SANSAL Boualem

Algérie

6 mai 2019.

Auteur dissident, il fait de sa plume une arme tournée contre les dérives sectaires et les tabous de la société dès son premier roman Le Serment des barbares, farce infernale et cinglante sur la faillite de l’Algérie. Censuré, l’écrivain né en 1949 se refuse à l’exil. Brillant romancier, lauréat du Grand Prix RTL, son dernier livre est brûlant d’actualité. Le train d’Erlingen ou La métamorphose de Dieu qu’il décrit comme « une chronique des temps qui courent », dénonce l’extrémisme religieux et propose une profonde réflexion de son effet dévastateur dans les "démocraties fatiguées" de la couardise ou de l’aveuglement des dirigeants. Un regard incontournable sur l’actualité algérienne.

 

Écrivain et penseur majeur de l’Algérie contemporaine, Boualem Sansal a de nouveau déferlé la chronique avec son dernier roman inspiré du chef-d’œuvre orwelien : 2084 : la fin du monde.

Depuis la publication en 1999 de son livre Le Serment des barbares - qui lui a valu le Prix du premier roman, Boualem Sansal collectionne les prix et suscite la polémique. Témoin impitoyable de la société algérienne d’aujourd’hui, il est l’auteur de douze ouvrages traduits en plusieurs langues, dont la plupart ont été censurés dans son pays.

Ingénieur de formation, docteur en économie, tour à tour enseignant à l’université, chef d’entreprise, puis haut fonctionnaire, il entre en littérature à l’âge de 50 ans grâce à son amitié avec l’écrivain Rachid Mimouni qui l’incite à écrire. Pendant la « décennie noire », alors que la guerre civile et la terreur islamiste s’abattent sur le pays, Boualem Sansal écrit et cherche à expliquer l’impasse politique, sociale et économique des années 1990. Critique cinglante de la faillite de l’Algérie, Le Serment des barbares, salué par les lecteurs et la critique, révèle, entre farce et cauchemar, la verve rabelaisienne de Boualem Sansal.

Son troisième roman, Dis-moi le paradis, publié en France en 2003, donne la parole aux ivrognes volubiles du Bar des Amis, sur les hauteurs de Bab el-Oued. Par leurs voix, cinglantes ou cocasses, Sansal dresse un inventaire au vitriol des tares de l’Algérie actuelle.
Conséquence de la publication de l’ouvrage et de ses prises de position contre Boutéflika et le régime algérien, en 2003, le pouvoir décide de limoger l’auteur de son poste de directeur général au ministère de l’Industrie.
Il publie alors Poste restante : Alger (2006) une lettre ouverte, brève et cinglante destinée à ses compatriotes. Elle fut aussitôt censurée par le gouvernement algérien et n’est donc jamais parvenue à ses destinataires.

Avec Le village de l’Allemand (2008), Boualem Sansal enfonce le clou dans un roman où les massacres de la guerre civile des années 1990 semblent faire écho aux horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Inspiré d’un fait réel découvert dans les années 80, le roman est toujours censuré en Algérie pour ses connotations liant les deux guerres et rapprochant l’islamisme au nazisme. Lauréat du Grand Prix RTL-Lire (2008) pour ce livre, Boualem Sansal a reçu en 2011 le prestigieux Prix de la paix des libraires allemands pour la manière dont il "critique ouvertement la situation politique et sociale de son pays".

Mais son engagement ne réside pas uniquement dans ses écrits. Ainsi, dans le cadre du 1er « Forum mondial de la Démocratie », qui s’est tenu à Strasbourg à l’initiative du Conseil de l’Europe, en octobre 2012, Boualem Sansal a uni sa voix à celle de l’Israélien David Grossman (Prix Médicis Étranger 2011) pour lancer un Appel à la Paix à leurs confrères. L’objectif était alors de fonder une organisation pérenne d’écrivains œuvrant pour la Paix au Proche Orient et dans le monde entier. (Lire l’article sur le site d’Étonnants Voyageurs.)

L’islamisme, toujours présent au cœur de ses récits, est l’objet de son dernier essai paru en 2013 aux éditions Gallimard, Gouverner au nom d’Allah. Ce pamphlet, sous-titré "Islamisation et soif de pouvoir dans le monde arabe" se veut le témoignage "d’un homme dont le pays, l’Algérie, a été très tôt confronté à l’islamisme". Boualem Sansal y synthétise et explique la progression de l’idéologie islamiste dans les pays musulmans et le danger que cela représente. L’ouvrage a notamment reçu en 2013 le prix Jean Zay qui récompense un auteur pour son engagement en faveur des valeurs républicaines et laïques.

Grand prix du roman de l’Académie française, 2084 : la fin du monde, ne déroge pas à la règle. Au fil d’un récit débridé, plein d’innocence goguenarde, d’inventions cocasses ou inquiétantes, l’écrivain s’inscrit dans la filiation d’Orwell pour brocarder les dérives et l’hypocrisie du radicalisme religieux qui menace les démocraties.

En 2018, le talentueux romancier publie sous la forme épistolaire Le train d’Erlingen ou La métamorphose de Dieu, fervent pamphlet contre l’extrémisme religieux, teinté de Kafka et Thoreau. Sans jamais manquer à l’humanisme et la finesse de l’auteur, cet ouvrage nous présente deux personnages-clefs, deux femmes, chacune dans son espace-temps, au croisement de leur histoire personnelle et de l’Histoire collective.


Bibliographie

Romans

Essais

 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

Le train d’Erlingen ou La métamorphose de Dieu

Gallimard - 2018

« Je plaisante, je plaisante, mais la situation est affreusement désespérée. L’affaire était louche dès le début pourtant, l’ennemi n’est pas tombé du ciel, il sortait bien de quelque trou, verdammt, un enfant l’aurait compris. Quand avons-nous cessé d’être intelligents ou simplement attentifs ? »
Ute Von Ebert, dernière héritière d’un puissant empire industriel, habite à Erlingen, fief cossu de la haute bourgeoisie allemande. Sa fille Hannah, vingt-six ans, vit à Londres. Dans des lettres au ton très libre et souvent sarcastique, Ute lui raconte la vie dans Erlingen assiégée par un ennemi dont on ignore à peu près tout et qu’elle appelle « les Serviteurs », car ils ont décidé de faire de la soumission à leur dieu la loi unique de l’humanité. La population attend fiévreusement un train qui doit l’évacuer. Mais le train du salut n’arrive pas.
Et si cette histoire était le fruit d’un esprit fantasque et inquiet, qui observe les ravages de la propagation d’une foi sectaire dans les démocraties fatiguées ?
Comme dans 2084, Boualem Sansal décrit la mainmise de l’extrémisme religieux sur les zones fragiles de nos sociétés, favorisée par la lâcheté ou l’aveuglement des dirigeants.