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DIOP David

Frère d’âme (Seuil, 2018)

Écrivain français ayant grandi au Sénégal, ce spécialiste de la littérature du XVIIIe siècle nous livre une réflexion éclairée sur le colonialisme français et ses retombées sur le peuple africain. Son second roman, lauréat du prix Goncourt des Lycéens en novembre 2018, évoque la Première Guerre mondiale à travers le regard des tirailleurs sénégalais. Ce récit sombre et puissant, mené par un narrateur rendu fou par les atrocités de la guerre, donne une voix incandescente aux victimes trop souvent oubliées de cette page tragique de l’Histoire.

Né à Paris en 1966, David Diop a passé une partie de son enfance au Sénégal et est revenu en France dans le cadre de ses études. Son parcours professionnel semble traduire l’amour qu’il porte à la littérature : diplômé d’une licence spécialisée dans la littérature du XVIIIè siècle et d’un Master dans l’enseignement, cet agrégé de lettres est aujourd’hui maître de conférences en littérature française à l’université de Pau.

Les représentations européennes de l’Afrique et des Africains au siècle des Lumières occupent une place importante dans son domaine d’étude. Parmi ses grands thèmes de recherches se trouvent aussi la littérature et le libertinage, ainsi que les récits de voyage au XVIIIè siècle.

En 2012, il publie son premier roman historique, 1889, l’Attraction universelle, aux éditions L’Harmattan. Cet ouvrage retrace le parcours d’une délégation de onze personnes venues du Sénégal à l’Exposition universelle de Paris, en 1889. Ils échouent à Bordeaux dans un petit cirque, et sont contraints par le directeur de participer à un "spectacle de nègres". Quelques personnages vont s’insurger contre sa tenue, dont Raphaël, un jeune médecin, et Violette, la fille du député. Avec cette œuvre, l’auteur incite à réfléchir sur l’empire colonial français, son développement et ses enjeux sociaux, politiques et économiques.

David Diop marque la rentrée littéraire 2018 avec son second roman, Frère d’âme. Cet ouvrage, né de l’émotion qui a frappé l’écrivain à la lecture des lettres de Poilus, raconte l’histoire poignante de deux tirailleurs sénégalais qui s’embarquent dans le conflit de la Première Guerre mondiale. Tôt dans le récit, Alfa Ndiaye assiste à la mort de Madempa Diop, son ami d’enfance. Dans les horreurs et la dureté de la guerre, le narrateur Alfa, en proie à une puissante solitude, fait sombrer le lecteur dans un tourbillon d’une rare violence. Le roman nous rend témoin de la perte de raison progressive du personnage qui, pris de folie, finit par mener sa propre bataille.


Bibliographie

  • Frère d’âme (Seuil, 2018)
  • Rhétorique nègre au XVIIIe siècle (Classiques Garnier, 2018)
  • 1889, l’Attraction universelle (L’Harmattan, 2012)
Frère d'âme

Frère d’âme

Seuil - 2018

Un matin de la Grande Guerre, le capitaine Armand siffle l’attaque contre l’ennemi allemand. Les soldats s’élancent. Dans leurs rangs, Alfa Ndiaye et Mademba Diop, deux tirailleurs sénégalais parmi tous ceux qui se battent alors sous le drapeau français. Quelques mètres après avoir jailli de la tranchée, Mademba tombe, blessé à mort, sous les yeux d’Alfa, son ami d’enfance, son plus que frère. Alfa se retrouve seul dans la folie du grand massacre, sa raison s’enfuit. Lui, le paysan d’Afrique, va distribuer la mort sur cette terre sans nom. Détaché de tout, y compris de lui-même, il répand sa propre violence, sème l’effroi. Au point d’effrayer ses camarades. Son évacuation à l’Arrière est le prélude à une remémoration de son passé en Afrique, tout un monde à la fois perdu et ressuscité dont la convocation fait figure d’ultime et splendide résistance à la première boucherie de l’ère moderne.


  • “Avec sa concision, son style incantatoire qui évoque les griots, ses références subtiles aux poèmes d’Apollinaire ou de Senghor, le roman emporte indéniablement.” Le Monde
  • “Avec son style oral, naïf, ses expressions répétées comme un mantra, le roman de Diop envoûte plus sûrement qu’un classique roman sur la guerre. Il est original car il donne la voix à ceux qu’on a peu entendus, ces Africains recrutés pour leur courage et leur capacité à terrifier l’ennemi.” Le Figaro
  • “Ce roman est une merveille. Écrit dans un style simple, presque naïf, mais étonnant, il nous raconte la tragédie des tranchées avec une délicatesse émouvante. Ce n’est pas un roman sur la guerre, c’est plutôt un livre sur ce que Montaigne appelait « la soudure fraternelle ».” Le Point