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Love story

Nouvelle de Adèle CARRE, incipit 2, en 3ème au collège Ingénieur Cachin, Cherbourg (50)

Love story

On frappe à la porte : des coups sourds, de plus en plus forts, donnés à coups de poing. Voila ?, se dit-il, c’est maintenant... Enfin on peut penser que c’est ce qu’il se dit, à voir son expression à la fois résignée et déterminée.

La porte vole en éclat. Deux guerriers apparaissent, sabres au clair. Calmement, le maître repose son bol et regarde les deux hommes. Ce sont des tueurs, ça saute au yeux : regard froid et sans âme, vêtements sombres, un sabre dans chaque main, taché de sang. Le vieil homme frémit.

Lou Ho court sur un étroit chemin longeant les habitations troglodytiques. Leurs occupants sont invisibles. Pourtant, soudain, un jeune garçon sort de la brume et lui fait signe. Sans s’arrêter, Lou Ho lui crie « Cache-toi ! Ils arrivent ! ». Puis il emprunte un pont et s’enfonce dans la montagne, entre les sapins.

−« C’est fini, annonce l’homme de droite, vous avez perdu la partie ! Jamais ton seigneur ne sera au courant ! Il ne s’apercevra de la trahison qu’une fois pris au piège !
−Mais rassure-toi, ajouta l’autre d’un air menaçant, tu ne verras pas sa chute. Tu ne verras même pas le soleil se lever demain !

Le sage ne parait pas troublé, et, regardant le premier assassin dans les yeux, lui répond :

−Vous êtes sûrs de ce que vous dites ?
−De quoi, que tu vas mourir ? Ouais.
−Ou peut-être que tu fais allusion au gosse qu’on a vu s’enfuir ? demande l’autre, un brin plus fin. Laisse tomber vieux, c’est comme s’il était déjà mort.
−C’est sûr, avec les Jumeaux qui lui collent au train, il a aucune chance !
−J’ai confiance en ce petit. »

Le petit en question est adossé à un tronc, l’air paumé. Il exhale un nuage de buée, pensif. « Bon, je vais tenter par là... » dit-t-il, hésitant, avant de s’engager vers un chemin pentu. On entend juste le bruit de ses pas sur les pierres du chemin. Bientôt, Lou Ho arrive au bord de la falaise. En contrebas, la vallée s’étend, et le village troglodytique est déjà noyé dans la brume. « Bon, il faut vraiment que je me dépêche, on y voit plus rien en bas ! » s’exclame-t-il d’une voix un peu angoissée. Il sort alors de sa poche un papier froissé, qu’il étale sur une souche. Le jeune serviteur le maintient de ses mains bleuies par le froid et l’étudie attentivement en pensant à haute voix : « Alors, le maître m’a dit que la guérite était sur le mont de Roc, sur un éperon au Nord. Il va y avoir de l’escalade, mais normalement, les sbires du Tigre ne vont pas pouvoir me suivre là-haut. Ça tombe bien, j’ai pas vraiment envie de les croiser … Bon, donc il faut que je passe d’abord … Par là ! ». Lou Ho s’engage résolument dans la forêt, tout en rangeant la feuille dans sa poche. On aperçoit deux ombres qui l’y suivent, silencieusement.

Les deux hommes tiennent les bras du maître, dont je n’ai pas retenu le nom, et le tirent vers le vide. D’un coup de pied, l’un d’eux envoie la table par dessus le parapet. On l’entend se briser au pied de la falaise. « Au tour du vieux maintenant ! » s’exclame-t-il. Ils éclatent tous deux d’un rire gras. Leur victime affiche toujours un air très calme, mais teinté de tristesse. Ils le projettent dans le vide.

Lou Ho se casse la figure, le nez dans l’herbe rase et humide. « Aie ! » murmure-t-il en se redressant. Il se masse un instant la cheville, puis repart en trottinant. Il débouche dans une clairière. Soudain, un bruit de pas retentit. Alarmé, Lou Ho se retourne. Un homme lui fait face, grand, l’air redoutable, vêtu d’une tenue de combat noire et armé de deux sabres, dont les fourreaux sont sanglés dans son dos. À sa droite, un deuxième homme, exactement semblable, si ce n’est qu’un bandeau rouge lui ceint le front. Décidément, les guerriers redoutables marchent par deux dans le coin !

« Ha ! Nous t’avons enfin rattrapé ! s’exclame Bandeau Rouge,
−Tu es fait ! ajoute l’autre ponctuant sa parole d’un sourire narquois. Allez, reprend-il, donne nous gentiment le papier, mon petit...
−Non. répond Lou-Ho avec aplomb.
−Il ne me semble pas que tu sois en position de force petit … dit Bandeau Rouge d’un ton menaçant.
−Ce genre de chose peut vite changer ! raille le garçon sans s’émouvoir.
Dis donc, il a du cran ce gars !
−Bon, ça suffit ! s’énerve Bandeau Rouge, tu nous donnes la lettre maintenant !
−Vous êtes bouchés ou quoi ? J’ai dit non.
−Tu l’auras voulu. » conclu sombrement l’Autre, levant ses armes. Perdant un peu de sa superbe, Lou-Ho recule d’un pas. Les deux hommes s’approchent, menaçants.

Les guerriers qui viennent d’assassiner le maître font face à une troupe de fantassins lourdement armés, commandés par un cavalier richement vêtu.
« Alors ? demande impérieusement celui-ci.
−Vos ordres ont été suivis à la lettre mon général. annonce l’un des tueurs.
−Le vieux est mort. précise l’autre.
−Vous en êtes absolument sûrs ? questionne le cavalier, fronçant les sourcils.
−Oui. Personne ne peut survivre à une chute de cette falaise.
−Bien. Le voilà hors d’état de nuire. A-t-on des nouvelles des jumeaux ?
−Non, mon général, répond un des soldats, mais on peut être sûrs qu’ils ne vont faire qu’une bouchée de ce gamin.
−Certes. Bon, allons rejoindre le Tigre ! Allons soutenir le maître légitime de ces contrées ! Allons tuer l’usurpateur ! » braille le général sous les acclamations hystériques des guerriers qui l’entourent.

Maître légitime, tu parles : assassin mégalomane oui !

Lou Ho se baisse, évitant un coup de sabre qui l’aurait à coup sûr décapité, il se retourne, tentant de porter un coup à Bandeau Rouge qui arrivait par derrière. Il a sorti le poignard que le maître lui avait offert après l’escarmouche sur le pont pourpre. Mais, son arme ne lui sert qu’à parer les coups furieux dont il fait l’objet. Soudain, l’autre, d’une attaque fulgurante, le blesse à la cuisse. Lou Ho, déséquilibré pousse un cri de douleur. Profitant de son désarroi, Bandeau Rouge lui inflige une deuxième blessure, à l’épaule. « Alors, on fait moins le fier hein ! » s’exclame-t-il avant de tomber, face contre terre, le crâne perforé par une flèche. L’autre abasourdi, regarde autour de lui, cherchant le tireur. Un deuxième trait fend l’air en vrombissant avant de se ficher dans sa cuisse. Il tombe à genoux et Lou Ho l’achève.

« Heureusement que je suis là ! Hein, Lou Ho ! s’exclame le tireur, ou plutôt la tireuse, en sortant des buissons.
−Lin ! Mais qu’est-ce que tu fais ici ?
−Je viens de te sauver la vie là, il me semble ! s’insurge la jeune fille, faussement vexée.
−Oh, tu sais, je m’en serais très bien sorti tout seul...
−Mais oui, bien sûr... Bon, c’est pas tout ça : t’as pas un message à apporter ?
−Si. Et toi, il vaut mieux que tu rentres à la maison.
−Et puis quoi encore ? Tu crois pas que ton départ en pleine nuit et ta lettre pitoyable de la dernière fois c’est suffisant ? Non mais c’est bon là ! J’en ai marre ! Je te signale que je suis plus âgée que que toi et que je sais tirer à l’arc, moi. Toute façon, j’m’en fous. Je te suis. Tu peux pas m’obliger à rentrer.

Dis-donc, elle fait peur quand elle est énervée celle-là. Heureusement que ma sœur est pas comme ça …

−Désolé Lin. J’ai juste peur pour toi, répond Lou Ho d’un ton contrit, avant d’ajouter, malicieux : au fait, depuis quand tu tires aussi bien à l’arc ?
−Je m’entraîne dur depuis que tu es parti. Mais je te raconterai plus tard, le temps joue contre nous. Et ne t’inquiète pas : j’ai autre chose à faire que mourir. Allez montre moi tes blessures que je voie ce que je peux faire, et en route. »

Un promontoire rocheux surplombe la vallée noyée dans la brume. Soudain, une main s’agrippe à la roche, sur le côté droit. C’est celle de Lin. La jeune fille apparaît au fur et à mesure de ses efforts pour prendre pied sur le promontoire. Elle parvient enfin à s’y asseoir. « Allez Lou Ho, encore un petit effort ! » murmure-t-elle à l’adresse de son frère, gêné par ses blessures. « Je vais te tirer. » ajoute-t-elle avant d’empoigner la corde qui la relie au garçon. Un instant après, celui-ci arrive sur le promontoire. « Merci » balbutie-t-il, épuisé. Lin le prend dans ses bras. Il finit par se dégager, en répétant son remerciement. « On est arrivé. » lui dit sa sœur d’un ton apaisant. Ils vont vers une petite cabane qui se dresse derrière eux, et Lou Ho frappe à la porte.

Elle leur est ouverte par un vieil homme vouté qui les salue d’un air las. Il leur dit d’entrer et Lou Ho lui donne la lettre. Le vieillard parcourt les quelques mots. Sa lecture achevée, il crache un juron et demande aux jeunes gens de le suivre. « Vous allez me donner un coup de main, les jeunes. » annonce-t-il, en les entraînant dans un escalier sombre qui conduit à une réserve de bois.

« Il faut descendre du bois ! Toi, mon gaillard, occupe toi des bûches. Et toi, la demoiselle, prend le petit bois, ordonne-t-il.
−Je suis plus âgée et moins fatiguée que mon frère, vous n’avez aucune raison de me ménager, a moins que vous le fassiez parce que je suis une fille, stupide et faible ? » interroge Lin d’un ton presque agressif.
Le vieux, l’air surpris par la révolte de la jeune fille, grommelle « Oh, faites comme vous voulez ! ». Ils se mettent au travail.

Une flamme s’élève d’un petit monticule de brindilles. Lin ajoute deux bûches, Lou Ho approche ses mains du feu. Il se tourne vers le vieil homme et lui dit :
−J’ai deux questions.
−Lesquelles ? répond-il calmement.
−D’abord, pourquoi on a fait du feu ?
−Et la deuxième ?
−Pourquoi le faire dans un lieu aussi isolé ?
−Je vais vous expliquer. Cet endroit est très important, la difficulté d’accès le protège des attaques. Là-bas, de l’autre côté de la vallée, il y a une guérite comme celle-là. Si j’allume un feu, le guetteur d’en face peut le voir, et en allumer un à son tour. Ce second feu sera repéré par un troisième guetteur, placé en face, qui allumera un troisième feu, un quatrième guetteur le verra, et ainsi de suite. Ce signal arrivera à la forteresse du seigneur d’ici deux heures environ. Cela laissera le temps au seigneur de préparer sa défense. Le signal de feu est utilisé lors de situations extrêmes, dès qu’on y a recours, la capitale doit être fermée et préparée à se défendre, en attendant l’arrivée d’un groupe de messagers qui préviendra le seigneur du danger qui le menace.
−Je vois. C’est pour ça qu’il fallait se dépêcher : pour ne pas que le brouillard empêche les guetteurs de voir le signal, dit Lou Ho.
−Oui, confirme le vieil homme, et je crains qu’il ne soit déjà trop tard.
−C’est vrai que le brouillard s’est épaissi, observe Lin, inquiète. Un signal visuel n’ira pas loin.
−C’est terrible ! se lamente son frère, On a quand même pas fait tout ça pour rien...
Ils se taisent et réfléchissent, l’air sombre.
−Hé ! crie soudain Lin. Dites, Monsieur le guetteur, vous auriez pas quelque chose de bruyant ?
−Euh, je dois bien avoir ce vieux tambour dans un coin de la salle … Pourquoi ?
−Parce que la brume arrête la vision, mais pas l’ouïe ! Viens m’aider Lou Ho !

Traînant son frère par la manche, elle s’engouffre dans la petite maison, sous le regard médusé du guetteur. Ils ressortent en tirant un grand tambour orné de fleurs rouges et tendu d’une fine membrane. L’instrument placé à côté du feu, Lin se saisit d’une paire de grosses mailloches et entreprend de taper comme une sourde sur la peau. Son frère se met à l’aider avec ses poings, imité par le guetteur. On voit les six mains s’employer à marteler le cercle de peau, produisant un rythme sauvage. Cela dure une minute, deux … On ne sait plus, on perd la notion de temps, emporté par le battement.

Soudain, le tambour se tait. Pour écouter la réponse qui lui parvient de l’autre côté de la vallée.

« Ça a marché ! s’écrie Lin exaltée, un large sourire au lèvre.
−Oui, ça a marché ! », répond son frère, avec le même sourire.
Le vieux guetteur ne dit rien. Mais il sourit aussi.

En face, un autre guetteur sourit, mais avec inquiétude. Il vient d’arrêter de jouer et écoute celui qui vient de commencer. Le battement s’éloigne et se tait. Une voix impériale troue le silence « Voilà la fin de ta félonie, le Tigre ! Qu’on l’emmène. »

Noir.

Dans la salle, la lumière se rallume progressivement, tandis que le générique défile à l’écran. Clara, qui a pris ma main, ne la lâche pas. Au contraire, elle se tourne vers moi avec un grand sourire. Ça y est, c’est dans la poche ! Excellent choix ce film, excellent choix !

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