et des étrangers, mais aussi contre la pensée figée, qu’elle soit religieuse ou philosophique.
 
Ainsi que le dit le père Chmielowski, l’autre grand personnage de ce roman, auteur naïf et admirable de la première encyclopédie polonaise, la littérature est une forme de savoir, elle est « la perfection des formes imprécises ».


  • “Un « grand voyage à travers sept frontières, cinq langues, trois grandes religions ». Une épopée extravagante, où le souffle romanesque et l’érudition oeuvrent de concert.” Télérama
  • “Olga Tokarczuk a tiré une fabuleuse chronique de la trajectoire d’un mystique, subversif et manipulateur, dans une Pologne multiethnique. Passionnant de bout en bout.” Le Temps

Sur les ossements des morts

Noir sur Blanc - 2012

Sur les ossements des morts Il y a un vieux remède contre les cauchemars qui hantent les nuits, c’est de les raconter à haute voix au-dessus de la cuvette des W.-C., puis de tirer la chasse. Après le grand succès des Pérégrins, Olga Tokarczuk nous offre un roman superbe et engagé, où le règne animal laisse libre cours à sa colère. Voici l’histoire de Janina Doucheyko, une ingénieure en retraite qui enseigne l’anglais dans une petite école et s’occupe, hors saison, des résidences secondaires de son hameau. Elle se passionne pour l’astrologie et pour l’œuvre de William Blake, dont elle essaie d’appliquer les idées à la réalité contemporaine. Aussi, lorsqu’une série de meurtres étranges frappe son village et les environs, au cœur des Sudètes, y voit-elle le juste châtiment d’une population méchante et insatiable. La police enquête. Règlement de comptes entre demi-mafieux ? Les victimes avaient toutes pour la chasse une passion dévorante. Quand Janina Doucheyko s’efforce d’exposer sa théorie – dans laquelle entrent la course des astres, les vieilles légendes et son amour inconditionnel de la nature –, tout le monde la prend pour une folle. Mais bientôt, les traces retrouvées sur les lieux des crimes laisseront penser que les meurtriers pourraient être… des animaux !