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PIGNON-ERNEST Ernest

France

Face aux murs (Delpire Editions, 2010)

Biographie

Il découvre Picasso dans Paris-Match alors qu’il est adolescent et décide que derrière ce "phénomène, cet extra-terrestre", on ne peut plus peindre dans les cadres de la peinture classique. Ernest Pignon-Ernest choisira donc une autre forme d’expression artistique.

Travaillant la ville comme un matériau plastique et symbolique, considéré comme un précurseur du street art en France avec Daniel Buren et Gerard Zlotykamien, il crée des œuvres en apposant ses images sur les murs. Ephémères par nature, leurs traces nous sont offertes, dans les rues tout d’abord, puis dans les musées, les galeries et dans des livres où l’on peut découvrir les dessins préparatoires faits à l’atelier ainsi que des photographies des rues métamorphosées par ses interventions.

Ernest Pignon-Ernest débute en travaillant à Nice pour un architecte pour lequel il réalise des plans de villas. L’argent qu’il gagne avec ce contrat ne lui permet pas de s’installer à Nice. Il part donc vivre dans le Vaucluse, à quelques kilomètres du plateau d’Albion où peu de temps après, on implante la force de frappe atomique. Un beau sujet pour celui qui refuse de "peindre des pommes". La puissance de mort enfouie sous les champs de lavande l’inspire mais il ne voit pas comment un tel thème pourrait être représenté dans un tableau. Il comprend que ce sont les lieux eux-mêmes qui sont porteurs d’un potentiel symbolique. Il réalise donc des silhouettes noires, avec des pochoirs découpés dans des photos et en recouvre les lieux où sont enfouis les missiles. On trouve là l’inspiration qui l’anime encore aujourd’hui : des représentations à l’échelle 1 d’humains qui font sens grâce à la place qu’il leur donne dans des lieux choisis. Néanmoins, il troque très vite le pochoir contre le papier collé pour la minutie et le sens du détail qu’il permet. Il dessine au fusain, à la pierre noire, colle ensuite dans les rues ses dessins originaux ou en réalise parfois des sérigraphies. Il revendique le caractère éphémère de ces oeuvres fragiles qui s’effacent tout comme l’artiste qui ne les signe jamais.

Rapidement, il expose ses premières interventions, comme en 1979 au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, et dans d’autres musées prestigieux (Musée Picasso d’Antibes, palais des Beaux-Arts de Pékin, musée Ingres, etc.), tout en continuant de créer en pleine rue en collant des photographies ou des dessins dans des endroits bien précis, glissant ça et là "un bout de fiction dans le réel". La fiction passe par l’utilisation du noir et blanc, le réel par la représentation grandeur-nature. Son travail n’est jamais pensé dans un cadre, mais dans le mouvement de la ville et la rue est un élément de sa palette, dont il creuse le potentiel poétique, dramatique et suggestif.

Il choisit une ville, par hasard, par défi ou par nécessité et s’en imprègne. Il s’immerge ensuite dans les livres, les récits, les romans qui parlent de l’histoire et des légendes qui s’y rattachent. Naples par exemple, lui a offert ses matériaux denses, sa lumière brutale, son architecture baroque et son riche passé.
Après Naples, Ernest Pignon-Ernest continue de saisir les ombres et les silhouettes fugitives urbaines, entrevues la nuit dans des cabines téléphoniques : "ce sont des lieux où se reflètent la ville ; des espaces qui offrent un condensé d’images urbaines". Il travaille à nouveau sur le social et le politique à travers différents thèmes : Alger et Maurice Audin, la Commune, les expulsions, l’avortement, l’apartheid, le sida à Soweto, des collages à Ramallah, Naplouse, Béthléem, Jérusalem.

Avec différentes séries consacrées aux poètes, et notamment à Rimbaud, mais aussi Maïakovski, Genet, Bocace ou Antonin Artaud, l’artiste fait se rencontrer l’art graphique et le souffle commun de la création et de l’imagination.
Après de grandes rétrospectives comme celle qui lui est consacrée notamment au Palais d’Evian en 2007, il poursuit son travail d’installation avec en 2010-2011 Extases, à Saint-Denis, qui rend hommage à sept grandes mystiques chrétiennes, Marie-Madeleine, Hildegarde de Bingen, Angèle de Foligno, Catherine de Sienne, Thérèse d’Avila, Marie de l’Incarnation, Madame Guyon. Il conçoit une installation novatrice pour exprimer la matérialité et la sensualité de ces corps de femmes ayant aspiré à la désincarnation. Il n’expose plus son travail dans la rue mais dans la chapelle carmélite de Saint- Denis, révélant par ses images les qualités plastiques et symboliques du lieu, "comme si ces images étaient nées de cette architecture et de son histoire".

Face aux murs publié en 2010, rassemble les nombreux collages que l’artiste fait surgir, au sein des villes où vivent les hommes, des figures troublantes qui leur ressemblent dans leur altérité, pour les interroger sur des questions modernes, comme celles du rapport à leur espace, mais surtout de leur place face à leur mémoire. Ils sont accompagnés de textes de multiples auteurs, Christian Bobin, Laurent Gaudé, Anne-Marie Garat, Olivier Py, Yves Simon, Michel Vinaver, Mahmoud Darwich et tant d’autres.


Le site officiel d’Ernest Pignon-Ernest


Bibliographie :

Livres, catalogues, presses

  • Face aux murs (Delpire Editions, 2010)
  • Mahmoud Darwich, le lanceur de dés (Acte-Sud, 2010)
  • EXTASES sept portraits imaginés de grandes mystiques chrétiennes André Velter, Ernest Pignon-Ernest (Gallimard, 2008)
  • PARCOURS INGRESQUE, Pierre-Marc de Biasi, Florence Viguier (musée Ingres Montauban/Edition Acte Sud, 2007)
  • ERNEST PIGNON-ERNEST Marie-José Mondzain, André Velter, Ernest Pignon-Ernest (Bärtschi-Salomon Edition, Genève, 2007)
  • Corps d’extase, texte d’André Velter, illustré d’une eau-forte et 13 lithographies originales d’ErnestPignon-Ernest (édité par la société Les Amis du Livre Contemporain, 2004)
  • L’oeil n°547 (Paris), Carte blanche à ...EPE, Illustration EPE + texte de Philippe Piguet, 2003
  • Repères n°124, Ernest Pignon-Ernest 2002, de Pierre Barbancey (Ed. Galerie Lelong, 2003)
  • Regard n° 80, Ernest Pignon-Ernest, de Maurice Simon (Marie Morel, 2002)
  • Être artiste aujourd’hui, Charles Matton, Alain Finkielkraut et Ernest Pignon-Ernest (Tricorne, Répliques, France Culture 2002)
  • Ninety n°26 Ernest Pignon-Ernest / Chalendard (Ed. Flohic, 1998)
  • Un soir en pleine lumière dans la multitude de la ville, de Jean Rouaud (Ed. LARC, 1998)
  • E.P.E. opera (dramma giocoso), de Daniel Biga (Ed. Le Rectangle, Lyon, 1998)
  • Neue Pinakothek Munich, de Paul Virilio (Ed. Pinakothek de Munich, 1995)
  • Sudari di carta, de Régis Debray et Paul Virilio (Ed. Eighty, Musée MAMAC de Nice, 1995)
  • L’homme habite poétiquement, entretien avec Marcelin Pleynet (Ed. Actes Sud, 1993)
  • CARNETS, Le bateau lavoir (Lovera éditeur, 1992)
  • Revue Silex n°6, 1976

Expositions personnelles

  • 2010-2011, Saint-Denis, Chapelle des Carmélites, Extases
  • 2008 LARC, Le Creusot
    Extases, Chapelle Saint-Charles, AVIGNON (Juillet, Aout)
    Hôtel Campredon-Maison René Char, L’ISLE sur la Sorgue (Juillet-Octobre)
  • 2007 Évian, Palais Lumière, Retrospective
    Montauban, Musée Ingres
    Anglet, Galerie Pompidou et Villa Béatrix Enea
  • 2006 Contes, Médiathèque, Ceux de la poésie vécue
    Tourrettes-Levens, Espace Chubac
  • 2005 Saint-Arnoult-en-Yvelines, Maison Elsa Triolet-Aragon, Ceux de la poésie vécue
  • 2004 Genève, Galerie Guy Bärtschi, Soweto-Warwick
    Bordeaux, Galerie MC2A
    Château Lynch Bages (Gironde), Parcours Napolitain
    Vendôme, Musée municipal, Parcours Napolitain et Pietà africaine
  • 2003 Paris, Galerie Lelong, Soweto-Warwick
    Argentan, Médiathèque François Mitterrand
  • 2002 Strasbourg, Centre européen d’actions artistiques contemporaines
    Colmar, Espace d’Art Contemporain André Malraux
  • 2001 Aumenancourt, Champagne Ardenne, In Situ
  • 2000 Levens, Maison du Portail, affiches
    Paris, FIAC / Galerie Lelong, one man show
    Lier (Belgique), Galerie Kusseneers, l’oeuvre en son lieu
  • 1999 Bruxelles, Galerie Marc Dengis
    Istres, Centre d’art Contemporain
  • 1998 Le Creusot, LARC, Derrière la vitre
    Lyon, Le Rectangle, Naples et les Cabines téléphoniques
  • 1997 Paris, Galerie Lelong, Derrière la vitre
    Genève, Galerie Guy Bärtschi
    Orléans, Carré St Vincent
  • 1996 Bonnieux, Galerie de la Gare
  • 1995 Munich, Neue Pinakothek
    Munich, Galerie Jeanne
    Nice, Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain,
    Naples, Sudari di carta
  • 1994 Évreux, Musée de l’Ancien Évêché
    Oletta, Parcours du Regard
  • 1993 Chambéry, Espace Malraux
    Arles, Chapelle du Méjean
    Genève, Galerie Guy Bärtschi
  • 1992 Châteauroux, Les Cordeliers
    Grenoble, Galerie Lovera
    Séville, Pavillon Français Exposition Universelle
    Roma, Studio Bocchi, parcours contemporain
    Milan, Piccolo Teatro Studio, Faust festival
  • 1991 Bruxelles, Galerie Hérold
    Annecy, Festival du Cinéma Italien
    Paris, Galerie Lelong (Lavori in Corso)
    Le Creusot, LARC
    Tulle, Musée du Cloître et Chapelle St Pierre
    Riom, Musée Francisque Mandet
  • 1987 Uzès, Galerie Incognito
  • 1986 Pékin, Musée des Beaux-Arts
    Charleville-Mézières, Musée Rimbaud
  • 1984 Albi, Parc de Rochegude, les arbrorigènes
  • 1981 Amiens, Maison de la Culture
  • 1979 Paris, Musée d’Art Moderne ARC II
    Grenoble, Maison de la Culture
    Calais, Galerie de l’Ancienne Poste
  • 1978 Paris, Galerie C
  • 1970 Toulouse, Rosa Luxemburg Théâtre du Grenier de Toulouse
  • 1969 Avignon, Théâtre des Carmes

Interventions-Images

  • 2006 Brest, Parcours Jean Genet
  • 2004 Nice, Point de vue
  • 2003 Alger, Parcours Maurice Audin
  • 2002 Durban, Soweto-Warwick (Afrique du Sud), Sida
  • 2001 Paris, parcours Robert Desnos.
  • 1997 Ivry-sur-Seine (Hôpital Charles-Foix), biennale Jardin Secret Artaud
    Lyon-Paris, Cabines téléphoniques
  • 1995 Naples, quatrième parcours Véroniques et Drapés, Virgilienne, Masaniello, Parthénope
  • 1992 Naples, troisième parcours Pulcinella
  • 1990 Naples, deuxième parcours Les femmes et la mort
  • 1988 Naples, premier parcours Images de la mort
  • 1987 Antibes (Musée Picasso) et Strasbourg, (Parc de Pourtalès), installations d’Arbrorigènes
  • 1986 Biennale de Venise, installation d’Arbrorigènes
  • 1984 Paris (Jardin des Plantes), installation d’Arbrorigènes
  • 1983 Uzeste, Arbrorigènes
  • 1982 Martigues, La Martégale, Cadres, puis Prométhée
    Uzeste, festival de jazz, Concert Baroque
    Anvers, (Belgique), Rubens
  • 1981 Santiago (Chili), Neruda
  • 1980 Certaldo (Italie), Boccacio, puis Pasolini
  • 1978 Paris-Charleville, Rimbaud
    Paris, Les Expulsions
  • 1976 Grenoble.
  • 1975 Avignon, Les immigrés
    Calais
    Paris-Tours-Nice, L’avortement
  • 1974 Le Havre, L’homme et la ville
  • 1972 Avignon, Maiakovski
  • 1971 Paris, Les gisants, Commune de Paris
  • 1966 Plateau d’Albion, parcours de pochoirs.

Expositions collectives

dessins pour la presse parmi lesquels :

  • Portrait de Jean-Paul Sartre, L’Humanité, novembre 1976
  • Portrait de Serge Gainsbourg, VSD 1991
  • Portrait de Mandela, L’Humanité, 16 octobre 1993
  • Portrait de Picasso, Charlie Hebdo, 23 octobre 2002, repris dans Les Lettres Françaises, novembre 2002
  • Portrait d’Arafat, L’Humanité n° 17226, avril 2002
  • Portrait de Victor Hugo, Patriote-Côte d’Azur n° 1789, 2002

Présentation de Face aux murs

Il y a des artistes qui travaillent dans le calme de leur atelier, qui ne sortent de leur tour d’ivoire que pour une exposition qui leur est consacrée. Et puis il y en a d’autres, dont l’oeuvre concerne un public aussi vaste que possible. Pour le joindre, ce public, aussi varié qu’il soit d’âge et de culture, ils n’hésitent pas à aller vers lui, à parler sa langue, à le frapper dans ce qu’il a de plus vif, de plus spécifique. Ernest Pignon-Ernest est de ceux-là. Il en est même l’archétype, car il pousse la démarche à son point extrême. Il va chez l’homme à qui il a décidé de parler. Il va chez lui. Dans sa rue. Et le dessin qu’il a préparé dans son atelier et qui porte son message, il le colle lui-même sur le mur de la maison qu’il a choisie. Le message est ainsi exposé. A tous les vents, à tous les passants. Il est concentré en un lieu qui se multiplie dans la ville. C’est ce qu’un homme, Ernest Pignon-Ernest, dit aux autres hommes. Et qu’il s’agisse d’une rue où jouent les enfants, à Naples ou à Ramallah, d’un marché aux légumesou d’un escalier qui mène à un monument, il est vu, accepté, compris. Ernest Pignon-Ernest sait ce qu’il veut dire. Et il le dit avec une force qui n’a pas d’équivalent dans la peinture contemporaine. Avec une concision et une qualité de trait digne de la haute époque.

Textes de : Henri Alleg - François Barré - Florence Beaugé - Christian Bobin - Philippe Bordas - Alain Borer - Edmonde Charles-Roux - François Chaslin - Hélène Cixous - Jérôme Clément - Philippe Collin - Jean-Louis Comolli - Elisabeth Couturier - Henri Cueco - Mahmoud Darwich - Régis Debray - Pierre-Marc de Biasi - Gilles de Bure - Didier Fassin - Anne-Marie Garat - Laurent Gaudé - Evelyne Grossman - Cécile Guilbert - Gisèle Halimi - Jacques Henric - Magali Jauffret - Manuel Jover - Catherine Humblot - Jean-Marie Laclavetine - Jean-Pierre Leonardini - Marie-José Mondzain - Gérard Mordillat - Jean-Luc Nancy - Sophie Nauleau - Michel Onfray- Erik Orsenna - Jean-Baptiste Para - Daniel Pennac - Ernest Pignon-Ernest - Olivier Py - Martial Raysse - Jean Ristat - Jean Rouaud - Georges Rousse- Lydie Salvayre - Elias Sanbar - Yves Simon - Fred Vargas - André Velter - Florence Viguier - Michel Vinaver - Paul Virilio.

Face aux murs

Delpire éditions - 2010

Face aux murs Il y a des artistes qui travaillent dans le calme de leur atelier, qui ne sortent de leur tour d’ivoire que pour une exposition qui leur est consacrée. Et puis il y en a d’autres, dont l’oeuvre concerne un public aussi vaste que possible. Pour le joindre, ce public, aussi varié qu’il soit d’âge et de culture, ils n’hésitent pas à aller vers lui, à parler sa langue, à le frapper dans ce qu’il a de plus vif, de plus spécifique. Ernest Pignon-Ernest est de ceux-là. Il en est même l’archétype, car il pousse la démarche à son point extrême. Il va chez l’homme à qui il a décidé de parler. Il va chez lui. Dans sa rue. Et le dessin qu’il a préparé dans son atelier et qui porte son message, il le colle lui-même sur le mur de la maison qu’il a choisie. Le message est ainsi exposé. A tous les vents, à tous les passants. Il est concentré en un lieu qui se multiplie dans la ville. C’est ce qu’un homme, Ernest Pignon-Ernest, dit aux autres hommes. Et qu’il s’agisse d’une rue où jouent les enfants, à Naples ou à Ramallah, d’un marché aux légumesou d’un escalier qui mène à un monument, il est vu, accepté, compris. Ernest Pignon-Ernest sait ce qu’il veut dire. Et il le dit avec une force qui n’a pas d’équivalent dans la peinture contemporaine. Avec une concision et une qualité de trait digne de la haute époque.

Pour saluer Ernest Pignon-Ernest

Saint-Malo 2011

Avec Ernest Pignon-Ernest et Jean Rouaud.