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SANSAL Boualem

Algérie

Le train d’Erlingen ou La métamorphose de Dieu (Gallimard, 2018)

Auteur dissident, il fait de sa plume une arme tournée contre les dérives sectaires et les tabous de la société dès son premier roman Le Serment des barbares, farce infernale et cinglante sur la faillite de l’Algérie. Censuré, l’écrivain né en 1949 se refuse à l’exil. Brillant romancier, lauréat du Grand Prix RTL, son dernier livre est brûlant d’actualité. Le train d’Erlingen ou La métamorphose de Dieu qu’il décrit comme « une chronique des temps qui courent », dénonce l’extrémisme religieux et propose une profonde réflexion de son effet dévastateur dans les "démocraties fatiguées" de la couardise ou de l’aveuglement des dirigeants. Un regard incontournable sur l’actualité algérienne.

Écrivain et penseur majeur de l’Algérie contemporaine, Boualem Sansal a de nouveau déferlé la chronique avec son dernier roman inspiré du chef-d’œuvre orwelien : 2084 : la fin du monde.

Depuis la publication en 1999 de son livre Le Serment des barbares - qui lui a valu le Prix du premier roman, Boualem Sansal collectionne les prix et suscite la polémique. Témoin impitoyable de la société algérienne d’aujourd’hui, il est l’auteur de douze ouvrages traduits en plusieurs langues, dont la plupart ont été censurés dans son pays.

Ingénieur de formation, docteur en économie, tour à tour enseignant à l’université, chef d’entreprise, puis haut fonctionnaire, il entre en littérature à l’âge de 50 ans grâce à son amitié avec l’écrivain Rachid Mimouni qui l’incite à écrire. Pendant la « décennie noire », alors que la guerre civile et la terreur islamiste s’abattent sur le pays, Boualem Sansal écrit et cherche à expliquer l’impasse politique, sociale et économique des années 1990. Critique cinglante de la faillite de l’Algérie, Le Serment des barbares, salué par les lecteurs et la critique, révèle, entre farce et cauchemar, la verve rabelaisienne de Boualem Sansal.

Son troisième roman, Dis-moi le paradis, publié en France en 2003, donne la parole aux ivrognes volubiles du Bar des Amis, sur les hauteurs de Bab el-Oued. Par leurs voix, cinglantes ou cocasses, Sansal dresse un inventaire au vitriol des tares de l’Algérie actuelle.
Conséquence de la publication de l’ouvrage et de ses prises de position contre Boutéflika et le régime algérien, en 2003, le pouvoir décide de limoger l’auteur de son poste de directeur général au ministère de l’Industrie.
Il publie alors Poste restante : Alger (2006) une lettre ouverte, brève et cinglante destinée à ses compatriotes. Elle fut aussitôt censurée par le gouvernement algérien et n’est donc jamais parvenue à ses destinataires.

Avec Le village de l’Allemand (2008), Boualem Sansal enfonce le clou dans un roman où les massacres de la guerre civile des années 1990 semblent faire écho aux horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Inspiré d’un fait réel découvert dans les années 80, le roman est toujours censuré en Algérie pour ses connotations liant les deux guerres et rapprochant l’islamisme au nazisme. Lauréat du Grand Prix RTL-Lire (2008) pour ce livre, Boualem Sansal a reçu en 2011 le prestigieux Prix de la paix des libraires allemands pour la manière dont il "critique ouvertement la situation politique et sociale de son pays".

Mais son engagement ne réside pas uniquement dans ses écrits. Ainsi, dans le cadre du 1er « Forum mondial de la Démocratie », qui s’est tenu à Strasbourg à l’initiative du Conseil de l’Europe, en octobre 2012, Boualem Sansal a uni sa voix à celle de l’Israélien David Grossman (Prix Médicis Étranger 2011) pour lancer un Appel à la Paix à leurs confrères. L’objectif était alors de fonder une organisation pérenne d’écrivains œuvrant pour la Paix au Proche Orient et dans le monde entier. (Lire l’article sur le site d’Étonnants Voyageurs.)

L’islamisme, toujours présent au cœur de ses récits, est l’objet de son dernier essai paru en 2013 aux éditions Gallimard, Gouverner au nom d’Allah. Ce pamphlet, sous-titré "Islamisation et soif de pouvoir dans le monde arabe" se veut le témoignage "d’un homme dont le pays, l’Algérie, a été très tôt confronté à l’islamisme". Boualem Sansal y synthétise et explique la progression de l’idéologie islamiste dans les pays musulmans et le danger que cela représente. L’ouvrage a notamment reçu en 2013 le prix Jean Zay qui récompense un auteur pour son engagement en faveur des valeurs républicaines et laïques.

Grand prix du roman de l’Académie française, 2084 : la fin du monde, ne déroge pas à la règle. Au fil d’un récit débridé, plein d’innocence goguenarde, d’inventions cocasses ou inquiétantes, l’écrivain s’inscrit dans la filiation d’Orwell pour brocarder les dérives et l’hypocrisie du radicalisme religieux qui menace les démocraties.

En 2018, le talentueux romancier publie sous la forme épistolaire Le train d’Erlingen ou La métamorphose de Dieu, fervent pamphlet contre l’extrémisme religieux, teinté de Kafka et Thoreau. Sans jamais manquer à l’humanisme et la finesse de l’auteur, cet ouvrage nous présente deux personnages-clefs, deux femmes, chacune dans son espace-temps, au croisement de leur histoire personnelle et de l’Histoire collective.


Bibliographie

Romans

  • Le train d’Erlingen ou La métamorphose de Dieu (Gallimard, 2018)
  • 2084 : la fin du monde (Gallimard, 2015)
  • Romans (1999-2011) (Gallimard, 2015)
  • Rue Darwin (Gallimard, 2011)
  • Le Village de l’Allemand ou Le journal des frères Schiller (Gallimard, 2008)
  • Harraga (Gallimard, 2005)
  • Journal intime et politique : Algérie, 40 ans après (Aube, 2003 – collectif)
  • Dis-moi le paradis (Gallimard, 2003)
  • L’Enfant fou de l’arbre creux (Gallimard, 2000)
  • Le Serment des barbares (Gallimard, 1999)

Essais

  • L’impossible paix en Méditerranée (Éditions de L’Aube, 2017)
  • Gouverner au nom d’Allah (Gallimard, 2013)
  • Petit éloge de la mémoire, (Gallimard, 2007)
  • Poste restante : Alger (Gallimard, 2006)
Le train d'Erlingen ou La métamorphose de Dieu

Le train d’Erlingen ou La métamorphose de Dieu

Gallimard - 2018

« Je plaisante, je plaisante, mais la situation est affreusement désespérée. L’affaire était louche dès le début pourtant, l’ennemi n’est pas tombé du ciel, il sortait bien de quelque trou, verdammt, un enfant l’aurait compris. Quand avons-nous cessé d’être intelligents ou simplement attentifs ? »
Ute Von Ebert, dernière héritière d’un puissant empire industriel, habite à Erlingen, fief cossu de la haute bourgeoisie allemande. Sa fille Hannah, vingt-six ans, vit à Londres. Dans des lettres au ton très libre et souvent sarcastique, Ute lui raconte la vie dans Erlingen assiégée par un ennemi dont on ignore à peu près tout et qu’elle appelle « les Serviteurs », car ils ont décidé de faire de la soumission à leur dieu la loi unique de l’humanité. La population attend fiévreusement un train qui doit l’évacuer. Mais le train du salut n’arrive pas.
Et si cette histoire était le fruit d’un esprit fantasque et inquiet, qui observe les ravages de la propagation d’une foi sectaire dans les démocraties fatiguées ?
Comme dans 2084, Boualem Sansal décrit la mainmise de l’extrémisme religieux sur les zones fragiles de nos sociétés, favorisée par la lâcheté ou l’aveuglement des dirigeants.


  • « Nourri par la même colère que dans 2084 : La fin du monde, l’écrivain algérien dénonce les pièges de l’inertie. » Lire
  • « Boualem Sansal explore nos sociétés prises au piège de manipulations religieuses ou économiques. Un roman exceptionnel. » Elle
  • « Après 2084 : La fin du monde, Boualem Sansal publie une nouvelle fable futuriste. Mais derrière l’anticipation se cache une réflexion glaçante sur la réalité d’un monde contemporain déchiré par les crises migratoires et la montée en puissance de l’islamisme. » Le Figaro Magazine
La fin du monde

La fin du monde

Gallimard - 2015

L’Abistan, immense empire, tire son nom du prophète Abi, « délégué » de Yölah sur terre. Son système est fondé sur l’amnésie et la soumission au dieu unique. Toute pensée personnelle est bannie, un système de surveillance omniprésent permet de connaître les idées et les actes déviants. Officiellement, le peuple unanime vit dans le bonheur de la foi sans questions.
Le personnage central, Ati, met en doute les certitudes imposées. Il se lance dans une enquête sur l’existence d’un peuple de renégats, qui vit dans des ghettos, sans le recours de la religion…
Boualem Sansal s’est imposé comme une des voix majeures de la littérature contemporaine. Au fil d’un récit débridé, plein d’innocence goguenarde, d’inventions cocasses ou inquiétantes, il s’inscrit dans la filiation d’Orwell pour brocarder les dérives et l’hypocrisie du radicalisme religieux qui menace les démocraties.


Revue de presse

« Qu’on ne s’y trompe pas : 2084 n’est pas une charge frontale contre l’islam comme religion, mais une parabole cauchemardesque sur son instrumentali­sation politique. L’écrivain y imagine une dictature qui, comme d’autres avant elle, effacera le passé, contrôlera et punira arbitrairement l’homme jusqu’à ce qu’il ne sache plus ce que penser veut dire. » Le Monde

« La référence est transparente. Et tout le dispositif orwellien est là en effet : un système totalitaire où tout le monde est surveillé, un dictateur tout puissant, un appareil politique et policier redoutable, et des devises où l’absurde le dispute à la manipulation : « La mort, c’est la vie » « Le mensonge, c’est la vérité », « La logique, c’est l’absurde ». » Le Point

« En fait, et avec provocation, de Sansal on pourrait même dire qu’il achève le travail en livrant une nouvelle vision actualisée de l’étouffement. Si Orwell a inventé le communisme intégral, Sansal, lui, a inventé l’islamisme intégral, où l’homme meurt écrasé par une pluie de versets totalement pataphysiciens dans un pays qu’il nomme l’Abistan, qui sent la cordite et l’assassinat de masse. » Libération


Romans 1999-2011

Romans 1999-2011

Gallimard - 2015 - 2015

Le serment des barbares - L’enfant fou de l’arbre creux - Dis-moi le paradis - Harraga - Le village de l’Allemand ou Le journal des frères Schiller - Rue Darwin.
« Dès son premier roman Boualem Sansal a imposé la puissance d’une littérature écrite "à la lumière des Lumières", portée par le miracle d’une langue réinventée. "En Algérie, nous sommes analphabètes trilingues : nous avons perdu le français à cause de l’arabisation forcée, l’arabe est peu ou mal enseigné, nous avons perdu le kabyle et nos langues ancestrales." Le seul langage qui reste à la plupart, c’est la violence. Le romancier, lui, dispose de la langue, cette langue exaltée, magnifiée par la solitude rougeoyante de la forge où se forment les phrases. »
Jean-Marie Laclavetine.


L’Afrique qui vient - Anthologie

Hoëbeke - 2013

Un monde meurt, et avec lui bien de nos repères – un autre monde naît, dans le tumulte et le chaos, mais avec une formidable énergie. Et une nouvelle Afrique, qui entend prendre sa place dans le siècle qui commence. Une Afrique qui met à mal nos discours convenus. Une Afrique dont les artistes, les écrivains, les poètes, nous dessinent aujourd’hui les contours. Lisez-les : ils nous parlent aussi de nous-mêmes, et de notre futur. 28 écrivains, nous disent ici, à travers 28 nouvelles, cette Afrique qui vient, surprenante, inquiétante, fascinante : un continent entier qui se met en marche, et dans le mouvement, s’invente. Parmi eux, des auteurs aujourd’hui de grand renom mais aussi la nouvelle vague des auteurs africains qui vont être les révélations des années à venir, et imposent des voix nouvelles. Nés après l’indépendance, ils ont grandi dans le cauchemar des génocides, sous le joug des dictatures, contraints souvent à l’exil. Le génocide de 1994 au Rwanda aura été un tournant : la fin de l’innocence, des paradis perdus, des discours seulement victimaires quand l’Afrique découvre sa capacité à s’autodétruire. Le nouvel espace romanesque africain n’est plus, sur place, celui du village, de la répétition du discours anti-colonialiste, du mythe d’une Afrique à retrouver, de la tradition, mais celui tout à la fois de l’exil et celui de la ville, monstrueuse, hybride, tentaculaire, où s’expérimentent également, mais d’une autre manière, métissage et multiculturalisme, se met en place un univers créole. La ville, où s’invente, au-delà du roman, une culture de la rue, slam, hip-hop, rap, par laquelle la jeunesse exprime sa révolte et ses espoirs. Lisez-les : ils vont vous étonner.   


Gouverner au nom d'Allah

Gouverner au nom d’Allah

Gallimard - 2013

« Nous les avons accueillis avec sympathie, un brin amusés par leur accoutrement folklorique, leur bigoterie empressée, leurs manières doucereuses et leurs discours pleins de magie et de tonnerre, ils faisaient spectacle dans l’Algérie de cette époque, socialiste, révolutionnaire, tiers-mondiste, matérialiste jusqu’au bout des ongles, que partout dans le monde progressiste on appelait avec admiration “la Mecque des révolutionnaires”. Quelques années plus tard, nous découvrîmes presque à l’improviste que cet islamisme qui nous paraissait si pauvrement insignifiant s’était répandu dans tout le pays. »

Après avoir brossé un tableau d’ensemble des courants musulmans, Boualem Sansal s’interroge sur les acteurs de la propagation de l’islamisme : les États prosélytes, les élites opportunistes, les intellectuels silencieux, les universités, les médias, « la rue arabe »… Il questionne aussi l’échec de l’intégration dans les pays d’accueil des émigrés.
Ainsi, l’islamisme arabe tend à s’imposer, mal évalué par les pouvoirs occidentaux qui lui opposent des réponses inappropriées, tandis que les femmes et les jeunes, ses principales victimes, sont de plus en plus à sa merci.
Boualem Sansal, devenu l’une des grandes voix de la littérature algérienne, propose une synthèse engagée, précise, documentée, sans pour autant abandonner les prises de position humanistes intransigeantes qui, au fil de ses romans, l’ont amené à dénoncer à la fois le pouvoir militaire algérien et le totalitarisme islamiste.


Revue de presse

  • Boualem Sansal sur France Culture pour "La Grande Table" :

Rue Darwin

Gallimard - 2011

« Je l’ai entendu comme un appel de l’au-delà : "Va, retourne à la rue Darwin."
J’en ai eu la chair de poule.
Jamais, au grand jamais, je n’avais envisagé une seule seconde de retourner un jour dans cette pauvre ruelle où s’était déroulée mon enfance. »
Après la mort de sa mère, Yazid, le narrateur, décide de retourner rue Darwin dans le quartier Belcourt, à Alger. « Le temps de déterrer les morts et de les regarder en face » est venu.

Une figure domine cette histoire : celle de Lalla Sadia, dite Djéda, toute-puissante grand-mère installée dans son fief villageois, dont la fortune immense s’est bâtie à partir du florissant bordel jouxtant la maison familiale. C’est là que Yazid a été élevé, avant de partir pour Alger. L’histoire de cette famille hors norme traverse la grande histoire tourmentée de l’Algérie, des années cinquante à aujourd’hui.
Encore une fois, Boualem Sansal nous emporte dans un récit truculent et rageur dont les héros sont les Algériens, déchirés entre leur patrie et une France avec qui les comptes n’ont toujours pas été soldés. Il parvient à introduire tendresse et humour jusque dans la description de la corruption, du grouillement de la misère, de la tristesse qui s’étend… Rue Darwin est le récit d’une douleur identitaire, génératrice du chaos politique et social dont l’Algérie peine à sortir.

Revue de presse

  • « Rue Darwin », la vie presque tronquée de Boualem Sansal. RFI

Le village de l’Allemand ou Le journal des frères Schiller

Gallimard - 2008

Les narrateurs sont deux frères nés de mère algérienne et de père allemand. Ils ont été élevés par un vieil oncle immigré dans une cité de la banlieue parisienne, tandis que leurs parents restaient dans leur village d’Aïn Deb, près de Sétif. En 1994, le GIA massacre une partie de la population du bourg. Pour les deux fils, le deuil va se doubler d’une douleur bien plus atroce : la révélation de ce que fut leur père, cet Allemand qui jouissait du titre prestigieux de moudjahid... Basé sur une histoire authentique, le roman propose une réflexion véhémente et profonde, nourrie par la pensée de Primo Levi. Il relie trois épisodes à la fois dissemblables et proches : la Shoah, vue à travers le regard d’un jeune Arabe qui découvre avec horreur la réalité de l’extermination de masse ; la sale guerre des années 1990 en Algérie ; la situation des banlieues françaises, et en particulier la vie des Algériens qui s’y trouvent depuis deux générations dans un abandon croissant de la République. " A ce train, dit un personnage, parce que nos parents sont trop pieux et nos gamins trop naïfs, la cité sera bientôt une république islamique parfaitement constituée. Vous devrez alors lui faire la guerre si vous voulez seulement la contenir dans ses frontières actuelles. " Sur un sujet aussi délicat, Sansal parvient à faire entendre une voix d’une sincérité bouleversante.

Revue de presse

  • "Sansal met sur le papier ses frayeurs, et va, serein, de la gravité à la tendresse. Un vrai tour de force." Télérama

Mots pour maux

Gallimard - 2008

Ouvrage collectif de Franz Bartelt, Anne Bragance, Georges-Olivier Châteaureynaud, Philippe Claudel, Vincent Delecroix, Michèle Fitoussi, Sylvie Germain, Marie-Ange Guillaume, Diane Meur, Léonora Miano, Martin Page, Grégoire Polet, Boualem Sansal, Dominique Sylvain, Mathieu Terence, François Vallejo, Delphine de Vigan et de Martin Winckler. Préface de Philippe Grimbert Pauvres humains, encombrés d’une anatomie toujours prête à défaillir ! Ah ! Si comme les animaux nous étions un corps, n’obéissant qu’à l’instinct, les choses seraient tellement plus simples ! Mais nous avons un corps et cet avoir, qui ne prospère pas toujours dans le bon sens, nous pèse bien souvent. Ah Bon Dieu qu’c’est embêtant D’être toujours patraque Ah Bon Dieu qu’c’est embêtant Je n’suis pas bien portant... Longtemps après la création de cette chanson, des générations se sont succédé pour reprendre en chœur la pochade d’Ouvrard, le comique troupier qui faisait rimer, de la façon la plus radicale, les mots avec les maux ; et, à leur insu, les rieurs y entendent une vérité qui les concerne tous. Elle a été énoncée il y a plus d’un siècle par Sigmund Freud : les maux sont un langage, ils se déchiffrent, le corps parle et bien souvent ce qui ne peut se dire en mots s’exprime par un dysfonctionnement physique, comme l’a d’ailleurs reconnu depuis longtemps la sagesse populaire. S’il est un domaine où les maux sont mis en mots et les mots heureusement mis à mal, c’est bien la littérature. Voilà pourquoi il était tentant de proposer un tel thème aux dix-huit auteurs qui participent à ce recueil. Maux d’amour, transformations corporelles, inflammations en tous genres, c’est à un voyage original que nous invitent ces plumes légères, parfois trempées dans le miel, souvent dans le fiel.


Petit éloge de la mémoire

Gallimard - 2007

« C’est le plus lointain, celui que j’aime à explorer, qui me donne le plus de frissons. Écoutez-moi raconter mon pays, l’Égypte, la mère du monde. Remplissez bien votre clepsydre, le voyage compte quatre mille et une années et il n’y a pas de halte. Jadis, en ces temps fort lointains, avant la Malédiction, j’ai vécu en Égypte au temps de Pharaon. J’y suis né et c’est là que je suis mort, bien avancé en âge... »


Pour une littérature-monde

Gallimard - 2007

Ouvrage collectif d’Eva Almassy, Tahar Ben Jelloun, Maryse Condé, Dai Sijie, Ananda Devi, Chahdortt Djavann, Édouard Glissant, Jacques Godbout, Nancy Huston, Fabienne Kanor, Dany Laferrière, Michel Layaz, Michel Le Bris, Alain Mabanckou, Anna Moï, Wajdi Mouawad, Nimrod, Esther Orner, Grégoire Polet, Raharimanana, Patrick Raynal, Jean Rouaud, Boualem Sansal, Brina Svit, Lyonel Trouillot, Gary Victor et d’Abdourahman A. Waberi. Édition publiée sous la direction de Michel Le Bris et Jean Rouaud Les prix littéraires d’automne – et c’est la gloire des jurés – ont mis en évidence ce qu’un certain milieu confiné avait jusque-là tenté de masquer, à savoir que la littérature française ne se réduisait pas à la contemplation narcissique et desséchante de son propre rétrécissement, mais que d’autres voix, venues d’ailleurs, lui ouvraient les portes du monde, y faisaient souffler les nouvelles du dehors qui sans ces voix ne seraient jamais venues jusqu’à nous. Alain Mabanckou nous avait pourtant prévenus : « Pendant longtemps, ingénu, j’ai rêvé de l’intégration de la littérature francophone dans la littérature française. Avec le temps, je me suis aperçu que je me trompais d’analyse. La littérature francophone est un grand ensemble dont les tentacules enlacent plusieurs continents. La littérature française est une littérature nationale. C’est à elle d’entrer dans ce grand ensemble francophone. » Même si à vrai dire personne ne parle le francophone, ni écrit en francophone. La francophonie n’exprime-t-elle pas une nostalgie d’un temps où la France se présentait comme une étoile déversant ses lueurs sur le monde ? C’est d’une constellation que nous parlons. Nous assistons à l’émergence d’une littérature de langue française détachée de la nation avec laquelle elle a entretenu des liens stratégiques, libre désormais de tout pouvoir autre que celui de la poésie et de l’imaginaire, et n’ayant pour frontières que celles de l’esprit.


Poste restante : Alger

Gallimard - 2006

« En France, où vivent beaucoup de nos compatriotes, les uns physiquement, les autres par le truchement de la parabole, rien ne va et tout le monde le crie à longueur de journée, à la face du monde, à commencer par la télé. Dieu, quelle misère ! Les banlieues retournées, les bagnoles incendiées, le chômage endémique, le racisme comme au bon vieux temps, le froid sibérien, les sans-abri, l’ETA, le FLNC, les islamistes, les inondations, l’article 4 et ses dégâts collatéraux, les réseaux pédophiles, le gouffre de la sécurité sociale, la dette publique, les délocalisations, les grèves à répétition, le tsunami des clandestins... Mon Dieu, mais dans quel pays vivent-ils, ces pauvres Français ? Un pays en guerre civile, une dictature obscure, une République bananière ou préislamique ? À leur place, j’émigrerais en Algérie, il y fait chaud, on rase gratis et on a des lunettes pour non-voyants. »


Harraga

Gallimard - 2005

Une maison que le temps ronge comme à regret. Des fantômes et de vieux souvenirs que l’on voit apparaître et disparaître. Une ville erratique qui se déglingue par ennui, par laisser-aller, par peur de la vie. Un quartier, Rampe Valée, qui semble ne plus avoir de raison d’être. Et partout dans les rues houleuses d’Alger des islamistes, des gouvernants prêts à tout, et des lâches qui les soutiennent au péril de leur âme. Des hommes surtout, les femmes n’ayant pas le droit d’avoir de sentiment ni de se promener. Des jeunes, absents jusqu’à l’insolence, qui rêvent, dos aux murs, de la Terre promise. C’est l’univers excessif et affreusement banal dans lequel vit Lamia, avec pour quotidien solitude et folie douce. Mais voilà qu’une jeune écervelée, arrivée d’un autre monde, vient frapper à sa porte. Elle dit s’appeler Chérifa, s’installe, sème la pagaille et bon gré mal gré va lui donner à penser, à se rebeller, à aimer, à croire en cette vie que Lamia avait fini par oublier et haïr.


Journal intime et politique : Algérie, 40 ans après

L’Aube - 2003

Pendant trois mois, d’août à octobre 2002, quarante ans après l’indépendance de l’Algérie, cinq écrivains ont tenu leur journal intime et politique. Mohamed Kacimi, Nourredine Saadi, Leïla Sebbar ont écrit depuis la France où ils vivent, Maïssa Bey et Boualem Sansal depuis l’Algérie qu’ils n’ont pas quittée. Deux femmes et trois hommes, écrivains de langue française, en exil ou non, cheminent avec l’Algérie d’hier et d’aujourd’hui. Avec l’Histoire de la France et de l’Algérie si fortement inscrite en eux, chacun, selon ses engagements, ses choix, sa sensibilité, son humour, tisse la trame des jours, le drame des jours... La politique les passionne tous, à travers de petits faits comme des grands événements. Ainsi consignée dans leur journal, l’actualité tient en éveil et nourrit leur réflexion, pour nous faire découvrir cinq regards différents, portés en même temps, depuis chacune des deux rives, autour d’une date anniversaire importante pour chacun d’eux. Ce Journal intime et politique est volontairement nommé au singulier, car s’il y a des résonances d’un journal à l’autre, chacun est unique. Comme l’aventure douloureuse et forte qui lie l’Algérie à la France. Un livre profondément humain, émouvant, beau.


Dis-moi le paradis

Gallimard - 2003

Au Bar des Amis, sur les hauteurs de Bab el-Oued, on discute beaucoup. On y refait le monde en général, et l’Algérie en particulier. Le patron, Ammi Salah, ancien fellagha revenu de tout, accepte que son établissement se transforme chaque jour en agora tapageuse. Chacun a son histoire à raconter, sa vision de l’avenir ou du passé à faire valoir ou à inventer. De ces tonitruantes controverses émerge plus particulièrement l’histoire de Tarik, l’un des habitués, médecin dans un hôpital d’Alger. Tarik raconte comment il a récemment traversé l’Algérie en compagnie de deux de ses cousines, revenues de l’étranger pour aller voir leur mère mourante dans le sud du pays. Un personnage mystérieux incarne le désarroi du peuple algérien : c’est un enfant mutique recueilli en route par Tarik, qui garde les yeux grands ouverts sur un passé indicible. Le voyage permet à Tarik de dresser un inventaire de l’Algérie contemporaine, entre farce et cauchemar, et son récit autorise les ivrognes volubiles du Bar des Amis à déployer leurs précieux commentaires. On retrouve ici la verve rabelaisienne de Boualem Sansal, ses critiques cinglantes ou cocasses, son exceptionnelle vitalité littéraire.


L’enfant fou de l’arbre creux

Gallimard - 2000

Dans le sinistre bagne de Lambèse, en Algérie, de nos jours, deux détenus condamnés à mort dialoguent : un Français, Pierre Chaumet, et un Algérien, Farid. Pierre est né en 1957, à Vialar (aujourd’hui Tissemsilt). Revenu clandestinement en Algérie afin de retrouver sa mère, qui l’a abandonné à sa naissance, il a découvert un pays qui n’en finit pas de vivre avec des fantômes. Il a découvert, surtout, des vérités dangereuses sur certains aspects de la guerre d’Indépendance. Farid, lui, a participé aux atrocités commises par les islamistes ou par ceux qui les ont cyniquement utilisés. Pendant que Pierre et Farid discutent de la vie et de l’Algérie, une commission internationale des droits de l’homme s’apprête à visiter le pénitencier. L’administration de Lambèse est sur les dents... On retrouve ici la verve rabelaisienne, l’humour féroce, les morceaux de bravoure hilarants et caustiques qui faisaient le prix du Serment des barbares. À la fois réquisitoire et satire, le roman étonne et réjouit par sa truculence, sa verve iconoclaste et sa profondeur, loin des clichés larmoyants et des plaidoyers emphatiques sur les droits de l’homme et l’Algérie contemporaine.


Le serment des barbares

Gallimard - 1999

« Tout est douteux à Rouiba, son opulence autant que sa prétention d’être le poumon économique de la capitale. L’agriculture est un vice qui n’a plus de troupes. L’industrie bricole dans le vacarme et la gabegie. Les rapports d’experts le proclament ; mais qui les lit ? Le commerce est mort de mort violente, les mercantis lui ont ôté jusqu’à la patente. À ceux qui s’en inquiètent, des nostalgiques de la mamelle socialiste ou des sans-le-sou, les bazaris jurent que c’est l’économie de marché et que ça a du bon. Leurs complices du gouvernement, qui ont fini de chanter la dictature du prolétariat, apportent de l’eau à leur moulin en discourant jusqu’à se ruiner le gosier. Et si le Coran, le règlement et la pommade sont de la conversation, ce n’est pour ces camelotiers ruisselant de bagou qu’artifices pour emmancher le pigeon et boire son jus. Soyons justes, on ne saurait être commerçant florissant et se tenir éloigné de l’infamie ; l’environnement est mafieux, le mal contagieux ; un saint troquerait son auréole pour un étal [...] Les rapports avaient prévu la dérive ; mais qui les a lus ? Ainsi était Rouiba ; il y a peu. » Une épopée rabelaisienne dans l’Algérie d’aujourd’hui.

Les grands débats en vidéo

La culture c’est la paix ? C’est aussi la guerre

Avec Aleksandar Hemon, Velibor Colic, Boualem Sansal, Mathias Énard - Saint-Malo 2013

Avec Aleksandar Hemon, Velibor Colic, Boualem Sansal, Mathias Énard
Animé par Yann Nicol


L’avenir du roman

Saint-Malo 2013

Participants : Michel LE BRIS, Clément CALIARI, Mathias ÉNARD, Paolo RUMIZ, Vassilis ALEXAKIS, Murray BAIL, Serge BRAMLY, Justin CRONIN, Diana EVANS, Damon GALGUT, Arnaldur INDRIDASON, Kopano MATLWA, Patrick RAMBAUD, Boualem SANSAL, Dimitris STEFANAKIS, Nick STONE, David VANN, Maryse CONDE, Gaspard-Marie JANVIER, Yahia BELASKRI, Léonora MIANO, Jean ROUAUD, Björn LARSSON, Percival EVERETT, Niq MHLONGO, Kgebetli MOELE


L’appel pour la paix, et ensuite ?

Avec Boualem SANSAL, Yahia BELASKRI, Azouz BEGAG, Valérie ZENATTI - Saint-Malo 2013

Participants : Boualem SANSAL, Yahia BELASKRI, Azouz BEGAG, Valérie ZENATTI


Que peut la littérature ?

Avec Jean ROUAUD, Atiq RAHIMI, Julien MABIALA BISSILA, Boualem SANSAL, Valérie ZENATTI - Saint-Malo 2013

Participants : Jean ROUAUD, Atiq RAHIMI, Julien MABIALA BISSILA, Boualem SANSAL, Valérie ZENATTI


Albert Camus révolté, témoin gênant

Avec Jacques FERRANDEZ, Yahia BELASKRI, Boualem SANSAL, Jean ROUAUD - Saint-Malo 2013

Participants : Jacques FERRANDEZ, Yahia BELASKRI, Boualem SANSAL, Jean ROUAUD

Les cafés littéraires

La culture c’est la paix ? C’est aussi la guerre

Avec Aleksandar Hemon, Velibor Colic, Boualem Sansal, Mathias Énard - Saint-Malo 2013

Avec Aleksandar Hemon, Velibor Colic, Boualem Sansal, Mathias Énard
Animé par Yann Nicol


L’avenir du roman

Saint-Malo 2013

Participants : Michel LE BRIS, Clément CALIARI, Mathias ÉNARD, Paolo RUMIZ, Vassilis ALEXAKIS, Murray BAIL, Serge BRAMLY, Justin CRONIN, Diana EVANS, Damon GALGUT, Arnaldur INDRIDASON, Kopano MATLWA, Patrick RAMBAUD, Boualem SANSAL, Dimitris STEFANAKIS, Nick STONE, David VANN, Maryse CONDE, Gaspard-Marie JANVIER, Yahia BELASKRI, Léonora MIANO, Jean ROUAUD, Björn LARSSON, Percival EVERETT, Niq MHLONGO, Kgebetli MOELE


L’appel pour la paix, et ensuite ?

Avec Boualem SANSAL, Yahia BELASKRI, Azouz BEGAG, Valérie ZENATTI - Saint-Malo 2013

Participants : Boualem SANSAL, Yahia BELASKRI, Azouz BEGAG, Valérie ZENATTI


Que peut la littérature ?

Avec Jean ROUAUD, Atiq RAHIMI, Julien MABIALA BISSILA, Boualem SANSAL, Valérie ZENATTI - Saint-Malo 2013

Participants : Jean ROUAUD, Atiq RAHIMI, Julien MABIALA BISSILA, Boualem SANSAL, Valérie ZENATTI


Albert Camus révolté, témoin gênant

Avec Jacques FERRANDEZ, Yahia BELASKRI, Boualem SANSAL, Jean ROUAUD - Saint-Malo 2013

Participants : Jacques FERRANDEZ, Yahia BELASKRI, Boualem SANSAL, Jean ROUAUD

La place du religieux

La place du religieux

Avec Alaa El Aswany, Kamel Daoud, Phillippe Val, Boualem Sansal, Parker Bilal. - Saint-Malo 2015

Avec Alaa El Aswany, Kamel Daoud, Phillippe Val, Boualem Sansal, Parker Bilal. Débat animé par Yann Nicol


Français des uns, Français des autres

Avec Miguel Bonnefoy, Boualem Sansal, Sophie Bienvenu et Alexandre Najjar. Débat animé par Florence Bouchy - Saint-Malo 2015

Avec Miguel Bonnefoy, Boualem Sansal, Sophie Bienvenu et Alexandre Najjar. Débat animé par Florence Bouchy.


Cinéma, photographie, littérature : l’exigence du réel

Saint-Malo 2008
10h00 : Cinéma, photographie, littérature : l’éxigence du réel
Bertrand TAVERNIER, Boualem SANSAL, Christian POVEDA, Sebastião SALGADO, Olivier JOBARD.

L’esprit de Résistance

Saint-Malo 2008