Boualem Sansal : "Rue Darwin" (Gallimard)

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Lauréat 2011 du prestigieux Prix de la Paix des libraires allemands, qui lui sera décerné le 16 octobre à Francfort, l’écrivain algérien Boualem Sansal malmène depuis 1999 (Le serment des barbares, Gallimard) le récit officiel et l’identité collective caricaturale qui étouffent encore la société algérienne. A travers les zones d’ombre et les détours d’une chronique familiale, Rue Darwin, son dernier ouvrage, raconte par bribes, mais sans complaisance, un demi-siècle d’Algérie. La colère mêlée de tendresse pour cette patrie qu’il n’a pas quittée, malgré les menaces et la censure, affleure au fil de ce beau roman, dont le cours sinueux commence en 1957 à Alger, dans le dédale du quartier populaire de Belcourt.


« Je l’ai entendu comme un appel de l’au-delà : "Va, retourne à la rue Darwin."
J’en ai eu la chair de poule.
Jamais, au grand jamais, je n’avais envisagé une seule seconde de retourner un jour dans cette pauvre ruelle où s’était déroulée mon enfance. »
Après la mort de sa mère, Yazid, le narrateur, décide de retourner rue Darwin dans le quartier Belcourt, à Alger. « Le temps de déterrer les morts et de les regarder en face » est venu.

Une figure domine cette histoire : celle de Lalla Sadia, dite Djéda, toute-puissante grand-mère installée dans son fief villageois, dont la fortune immense s’est bâtie à partir du florissant bordel jouxtant la maison familiale. C’est là que Yazid a été élevé, avant de partir pour Alger. L’histoire de cette famille hors norme traverse la grande histoire tourmentée de l’Algérie, des années cinquante à aujourd’hui.
Encore une fois, Boualem Sansal nous emporte dans un récit truculent et rageur dont les héros sont les Algériens, déchirés entre leur patrie et une France avec qui les comptes n’ont toujours pas été soldés. Il parvient à introduire tendresse et humour jusque dans la description de la corruption, du grouillement de la misère, de la tristesse qui s’étend… Rue Darwin est le récit d’une douleur identitaire, génératrice du chaos politique et social dont l’Algérie peine à sortir.


Revue de presse

"La liberté est toujours paradoxale. Mais combien plus chez un peuple colonisé, où elle survit à sa propre disparition. De quelle manière, par quels tours et détours, tel est le sujet de ce très beau roman, qui semble puiser dans ce paradoxe même son irrésistible énergie." Florent Georgesco, Le Monde

"Histoire intime, fable politique, Rue Darwin, le nouveau roman de Boualem Sansal est un grand flash-back dans le pays de l’enfance pour mieux raconter la schizophrénie actuelle." Pascal Paradou, RFI

"Dans Rue Darwin le romancier algérien brosse le formidable portrait d’une famille et d’un pays aux prises avec la fureur des hommes." Marianne Payot, L’Express

"Un roman intense qui retrace une enfance hybride, partagée entre plusieurs identités. " Gérald Papy et Kerenn Elkaïm, Le Vif, Belgique