HATZFELD Jean

France

Engelbert des collines (Gallimard, 2014)

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La guerre hante l’œuvre de Jean Hatzfeld. Journaliste sportif, devenu grand reporter, il a couvert pendant vingt-cinq ans les conflits du Moyen-Orient, d’Afrique et des Balkans et en a fait des récits et des romans.

Blessé en juin 1992 à Sarajevo par une rafale de Kalachnikov, il rédige pendant son immobilisation son premier récit L’Air de la guerre. Suivent un premier roman, La Guerre au bord du fleuve, puis un autre, La Ligne de flottaison, autour du thème de l’écriture et la guerre.

À partir de 2000, il suspend son activité de journaliste et prend un congé sans solde pour se consacrer à un travail littéraire sur le génocide tutsi aux bords des marais de Nyamata, au Rwanda, qui débouche sur la publication d’une trilogie dont chaque opus est primé.
Le premier des trois récits, Dans le nu de la vie, obtient le prix France Culture en 2001. Il poursuit ensuite son travail avec un groupe de Hutu ayant participé au génocide. De ces rencontres naît en 2003 Une Saison de machettes, qui reçoit le prix Femina Essai et le Prix Joseph Kessel la même année. Puis, dans son troisième ouvrage, La Stratégie des antilopes (Prix Médicis 2007), Jean Hatzfeld raconte le passage du temps, la vie après le génocide de ses premiers livres, l’impossible dialogue entre les rescapés et les tueurs sortis de prison, les peurs, les doutes et incompréhensions et surtout les fantômes.

De l’Afrique et de la guerre, il est toujours question dans Où en est la nuit, un roman qui nous emmène cette fois-ci à la frontière de l’Ethiopie et de la Somalie. Frédéric, journaliste et passionné de sport, y fait la connaissance d’Ayanleh Makeda, une légende vivante de la course à pied, marathonien surdoué, qui aux JO de Pékin, suite à un contrôle antidopage positif, met fin à sa carrière. Ayanleh est désormais soldat, il évite de parler du passé. Fasciné par la personnalité taciturne et noble de l’ancien coureur, incompatible avec la figure d’un tricheur, Frédéric va tenter de percer le mystère qui l’entoure… Jean Hatzfeld parle remarquablement du sport, dont Ayanleh Makeda incarne les vertus les plus hautes : non pas le courage et la force, mais une sorte de grâce, une tension vers un au-delà du corps qui confère à l’être tout entier une élégance mystérieuse. Basé sur de longs dialogues, le récit met au jour les mentalités africaines, le parler des Africains francophones mais aussi, avec sensibilité et justesse, le métier de grand reporter.

En 2013, il renoue avec Sarajevo et publie Robert Mitchum ne revient pas, roman d’amour et de guerre, en plein conflit des Balkans en 1993. Puis, un an plus tard, c’est un autre conflit qu’il met à nouveau en scène vingt ans après, le génocide rwandais, auquel il a consacré une grande partie de son œuvre. Dans Englebert des collines, J. Hatzfeld dresse le portrait d’un rescapé, personnage fantasque avec qui il avait noué contact lors de son premier voyage dans les environs de Nyamata.


Bibliographie :

  • Englebert des collines (Gallimard, 2014)
  • Robert Mitchum ne revient pas (Gallimard, 2013)
  • Où en est la nuit (Gallimard, 2011)
  • La stratégie des antilopes (Seuil, 2007 - Prix Médicis 2007 et Prix Ryszard Kapuściński 2010, à Varsovie)
  • Une saison de machettes (Seuil, 2003 – Prix Femina Essai et Prix Joseph Kessel 2003)
  • Dans le nu de la vie (Seuil, 2001 - Prix France-Culture 2000)
  • La Guerre au bord du fleuve (L’Olivier, 1999)
  • L’Air de la guerre (L’Olivier, 1994 ; Seuil, 1998 – Prix Novembre 94)

Englebert des collines

Gallimard - 2014


« Un matin, j’étais avec Alexis. Nous avons dissimulé deux enfants sous les feuillages et nous avons cherché notre trou de vase. Les tueurs sont venus en chantant. Ils se sont approchés tout près, j’ai senti leur odeur. J’ai chuchoté à Alexis : “Cette fois, nous sommes bientôt morts.” Il m’a répondu : “Ne bouge pas, je vais les feinter.” Il a hurlé le rire de la hyène. C’était très bien imité. Ils ont reculé de peur de la morsure. Mais en s’écartant de leur chemin, ils ont découvert une cachette de femmes et d’enfants. On a entendu les coups plus que les pleurs parce que les malchanceux choisissaient de mourir en silence. »
Voilà une quinzaine d’années, dans la ville de Nyamata, Jean Hatzfeld a rencontré Englebert Munyambonwa, qui arpentait en haillons la grande rue, s’arrêtant dans tous les cabarets, hélant les passants. Une amitié est née avec ce personnage fantasque, rescapé des brousses de Nyiramatuntu, fils d’éleveurs, grand marcheur aussi érudit qu’alcoolique, accompagné par ses fantômes dans un vagabondage sans fin.

Récits des marais rwandais : Dans le nu de la vie ; Une saison de machettes ; La stratégie des antilopes

Récits des marais rwandais : Dans le nu de la vie ; Une saison de machettes ; La stratégie des antilopes

Le Seuil - 2014

En trois livres d’une portée internationale, Jean Hatzfeld a écrit un triptyque du génocide tutsi perpétré au Rwanda en 1994, et cet ensemble est proposé pour la première fois en un seul volume, afin de faire apparaître l’ampleur et l’articulation de cette œuvre d’écoute et d’interrogation.

Le premier tome (Dans le nu de la vie), paru en 2000, s’intéresse aux rescapés tutsis, le deuxième (Une saison de machettes, 2003) aux tueurs hutus, et le troisième (La stratégie des antilopes, 2007) raconte le vertigineux voisinage, aujourd’hui, des uns et des autres revenus sur leurs collines.

Récits des marais rwandais est issu de nombreux séjours, effectués au cours d’une dizaine d’années, dans une seule et même bourgade, Nyamata, et ses hameaux bordés de marais et de forêts, lieux des massacres. En tissant au fil des ans un lien patient, jamais rompu, avec vingt-six interlocutrices et interlocuteurs appartenant aux deux communautés, en multipliant non sans obstination ses interrogations avec eux, et en réalisant un travail d’écriture sur la langue et le souvenir à partir de ces récits, Jean Hatzfeld a constitué un univers génocidaire d’une dimension exceptionnelle, dont l’écho nous habite durablement.


Robert Mitchum ne revient pas

Gallimard - 2013


Au printemps 1992, les Serbes encerclent Sarajevo. Vahidin et Marija, deux athlètes de l’équipe de tir yougoslave, s’entraînent en prévision des jeux Olympiques de Barcelone. Tous deux sont bosniaques, et amants ; lui est musulman, elle est serbe. Ils vivent à Ilidža, une banlieue de Sarajevo, sans s’être jamais souciés de leurs origines. Pourtant, ils vont être brutalement séparés par le siège, puis au fil des mois enrôlés dans des camps opposés en raison de leurs exceptionnels dons pour le tir. Jean Hatzfeld reconstitue l’atmosphère de Sarajevo sous les bombardements, le basculement des mentalités, il pénètre dans l’univers des tireurs d’élite, il décrit leurs techniques, leur adaptation à la topographie urbaine. Mais c’est avec les armes du romancier qu’il nous permet de vivre une tragédie contemporaine, à travers la malédiction qui frappe deux amoureux pris malgré eux dans l’engrenage guerrier.


Où en est la nuit

Seuil - 2011
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Dans une oasis du désert d’Ogaden secouée par la guerre, à la frontière entre l’Éthiopie et la Somalie, Frédéric, journaliste, rencontre dans une tranchée un champion de marathon qu’il avait vu triompher dans le stade olympique de Pékin à l’issue d’un dernier tour époustouflant.
Double médaille d’or, coureur un peu mystique digne de la légende des hauts plateaux, Ayanleh Makeda évoque avec lui sa destitution et, surtout, l’énigme qui l’entoure.
Cette énigme, Frédéric va tenter d’en remonter le fil, sur les terres d’Abebe Bikila, dans les bars d’Addis Abeba à la recherche de Tirunesh, la brillante épouse du champion, puis à Paris, à Karlovy Vary et enfin, de retour au Sud, vers un autre désert, à Jijiga. La très contemporaine odyssée d’Ayanleh Makeda traverse deux mondes qui se mêlent sans se comprendre, menaçant, telle une malédiction, celui qui s’y laisse entraîner.

Revue de presse :

  • "Le sous-titre d’Où en est la nuit précise qu’il s’agit cette fois d’un roman Mais ce roman garde la précieuse qualité de capter ou de réinventer les inflexions des voix, de faire défiler les récits de ces personnages rencontrés, rêvés ou reconstitués." LE MAGAZINE LITTERAIRE
  • "Parfaitement composé avec son mélange d’ombre et de lumière, Où en est la nuit risque de hanter longtemps le lecteur." LIVRE HEBDO
  • "Un faux roman aussi, puisqu’ il ne s’agit jamais que d’un dispositif alambiqué pour qu’Hatzfeld se laisse aller à écrire comme il aime écrire en faisant passer intégralement la parole de l’autre dans son écriture. Lui laisser la place pour que se racontent les accidents d une vie." LES INROCKUPTIBLES
  • "Qu’est-ce qu’un événement ?", s’interroge Jean Hatzfeld. Comment comprend-on quelque chose ou quelqu’un dans ce leurre globalisé qu’est aujourd’hui le monde ? Et comment y survivre ? Il faut lire, dans l’une des meilleures pages du roman, le dialogue Internet entre une jeune Ethiopienne voilée et un adolescent américain, où une proximité factice se construit à l’aide de fiches Wikipédia. Mais le Web, semble dire Jean Hatzfeld, ne fait guère que renforcer des barrières déjà existantes. Où en est la nuit est un livre de guerre sans guerre, un récit qui, des déserts africains aux cafés parisiens, de Gaza à Prague, esquisse, contre les fausses lumières de la technologie, les contours d’un cosmopolitisme nocturne." LE MONDE
  • "À la frontière entre l’Ethiopie et le désert de Somalie, sur fond de tirs d’obus et de tempête de sable, la rencontre d’un grand reporter et d’un grand marathonien donnent lieu à des pages magnifiques, mélange d’ombre et de lumière. Les dialogues expriment avec authenticité l’âme africaine, le poids de la fatalité et son acceptation." NOTES BIBLIOGRAPHIQUES

La stratégie des antilopes

Seuil - 2007

Un matin brûlant de mai 2003, une file de prisonniers franchit les portes du pénitencier de Rilima, en chantant des alléluias. Ces anciens tueurs rwandais viennent d’être libérés, à la surprise de tous, notamment des rescapés qui les regardent s’installer à nouveau sur leurs parcelles, à Nyamata et sur les collines de Kibungo ou Kanzenze.
Que peuvent désormais se dire Pio et Eugénie, le chasseur et le gibier à l’époque des tueries dans la forêt de Kayumba, lorsqu’ils se croisent sur le chemin ? Comment Berthe et le vieil Ignace peuvent-ils se parler au marché puisque toute vérité est trop risquante ? Quels sont les maléfices qui les frappent ? De quelle façon partager Dieu, la Primus, la justice, l’équipe de foot ? Et revivre avec la mort et les morts ? Que ramène-t-on de là-bas ?

« Moi aussi je me sens menacée de marcher derrière la destinée qui m’était proposée… De quoi ? Je ne sais le dire. Une personne, si son esprit a acquiescé à sa fin, si elle s’est vue ne plus survivre à une étape, si elle s’est regardée vide en son for intérieur, elle ne l’oublie pas. Au fond, si son âme l’a abandonné un petit moment, c’est très délicat pour elle de retrouver une existence. »


La guerre au bord du fleuve

L’Olivier - 1999