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FANG FANG

Chine

Funérailles molles (L’asiathèque, 2019)

Figure emblématique du courant néo-réaliste en Chine, elle occupe aujourd’hui une place éminente dans le paysage littéraire chinois. Ses romans à la portée historique abordent en profondeur des moments décisifs de l’histoire de l’Empire Céleste et soulèvent de nombreuses interrogations. Cette fois, c’est avec force et brio qu’elle évoque la réforme agraire chinoise du début des années 1950. Inspiré d’une histoire vraie, c’est tout en finesse que ce roman fait revivre à l’héroïne du récit les drames qu’elle avait occultés, jetant ainsi la lumière sur un épisode tragique et peu connu ayant précédé de quelques années la Révolution culturelle.

Aujourd’hui présidente depuis 2007 de l’Association des écrivains du Hubei, Fang Fang arrête ses études prématurément à la suite de la mort de son père. Pendant quatre ans, elle travaille dans une usine afin d’aider sa mère à subvenir aux besoins de la famille. Elle reprend finalement ses études à l’université et obtient un diplôme en littérature chinoise.

Fang Fang se dédie très tôt à l’écriture de poèmes et de nouvelles. Marquée par la révolution culturelle prolétarienne des années 1960, elle dresse dans ses premiers écrits le tableau de la Chine d’en-bas. Dans ses romans, elle s’intéresse tout particulièrement au passé de la Chine et mène une réflexion poussée sur son histoire. Elle a d’autre part écrit plusieurs ouvrages sur les changements survenus à Wuhan, la ville de sa jeunesse.

Publié en 2016 aux Editions Littérature du peuple, la plus grande maison d’édition de Chine, Ruan mai (titre chinois de Funérailles molles) a d’abord bénéficié d’une couverture très positive dans la presse chinoise et a obtenu, en avril 2017, le prix Lu Yao, une récompense littéraire créée trois années auparavant, mais il a été très vite la cible de vives attaques de la part d’éléments ultra conservateurs s’élevant contre le sujet choisi, encore tabou en Chine. Dans Funérailles molles , elle évoque avec force et dans une forme savamment structurée la réforme agraire chinoise du début des années 1950. À travers les épreuves subies par une jeune femme appartenant à une famille de propriétaires terriens, elle rend compte des conséquences bouleversantes de cette réforme. C’est tout en finesse qu’elle fait revivre progressivement à l’héroïne du récit devenue une vieille dame les drames qu’elle avait occultés, jetant ainsi la lumière sur un épisode tragique et peu connu ayant précédé de quelques années la Révolution culturelle.


Bibliographie

  • Funérailles molles (traduit par Brigitte Duzan, L’Asiathèque, 2019)
  • Début fatal (traduit par Geneviève Imbot-Bichet, Stock, 2001)
  • Soleil du crépuscule (traduit par Geneviève Imbot-Bichet, Stock, 1999)
  • Une vue splendide (traduit par Dany Fillon, Philippe Picquier, 1998, réédition Picquier Poche, 2003)
Funérailles molles

Funérailles molles

L’Asiathèque - 2019

Autour des drames qui ont marqué la réforme agraire chinoise : Une puissante oeuvre littéraire qui traite de la mémoire et de l’oubli. Le roman Funérailles molles aborde le sujet sensible de la réforme agraire en Chine du début des années 1950, un des épisodes les plus meurtriers de l’histoire récente du pays, très peu traité dans la littérature chinoise en raison des tabous qui lui sont attachés et des traumatismes laissés dans la population. Inspiré d’une histoire vraie, le récit part d’allusions voilées aux faits douloureux qu’une vieille femme a choisi d’enterrer dans l’oubli pour ne plus en subir le traumatisme répété, et se déroule au gré des tentatives de son fils pour les reconstituer, le tout conté par un narrateur extérieur qui tente lui-même de comprendre. Publié en août 2016 aux très officielles éditions Littérature du peuple, le roman a été bien reçu et n’a pas suscité de critique majeure jusqu’à ce qu’il soit couronné du prix Lu Yao, en avril 2017. Il a alors fait l’objet de vives attaques de la part d’une frange ultra-conservatrice du Parti. Interdit mais continuant de circuler, il a suscité un vif intérêt et des commentaires très positifs de nombreux lecteurs et internautes chinois qui ont spontanément apporté leurs propres témoignages et observations personnelles. Ce roman apparaît comme un document littéraire aussi intéressant par le fond que par la forme. Il dépasse le cadre de la réforme agraire chinoise pour livrer une réflexion toujours actuelle qui nous concerne tous sur la tentation de l’oubli et le devoir de mémoire dans un contexte où la vérité historique s’avère insaisissable.