Coups de cœur Télérama : Nick Tosches

Etats-Unis
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Musique et mafia ont toujours intéressé Nick Tosches. Qu’il écrive des romans noirs à la manière de Trinités (Editions Gallimard, 2000) ou des essais sur la country et le rock comme Héros oubliés du rock’n’roll (Editions Allia, 2000), on retrouve chez lui cette liaison provocante entre l’art et la pègre. Normal qu’on le surprenne donc en compagnie de Dean Martin : Dino, la voix de velours, le tombeur de starlettes ; l’Italien de ces dames, le clown blanc de Jerry Lewis, le copain de Sinatra, a tout pour lui plaire par ses fréquentations mafieuses, son goût du jeu, son succès guimauve. Et Nick Tosches se fait un plaisir de fouiller dans la vie de cet homme qui cultive une indifférence flegmatique. On découvre alors une star sans rugosité, qui ne s’intéresse à rien sinon aux spaghettis, aux vieux westerns et, bien sûr, à la chanson. A travers ce personnage fantomatique, Nick Tosches a donc toute latitude pour reconstruire l’Amérique populaire des années 40 à 70. La Prohibition, quand Dino, enfant, donne un coup de main aux patrons de bistrots. Le triomphe des parrains qui prennent toujours la meilleurs table lorsque "le petit" chante dans un club. Hollywood et ses Marilyn de bazar, Las Vegas et ses bandits manchots, New York et ses soirées smoking où l’on boit et se shoote au Percodan… Dean est toujours là. Et le crooner permet ainsi à l’écrivain de rédiger les grandes pages d’une époque cruelle mais fascinante, sans jamais perdre de vue son héros, si fade soit-il.
C.F.

Dino, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par JeanEsch (Editions Rivages, coll. "Ecrits noirs", 2001)