Dico des invités depuis 1990

BERTRAND Romain

France

Qui a fait le tour de quoi ? L’affaire Magellan (Verdier, 2020)

© B. Gaudilere

Essayiste littéraire, directeur de recherche au Centre d’études et de recherches internationales (CERI, Sciences-Po), ce pilier de l’« histoire connectée » - visant à reconnecter les différentes histoires nationales - spécialiste des relations Orient-Occident, déconstruit les mythes issus de l’européocentrisme et fait découvrir d’un oeil nouveau les grandes civilisations d’Asie du Sud-Est occultées par les dominations coloniales européennes. Grâce à sa prose poétique et sa capacité à rendre palpables les personnages historiques, il réussit à nous emmener dans ses enquêtes scientifiques de longue haleine. Son dernier ouvrage, Qui a fait le tour de quoi ? L’affaire Magellan, revisite avec brio l’épopée légendaire de l’explorateur de l’Est. Tandis que L’Exploration du monde, une autre histoire des Grandes Découvertes, revisite les chronologies officielles au fil des 90 récits d’aventures proposés par 80 des meilleurs historien(ne)s de ces questions : défaire les mythes, donner à voir les échecs autant que les réussites, pour documenter d’autres voyages au long cours extra-européens, d’inclure amiraux ottomans, navigateurs chinois, interprètes nahuatls, pilotes arabes et aussi nombres de figures féminines dans le musée imaginaire de l’histoire globale…

Directeur de recherche à Sciences Po, il collabore un temps avec les revues Critique internationale et Raisons politiques, avant d’entrer au comité de rédaction des Annales. Spécialiste des relations Orient-Occident et de l’impérialisme dans l’histoire moderne et contemporaine, il s’attaque depuis plusieurs années à européocentrisme dans la recherche historique.


Bibliographie :

  • Qui a fait le tour de quoi ? L’affaire Magellan (Verdier, 2020)
  • Le Détail du monde. L’art perdu de la description de la nature (Seuil, 2019)
  • Colonisation : une autre histoire (La Documentation Française, 2016)
  • Le Long Remords de la Conquête. Manille-Mexico-Madrid : l’affaire Diego de Ávila (1577-1580) (Seuil, 2015)
  • L’Histoire à parts égales. Récits d’une rencontre Orient-Occident (XVIe-XVIIe siècle) (Seuil, 2011)
  • Mémoires d’empire. La controverse autour du "fait colonial" (Éditions du Croquant et Savoir / Agir, 2006)
  • État colonial, noblesse et nationalisme à Java : la Tradition parfaite (17ème-20ème siècle) (Karthala, 2005)
  • Indonésie, la démocratie invisible. Violence, magie et politique à Java(Karthala, 2002)
Qui a fait le tour de quoi ? L'affaire Magellan

Qui a fait le tour de quoi ? L’affaire Magellan

Verdier - 2020

Imaginez une histoire, une belle histoire, avec des héros et des traîtres, des îles lointaines où gîtent le doute et le danger. Imaginez une épopée, une épopée terrible, avec deux océans où s’abîment les nefs et les rêves, et entre les deux un détroit peuplé de gloire et de géants. Imaginez un conte, un conte cruel, avec des Indiens, quelques sultans et une sorcière brandissant un couteau ensanglanté. Un conte, oui, mais un conte de faits : une histoire où tout est vrai. De l’histoire, donc.
Cette histoire - celle de l’expédition de Fernand de Magellan et de Juan Sebastián Elcano -, on nous l’a toujours racontée tambour battant et sabre au clair, comme celle de l’entrée triomphale de l’Europe, et de l’Europe seule, dans la modernité.
Et si l’on changeait de ton ?
Et si l’on poussait à son extrême limite, jusqu’à le faire craquer, le genre du récit d’aventures ? Et si l’on se tenait sur la plage de Cebu et dans les mangroves de Bornéo, et non plus sur le gaillard d’arrière de la Victoria ? Et si l’on faisait peser plus lourd, dans la balance du récit, ces mondes que les Espagnols n’ont fait qu’effleurer ? Et si l’on accordait à l’ensemble des êtres et des choses en présence une égale dignité narrative ? Et si les Indiens avaient un nom et endossaient, le temps d’un esclandre, le premier rôle ? Et si l’Asie - une fois n’est pas coutume - tenait aussi la plume ? Que resterait-il, alors, du conte dont nous nous sommes si longtemps bercés ?
La vérité, peut-être, tout simplement.

L'Exploration du monde. Une autre histoire des Grandes Découvertes

L’Exploration du monde. Une autre histoire des Grandes Découvertes

Seuil - 2019

Voici une histoire par dates du VIIe au XXe siècle, riche en surprises, qui rend compte des profonds renouvellements qui ont transformé notre vision de ce qu’on appelait autrefois les « Grandes Découvertes ». Les dates « canoniques », revisitées à l’aune d’une réflexion critique sur les raisons de leur élection par les chronologies officielles, alternent avec les dates « décalées » qui font surgir des paysages et des personnages méconnus. Il est ici question de détricoter le discours qui, associant exploration du monde et « entrée dans la modernité », en réserve le privilège et le bénéfice à l’Europe, et, pour ce faire, de documenter d’autres voyages au long cours – extra-européens. Il est également question, prenant le contre-pied d’une histoire héroïque des expéditions lointaines qui en attribue le mérite à quelques singularités, de rappeler qu’il faut beaucoup d’illusions, et plus encore d’intérêts, pour faire un « rêve », et que Christophe Colomb n’aurait jamais appareillé sans les vaisseaux des frères Pinzón.
Il s’agit ainsi de substituer des lieux, des instants et des visages aux cultures en carton-pâte et aux croyances en papier mâché ; de donner à voir les échecs autant que les réussites, les naufrages dans les estuaires de la même façon que les entrées triomphales dans les cités soumises ; d’inclure amiraux ottomans, navigateurs chinois, interprètes nahuatls et pilotes arabes dans le musée imaginaire de l’histoire globale ; de mettre en lumière tout un petit peuple d’assistants et d’auxiliaires, de sherpas et de supplétifs (que serait Magellan sans le Malais Enrique ? ou Cortés sans la Malinche ?) ; de passer outre une histoire au masculin en rendant droit de cité aux voyageuses et aux exploratrices ; et enfin de prêter une égale attention aux êtres et aux choses, sachant que, s’il faut une nef pour traverser un océan, une vague ou un bacille suffisent à la vider de ses occupants.
Ce sont donc à la fois une autre histoire du monde et une autre histoire de l’Europe qui se dévoilent au fil des 90 récits d’aventures proposés par 80 des meilleurs historiennes et historiens de ces questions.

Directeur d’ouvrage : Romain Bertrand est directeur de recherche au CERI (Sciences Po-CNRS).
Coordination : Hélène Blais est professeure d’histoire contemporaine à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm ; Guillaume Calafat est maître de conférences en histoire moderne à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (IHMC) ; Isabelle Heullant-Donat est professeure d’histoire du Moyen Âge à l’Université de Reims Champagne-Ardenne.


Le Détail du monde. L'art perdu de la description de la nature

Le Détail du monde. L’art perdu de la description de la nature

Seuil - 2019

Les mots nous manquent pour dire le plus banal des paysages. Vite à court de phrases, nous sommes incapables de faire le portrait d’une orée. Un pré, déjà, nous met à la peine, que grêlent l’aigremoine, le cirse et l’ancolie. Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi. Au temps de Goethe et de Humboldt, le rêve d’une « histoire naturelle » attentive à tous les êtres, sans restriction ni distinction aucune, s’autorisait des forces combinées de la science et de la littérature pour élever la « peinture de paysage » au rang d’un savoir crucial. La galaxie et le lichen, l’enfant et le papillon voisinaient alors en paix dans un même récit. Ce n’est pas que l’homme comptait peu : c’est que tout comptait infiniment. Des croquis d’Alfred Wallace aux « proêmes » de Francis Ponge, des bestiaires de William Swainson aux sonnets de Rainer Maria Rilke, ce livre donne à entendre le chant, aussi tenace que ténu, d’un très ancien savoir sur le monde – un savoir qui répertorie les êtres par concordances de teintes et de textures, compose avec leurs lueurs des dictionnaires éphémères, s’abîme et s’apaise dans le spectacle de leurs métamorphoses.


L'Histoire à parts égales : Récits d'une rencontre Orient-Occident (XVIe-XVIIe siècle)

L’Histoire à parts égales : Récits d’une rencontre Orient-Occident (XVIe-XVIIe siècle)

Seuil - 2011

S’il n’a jamais été autant question d’"histoire-monde", c’est souvent la même histoire du monde qui s’écrit : celle de l’Europe et de son "expansion" en Afrique, en Asie et aux Amériques. Pour Romain Bertrand, il n’est d’autre remède à cet européocentrisme obstiné qu’une histoire à parts égales, tramée avec des sources qui ne soient pas seulement celles des Européens. C’est ce qu’il propose dans ce texte, en offrant le récit détaillé des premiers contacts entre Hollandais, Malais et Javanais au tournant du XVIIe siècle. Il montre que l’Europe ne détenait alors aucun avantage sur les sociétés du monde insulindien, que ce soit en matière de compétences nautiques et cartographiques, de grand négoce ou de technologies militaires. Lorsque les vaisseaux de la Première Navigation de Cornelis de Houtman jettent l’ancre en juin 1596 dans la rade de Banten, à Java, ce n’est pas à un monde "primitif" qu’ils ont affaire. Le lecteur découvre au contraire une société complexe et cosmopolite, insérée depuis des décennies dans des réseaux de commerce à grande distance, maillée de lieux de débats politiques et religieux intenses et sophistiqués, qui font étrangement écho à ceux qui ont alors cours en Europe. Un livre qui propose une manière radicalement nouvelle de faire de l’histoire globale.

Série Noire : elle mord toujours ?

Avec Aurélien Masson, Bertrand Tavernier, Dominique Manotti, Chantal Pelletier et DOA. Débat animé par Hubert Artus - Saint-Malo 2015

Avec Aurélien Masson, Bertrand Tavernier, Dominique Manotti, Chantal Pelletier et DOA. Débat animé par Hubert Artus