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WRIGHT Alexis

Australie

Carpentarie (Actes Sud, 2009)

Biographie

Véritable pasionaria de la cause aborigène, Alexis Wright s’est vue décerner en 2007 le "Miles Franklin Literary Award", équivalent australien du prix Goncourt, pour son magistral roman Carpentarie : une première pour un écrivain d’origine aborigène. Ayant conquis plus de 20 000 lecteurs dans un pays où un roman dépasse rarement les 3000 exemplaires vendus, le livre est devenu un authentique phénomène littéraire en Australie.

Paru en France en 1999, le premier roman d’Alexis Wright, Les plaines de l’espoir, évoquait le destin tragique des "Stolen Generations", ces milliers d’enfants aborigènes arrachés à leur famille à partir du milieu du XIXème siècle pour être élevés par des Blancs. Inspiré de l’histoire de son arrière-grand-mère, ce récit âpre et poignant avait été salué par la critique : dix ans plus tard Carpentarie est l’oeuvre aboutie d’un grand écrivain.

Dédié à l’activiste Murrando Yanner, icône de la lutte pour les droits des peuples autochtones, et leader, à la fin des années 1990, de la résistance contre l’implantation d’une gigantesque mine de zinc à ciel ouvert aux abords du Golfe de Carpentarie, Carpentarie fait écho aux tensions politiques qui agitent l’Australie contemporaine. L’avidité des compagnies minières, les rapports brutaux entre Blancs et Aborigènes, la misère et la violence qui gangrènent les communautés indigènes : on ne s’étonnera pas de rencontrer ces thèmes sous la plume de l’inlassable militante qu’est Alexis Wright. D’origine waanyi par sa mère, l’écrivain, née en 1950, n’a eu de cesse tout au long de sa vie de mettre sa plume au service de la cause aborigène : en témoigne la publication en 1997 d’une anthologie, Take Power, célébrant 20 ans de lutte pour le droit à la terre.

Mais Carpentarie n’a rien d’un tract politique. Ce pavé déploie sur 500 pages un récit au souffle épique, d’une profondeur temporelle extraordinaire, combinant mythe, tradition orale, séquences burlesques et échappées oniriques... Monumental, le roman révèle une ambition stylistique que l’on peut rapprocher
du réalisme magique du colombien Gabriel García Márquez.

La ville fictive de Desperance, laissée par le caprice des eaux au milieu de l’immensité ocre, vit, sous la houlette d’un maire crapuleux, dans une situation de quasi-apartheid. Aux abords d’une décharge une faune bigarrée s’affaire et se querelle sous le regard d’un choeur de vieillards. La figure taciturne de Norm Phantom, ancien pêcheur désormais taxidermiste, domine ce petit monde fantasque. Le vieil Aborigène connaît tous les mystères de la respiration du fleuve,
"serpent ancestral" descendu selon la légende des étoiles, "lourd de sa propre énormité créatrice".

Comme le serpent créateur du mythe, creusant dans son sillage la géographie du Golfe, Alexis Wright circule dans le temps, voyage entre le présent, le passé récent et les temps légendaires, pour façonner un roman ample et puissant qui embrasse tous les tourments de l’Histoire australienne .


Bibliographie :

  • Carpentarie (Actes Sud, 2009)
  • Le Pacte du serpent arc-en-ciel , nouvelles traduites par Sylvie Kande et Marc de Gouvenain (Actes Sud, 2002)
  • Croire en l’incroyable, manifeste (Actes Sud, 2000)
  • Les Plaines de l’espoir, traduit par Sabine Porte (Actes Sud, 1999)

Essais (en anglais) :

  • Grog War (1997)
  • Take Power, anthologie (1997)

Présentation de Carpentarie

Là-haut, tout au nord de l’Australie, sur les rives du golfe de Carpentarie, survit comme elle peut, entre sécheresse et cyclones, la petite ville côtière de Desperance, qui fut autrefois un port et que les caprices des fleuves ont abandonnée à l’intérieur des terres. Des Blancs se sont installés là, pour dominer les Aborigènes locaux, pour chasser le crocodile et, bien sûr, pour exploiter les richesses du sous-sol.Mais les temps changent et la résistance aborigène s’organise, prête à s’attaquer aux installations modernes, charriant aussi revendications d’identité, de territoire et de droit au rêve. Interviennent alors dans un récit halluciné, souvent drôle, des personnages hauts en couleur, tel Norm Phantom, embaumeur de poissons, conteur d’histoires, soupçonné de meurtre, dont le combat est de rassembler le clan de l’Est et le clan de l’Ouest, séparés à la suite d’une querelle épique pour le contrôle d’une décharge. Deux frères ennemis s’activent sous l’oeil vigilant d’un maire criminel et du capitaine Nicoli Finn, en permanence à l’affût des dérapages indigènes.Il y a aussi Mozzie Fishman avec sa gueule à la Clint Eastwood ; Elias Smith, homme à la chevelure blanche rejeté par la mer, ni vivant ni mort, ses souvenirs perdus quelque part dans le non-temps du Temps du rêve ; des gamins qui sniffent de l’essence, un choeur de vieux qui commentent... et Angel Day, un peu clocharde, un peu sorcière, brandissant une statue de la Vierge récupérée dans les poubelles.Empli d’un souffle magique mêlant agissements des personnages et vie des paysages, Carpentarie – guerre de Troie, ou Roméo et Juliette à sa façon – est un roman monumental et fondateur, combinaison de narration à l’occidentale et d’une forme propre aux Aborigènes d’Australie, mélange de récit oral et de mythologie, dont Alexis Wright est l’initiatrice depuis Les Plaines de l’espoir.
Alexis Wright, née en 1950, est membre du peuple waanji, établi sur les plateaux au sud du golfe de Carpentarie. Actes Sud a déjà publié Les Plaines de l’espoir (1999 ; Babel n° 544), Croire en l’incroyable (2000) et Le Pacte du serpent arc-en-ciel (2002).Paru en 2006, Carpentarie a reçu des lecteurs un accueil exceptionnel. Il a été récompensé par de nombreux prix, dont la plus prestigieuse distinction littéraire du pays, le Miles Franklin Literary Award (2007).

Revue de presse :

  • « Un magistral roman épique (...) qui transforme la tradition orale des populations autochtones du pays en un récit tourbillonnant, émaillé d’humour burlesque et riche en personnages excentriques. » Jane Perlez, New York Times 2007
  • « Carpentarie va vous séduire, vous déconcerter, vous captiver. Son extraordinaire optimisme en fait l’un des romans les plus surprenants de l’année. » Tom Aitken, Times Literary Supplement, 2008

Présentation de Le Pacte du serpent arc-en-ciel  :

Le serpent arc-en-ciel rampe sous le bush stérile du Nord de l’Australie lointaine. Il est pour les Aborigènes le serpent de la Création, celui qui unit les hommes et le monde qu’ils habitent. Et, quand ce monde est remodelé, détruit par des colons qui se le sont approprié, le sort des Aborigènes n’est plus que perte d’identité.
C’est une déchéance qui est dite ici. Sous forme de portraits, de scènes de vie, Alexis Wright brosse le quotidien peu reluisant de gens qui bien souvent n’ont le choix qu’entre prison, centre de désintoxication ou suicide.
Tel le serpent qui pourrait bien ressortir de terre et raconter la véritable histoire, Alexis Wright parle pour ceux qui n’ont plus de voix, décrypte le réel en scrutant les âmes et charge son écriture de toute la force d’un imaginaire ancestral.

Présentation de Les Plaines de l’espoir :

Quelque part dans le Nord de l’Australie, Ivy, une petite Aborigène, est un jour arrachée à sa mère pour, comme tant d’autres, être placée à l’orphelinat d’une mission religieuse qui se chargera de lui "blanchir" l’âme. Folle de douleur, la mère se suicide ; dès lors plane sur la mission une sorte de malédiction, symbolisée par l’inquiétante présence de corbeaux sur un arbre… Les anciens dépêchent alors dans le bush un "voyageur" qui a pour tâche de retrouver la famille d’Ivy afin de découvrir l’origine de ce "mal" que la fillette porte en elle…
Dès les premières pages de cet immense roman, on sait qu’Alexis Wright ouvre, de manière définitive, sur la réalité, la culture et la condition menacée de son peuple, une porte monumentale et inscrite à jamais dans l’espace littéraire de notre siècle.
Aussi visionnaire qu’engagé, Les Plaines de l’espoir est en effet un roman total où rêve et action, fiction et témoignage s’unissent dans l’impérieuse nécessité de révéler ce qu’il en fut, aux antipodes, de dizaines de milliers d’enfants aborigènes enlevés à leurs familles dans l’espoir d’en faire des Blancs — quand leurs proches étaient poussés à disparaître. Lire ces pages inspirées et brûlantes — de compassion et de révolte — relève d’une expérience presque physique dont on ressort marqué au fer d’une mémoire à vif.
Torrentueux et âpre, traversant les paysages hallucinogènes du bush ou la violence des mégapoles de l’Australie moderne, hanté à parts égales par l’actualité et par le mythe, Les Plaines de l’espoir révèle une voix d’écrivain qui entre en résonance avec celle d’une Toni Morrison.