HEMON Aleksandar

Bosnie

Amour et Obstacles (Robert Laffont, 2012)

Biographie

Alexandar Hemon © Isabelle Franciosa

Pensant comme Vladimir Nabokov que « toute vie ne saurait être autre que tragiquement drôle », le Bosniaque Aleksander Hemon bâtit une œuvre à mi-chemin du rire et des larmes, du burlesque et du tragique.

En voyage professionnel aux États Unis lorsque la guerre civile éclate à Sarajevo en 1992, Alexander Hemon décide d’y rester et apprend l’anglais à l’âge de 28 ans, en lisant toute l’œuvre de l’auteur de Lolita. Rapidement, il se met à écrire en anglais et se marie avec une Américaine. En 2000, il publie De l’esprit chez les abrutis, un recueil de nouvelles caustiques et noires relatant les tribulations d’un immigrant bosniaque tout juste débarqué aux États-Unis. Partiellement autobiographique et traduit en quinze langues, ce premier ouvrage du jeune écrivain bosniaque fait sensation.

« Il a la plume libre de l’artiste exilé, qui n’a plus peur des frontières. Une moitié d’âme slave, l’autre d’esprit américain pour mieux nous faire rire et pleurer. » Les Echos

En 2008, Le Projet Lazarus (Robert Laffont, 2010), décrété « meilleur livre de l’année » par le New York Magazine, est finaliste de nombreux prix prestigieux aux États Unis, dont le National Book Award. S’inspirant de l’histoire biblique de Lazare et de celui qu’il appelle « M. Christ », Hemon tente de voir ce qu’il est possible de sauver du passé par l’écriture. Et pourquoi pas, par exemple, sortir le jeune et rêveur Lazare Averbuch du trou sombre dans lequel la mort l’a jeté ? Rescapé des pogroms en 1903, ce personnage de juif ukrainien, immigré à Chicago en compagnie de sa soeur Olga, a été tué par le chef de la police en 1908 dans des circonstances obscures. Cent ans plus tard, Vladimir Brik, un écrivain d’origine bosniaque installé à Chicago (comme Hemon lui-même), cherche à comprendre ce qui s’est passé.

D’inspiration autobiographique, son nouveau recueil de nouvelles, Amour et Obstacles (2012), fait bien plus que retracer le destin d’un migrant. Chaque nouvelle nous présente le parcours initiatique d’un avatar de l’écrivain et les différentes étapes de sa vie d’émigré : sa jeunesse au pays du socialisme tranquille, la fracture provoquée par la guerre et la tragédie de Sarajevo, son installation aux USA, les difficultés de sa famille et son retour temporaire en Bosnie. Il ne nous épargne rien et nous expose un monde dont la violence est toujours tempérée par les traits d’humour qui font tout le charme de son écriture.


Bibliographie :

  • The Book of My Lives (2013, non traduit en français)
  • Amour et Obstacles, (Love and obstacles), traduction de Johan-Frédérik Hel Guedj, (Robert Laffont, 2012)
  • Le Projet Lazarus, (The Lazarus Project), traduction de Johan-Frédérik Hel Guedj, (Robert Laffont, 2010)
  • L’espoir est une chose ridicule, (Nowhere Man), traduction de Johan-Frédérik Hel Guedj, (Robert Laffont, 2003)
  • De l’esprit chez les abrutis, (The Question of Bruno), traduction de Johan-Frédérik Hel Guedj, (Robert Laffont, 2000)

Présentation de Amour et Obstacles (Robert Laffont, 2012

Sur les traces d’Aleksandar Hemon lui-même, ce recueil de nouvelles parsemé de petites touches autobiographiques retrace le parcours d’un migrant et bien plus encore. Le narrateur, écartelé entre son pays d’origine, l’ex-Yougoslavie, et les Etats-Unis, son pays d’accueil, raconte la difficulté de l’entre deux.

Chacune de ces nouvelles nous en révèle un peu plus sur la violence qui accompagne ce déchirement, sur la difficulté de s’intégrer alors que son nouveau pays l’a déjà avalé dans les rouages de son système. Au fur et à mesure que le lecteur avance au fil des pages, chacune des ces histoires se révèle être une pièce d’un fabuleux puzzle, assemblé par la surprenante créativité de l’écriture d’Aleksandar Hemon, par sa prose tour à tour troublante et hilarante qui fait sa marque de distinction.

Revue de presse :

  • "Brillantes et rusées, les huit nouvelles regorgent de superbes regards obliques et rétrospectifs sur la guerre génocide qui a ravagé la Bosnie natale d’Hemon. Etourdissant d’esprit et d’inventivité " The Independent
  • "C’est surprenant, pathétique, hilarant et authentique car l’auteur un des plus brillants écrivains ex-yougoslaves, qui vit depuis 1992 à Chicago, en est passé par
    beaucoup d’aventures de ce genre qu’il raconte , dans ces nouvelles, avant de prendre la plus grave décision deson existence : s’ installer aux Etats-Unis." Le Nouvel Observateur
  • "Mais si Amour et obstacles contient cette dimension autoréflexive, si ces textes peuvent aussi se lire comme le récit du trajet d’un aspirant écrivain vers sa vocation, qu’on ne s’ y trompe pas : ces très impressionnantes nouvelles
    sont d’abord des « histoires tristes pour des gens qui ont de l’humour » ( selon un mot de Nabokov que cite souvent Aleksandar Hemon)." Le Monde des Livres
  • "Hemon nous mène par le bout du nez à force d’imagination débridée et de sentiments débordants autant que sincères." Les Echos

Amour et obstacles

Robert Laffont - 2012

« Quelque chose de moi est restéà Sarajevo. » Qu’il évoque le séjour d’un adolescent en Afrique ou qu’il relate un troublant voyage initiatique dans une ville fantôme de l’ex-Yougoslavie ; qu’il narre les difficiles débuts dans la vie d’un jeune adulte en terre étrangère ou qu’il fasse un retour sur l’expérience traumatisante de la violence, le narrateur de L’Amour et autres obstacles ressemble à s’y méprendre à l’auteur Aleksandar Hemon. Jeune homme né en Yougoslavie et ayant immigré aux États-Unis, il témoigne comme lui de la même culpabilité d’avoir été absent pendant la guerre de Bosnie et du même écartèlement entre son pays d’origine et son pays d’adoption. Ce recueil de nouvelles, en grande partie autobiographique, retrace cependant bien plus que le parcours d’un migrant et porte le sceau unique de l’auteur du Projet Lazarus. Car les histoires que raconte Hemon ne s’ancrent pas dans la réalité ; elles ne se passent pas ici et maintenant mais dans un ailleurs et un passé plus ou moins hors de portée. On pénètre dans des chambres occupées par erreur, on escorte des personnages qui vivent leur vie par procuration, on se promène dans des rues que la pluie et les jeux de lumière transforment en décors expressionnistes, on repère ici un livre, là une symphonie de Beethoven, semés comme autant de petits cailloux qui, dans une autre nouvelle, réapparaîtront pour briller d’un éclat différent. Comment expliquer le succès à la fois public et critique de Amour et obstacles couvert, comme les précédents textes d’Hemon, de louanges unanimes ? Cette alchimie miraculeuse résulte sans doute du questionnement incessant d’événements fondateurs pour l’auteur : le déchirement né de la guerre et l’avènement à l’écriture. Livre après livre, Hemon creuse le sillon d’une oeuvre qui semble fécondée par les lourds nuages noirs de la guerre de Yougoslavie. Il a certes quitté son sol natal, mais en emportant avec lui un peu de cette terre que ses mots se chargent de réensemencer. Observateur à l’humour noir teinté de nostalgie, poète à la sensibilité exacerbée, Hemon nous offre des nouvelles qu’un lien mystérieux semble unir et dont le sens caché– comme celui du monde – se dérobe en permanence.


Le Projet Lazarus

Robert Laffont - 2010

En 1908, Lazarus Averbuch, un juif ukrainien de 17 ans, échappé des pogroms, immigre à Chicago. Peu de temps après son arrivée, dans des circonstances étranges, il est tué par le chef de la police. Un siècle plus tard, hanté par la mort de ce garçon, Vladimir Brik ? écrivain bosniaque d’origine ukrainienne, venu vivre aux États-Unis ? décide de se rendre en Europe pour écrire et élucider son histoire. Accompagné d’un vieil ami photographe, il part en Ukraine, traverse différents pays de l’Est, puis rejoint la Bosnie. Tout au long de ce voyage, Brick ne cesse de poser des questions sur la guerre qui a déchiré son pays... Des histoires loufoques, invraisemblables et ténébreuses se superposent au roman rêvé de Lazarus. Brick comprend peu à peu que seule la fiction permet de voir ce qu’on ne peut imaginer, et de survivre à la constante disparition du monde.


L’espoir est une choses ridicules

Robert Laffont - 2003

On a comparé Aleksandar Hemon à Nabokov et Conrad. Il poursuit aujourd’hui une oeuvre qui l’impose comme l’un des meilleurs romanciers américains. Salué dans le monde entier dès la parution de son premier roman, « De l’esprit chez les abrutis » (« Pavillons », 2000), Aleksandar Hemon, d’origine serbo-croate, a été sélectionné par « The Observer » comme l’un des « futurs meilleurs écrivains » du XXIe siècle. Au fil d’aventures drôles et absurdes qui rappellent l’univers et l’humour de Kafka, Jozef Pronek, immigré sarajévien déjà rencontré dans le livre précédent, réapparaît ici pour notre plus grand bonheur. Entre autres aventures, on assiste à son combat d’adolescent pour révolutionner le rock and roll, son dépucelage hilarant, sa rencontre à Kiev avec George Bush (père), ses tribulations dans une école juive de Chicago ou il suit un cours d’anglais, le porte-à-porte afin de récolter des fonds pour Greenpeace, ou encore sa planque avec un détective miteux.Jozef Pronek pourrait bien passer à la postérité et, pourquoi pas, devenir une icône littéraire...


De l’esprit chez les abrutis

Robert Laffont - 2000

La révélation d’un jeune auteur dont la prose élégante rappelle celle de Vladimir Nabokov Entre rire et humour noir, entre autobiographie et fiction, puissamment construites, les huit histoires que nous raconte Aleksandar Hemon portent sur deux thèmes : à Sarajevo, la guerre ; à Chicago, les situations tragicomiques auxquelles est confronté un immigrant bosniaque fraîchement débarqué aux États-Unis. Élaborés en entonnoir, les récits commencent à Sarajevo au début du XXe siècle : l’archiduc François-Ferdinand, peu avant d’être assassiné, croise le regard d’un accordéoniste souriant au milieu de la foule. Cet accordéoniste, affirmera plus tard la légende familiale, est l’arrière-grand-père d’Hemon. Ils se poursuivent sous la Yougoslavie de Tito, dans une nouvelle à deux tonalités : Aleksandar Hemon enfant soupçonne son père d’être un espion soviétique, parce que celui-ci est obligé de voyager pour son travail et rapporte à la maison d’étranges objets (des poupées russes, par exemple). Parallèlement, l’écrivain retrace la vie de Sorge, l’espion allemand qui informa Staline (en vain) de l’imminence d’une attaque nazie...Peu à peu, ce patchwork narratif déploie le dessin qui le forme : l’histoire de la Yougoslavie au XXe siècle, intimement liée à celle des différentes communautés qui la composent et des hommes qui y vivent. Privilégiant la satire, Hemon développe ces thèmes avec une vivacité, une fraîcheur et une originalité qui en font l’un des écrivains les plus doués de sa génération, comparé à Nabokov, mais aussi à Kundera et à Kafka.

La culture c’est la paix ? C’est aussi la guerre

Les grands débats en vidéo
Avec Aleksandar Hemon, Velibor Colic, Boualem Sansal, Mathias Énard - Saint-Malo 2013

Avec Aleksandar Hemon, Velibor Colic, Boualem Sansal, Mathias Énard
Animé par Yann Nicol


Aux frontières de l’Europe

Les grands débats en vidéo
Avec Aleksandar Hemon, Velibor Colic, Paolo Rumiz, Azouz Begag, Mathias Énard - Saint-Malo 2013

Avec Aleksandar Hemon, Velibor Colic, Paolo Rumiz, Azouz Begag, Mathias Énard. Animé par Hubert Artus


En audio

Avec Aleksandar Hemon, Velibor Colic, Paolo Rumiz, Azouz Begag, Mathias Énard. Animé par Hubert Artus


Le dehors et le dedans

Les cafés littéraires
Jean-Luc Coatalem, Aleksandar Hemon, Cédric Gras - Saint-Malo 2013

Participants : Jean-Luc Coatalem, Aleksandar Hemon, Cédric Gras


Mieux vaut en rire

Les cafés littéraires
Avec : Aleksandar HEMON, Andreï KOURKOV, Alain MABANCKOU, Javier TOMEO - Saint-Malo 2005