PROPHÈTE Emmelie

Haïti

Le bout du monde est une fenêtre (Mémoire d’Encrier, 2015)

Emmelie Prophète "écrit pour sauver sa peau", hantée par le mal de son pays, elle brise le silence et raconte Haïti dans des mots simples, une écriture fluide et généreuse. Au fil des pages, le lecteur se promène à travers les saisons, au détour des recoins de Port-au-Prince, où elle est née, vit toujours et a pris les rennes de la Bibliothèque nationale.

Aprés des études de droit et de Lettres Modernes, elle suit des cours de communication à la Jackson State University dans le Mississippi. Elle anime pendant huit ans une émission de jazz à Radio-Haïti, puis travaille dans l’enseignement pour finalement intégrer la diplomatie en tant qu’attachée culturelle d’Haïti à Genève.

Emmelie Prophète est l’auteur de deux recueils de poèmes, Des marges à remplir et Sur parure d’ombre. Elle offre dans ses romans une vue panoramique des préoccupations et des espoirs de la population haîtienne. Son premier récit, Le Testament des solitudes, évolue dans un univers strictement féminin où les femmes prenent la parole pour rompre la chaîne de "servitude". Puis en 2010, elle compose avec talent le portrait collectif des habitants d’une impasse de Port-au-Prince se démenant pour survivre, et dont l’existence, à l’image de leur rue, semble sans issue dans Impasse Dignité.

Femme active, elle collabore à diverses revues, telles Chemins Critiques, Boutures, Casa de las Americas, Cultura, La Nouvelle Revue Française. Pendant cinq ans, Emmelie Prophète dirige la Direction Nationale du Livre (DNL) en Haïti et est actuellement la directrice exécutive du Festival Etonnants voyageurs Haïti.
Membre du comité de rédaction de la revue franco-haitienne Conjonction, elle est également, depuis décembre 2011, responsable de la page culturelle du journal Le Nouvelliste, le plus ancien titre de presse francophone des Amériques.

En 2010, elle publie Le reste du temps, une réflexion sur le temps, l’amitié et la mort, inspirée de sa propre amitié avec le tonitruant journaliste Jean Dominique, assassiné en avril 2000. Elle revient en 2015 avec une interrogation sur la distance entre soi et l’horizon dans Le bout du monde est une fenêtre. À travers la fenêtre d’une maison penchée, deux personnages engagent leurs solitudes dans un dialogue sans mots, plein de folie et de secrets. En écho, les voix des personnages, tous des marginaux, se relaient, dans ce théâtre d’ombres où perce l’envie de vivre et d’habiter le pays.
Fin 2016, paraît un long texte dans la collection "Haute enfance" de chez Gallimard appelé "Pluie d’enfance".


Bibliographie :

Romans, nouvelles

  • Le bout du monde est une fenêtre (Mémoire d’Encrier, 2015)
  • Impasse Dignité (Mémoire d’Encrier, 2012)
  • Le reste du temps (Mémoire d’Encrier, 2010)
  • Je te cherche, nouvelle (in Haïti parmi les vivants, Actes sud, 2010)
  • Une envie de Carnaval, nouvelle (Page ailée, 2009)
  • Le Testament des solitudes (Mémoire d’Encrier, 2007)

Poésie

  • Sur parure d’ombre (Mémoire, 2004)
  • Des marges à remplir (Mémoire, 2000)

Le bout du monde est une fenêtre

Mémoire d’Encrier - 2015

Quelle est la distance entre soi et l’horizon, les êtres et les désirs ? Derrière la fenêtre d’une maison penchée, Rose engage avec Samuel un dialogue sans mots, fait d’interdits, de secrets et de folies. Les solitudes résonnent – échos et silences peuplent la ville de cris étouffés, de destins avortés.

Les voix se relaient dans un théâtre d’ombres au cœur de ce Port-au-Prince fissuré. Reste le bleu de la mer et des rêves d’amour pour faire croire que le bout du monde est une fenêtre.

Tout le monde a une fenêtre. Comment ferait-on pour vivre sans fenêtre ? Ces ouvertures par où les rêves et les échappées sont possibles. Ces espaces avec vue sur le ciel, sur la mer, sur la ville et sur le mouvement des rues. Une fenêtre permet de voir ses limites, les choses qu’on ne peut pas toucher, celles auxquelles on n’a pas accès. Il ne suffit pas d’approcher sa main pour toucher à l’essentiel de la vie. Quand on regarde d’une fenêtre, on le sait.


Impasse Dignité

Mémoire d’Encrier - 2012

Impasse Dignité, à paraître José a 20 ans, il a toujours habité cette impasse, à la lisière d’un ravin, avec sa mère, qui fait la manche pour nourrir la famille, prie à longueur de journée pour que les choses changent, la sœur Sara, quinze ans, mauvaise élève, le père fantasque, commis dans un ministère. Et des voisins peu ordinaires : Daniel assiste à l’agonie de sa mère atteinte d’un cancer ; Jacques, cordonnier qui n’arrive pas à vivre de son métier ; Claire, vieille fille recluse ; Ti Blanc, prêteur sur gages ; Lucie, rebelle et libre. Autour de ces personnages, le récit prend corps à la manière d’un grand silence. C’est que tous, ils n’existent que par eux mêmes dans leurs taudis de béton. Ces êtres sans destin, du lieu même de leur précarité que la romancière Emmelie Prophète nous peint avec un immense talent, nous sont si proches et si vivants. Le Reste du Temps Tout à tour chronique, documentaire, fiction, Le reste du temps met en scène une jeune femme qui se cherche sous l ombrageuse épaisseur ombrageuse d une ville délabrée. Journaliste à Radio-Haïti, la narratrice apprend la mort de son mentor Jean Dominique, porte-parole tonitruant, qui a l art de se faire autant d amis que d ennemis. Le gardien de la radio, Jean-Claude, a aussi perdu la vie. Ce double assassinat est le point de départ de ce roman l histoire d une catastrophe annoncée, le règne de l impunité et de la violence, exacerbée par l exclusion et la misère.


Le reste du temps

Mémoire d’Encrier - 2010

Des personnages figés dans les filets du temps port-au-princien, marqué par la violence, la précarité et l’incertitude. Ce récit testamentaire livre une réflexion sur le temps, l’amitié et la mort. Avril 2000, le tonitruant journaliste Jean Dominique est assassiné. Dix ans plus tard, l’enquête piétine. Une jeune femme évoque ce matin d’horreur et de sang. Elle reconstitue l’image de cet homme engagé. Entre elle et lui s’est scellé un pacte, celui de la beauté et de la complicité, exalté par Hugo, Proust, Callas… C’est dans une ville assiégée par la faim, la haine et l’exclusion que Jean Dominique a trouvé la mort ainsi que Jean-Claude, le gardien de la radio. Le roman Le reste du temps raconte également l’histoire de Jean-Baptiste, ce vieux libraire qui, bien que sachant à peine lire, tient avec élégance sa boutique de livres.


Testament des solitudes

Mémoire d’Encrier - 2007

Trois femmes. Trois solitudes. Trois destins se rencontrent et se racontent. Comme « l’histoire d’un pays qui dort mal, se réveille mal, et qui ne prend pas le temps d’avoir mal de ses douleurs. » Roman exigeant et beau tissé dans un univers féminin : trois générations de femmes soufrent sans paroles et sans témoins. Échouées dans l’errance, la solitude et l’exil, elles se cherchent et se racontent dans l’oubli, le défi et la révolte. Paroles de femmes pour qui l’espoir et le bonheur sont des terres inhabitées.
L’espace intime éclate, les filles ne parent alors à leur mère que pour rompre la chaîne : « Chère mère, je suis une porteuse de nouvelles. J’ai peur. Je refuse votre héritage de corvées, de servitudes, de solitudes séculaires. Je refuse vos regards tristes, vos résignations, vos peurs. »


Revue de presse

https://www.africultures.com/php/?nav=article&no=7621


Sur parure d’ombre

Mémoire d’Encrier - 2004