WABERI Abdourahman

Djibouti

1er mars 2017.
 
© Philippe Matsas

Éloigné de sa terre natale pour un "exil provisoirement définitif" comme il aime à le rappeler, le plus normand des écrivains djiboutiens, nouvelliste, poète et romancier, fait partie de la génération d’auteurs africains rassemblés dans les années 2000 par les éditions d’Étonnants Voyageurs à Bamako. Lyrisme, fable et malice font le charme de l’écriture d’Abdourahman Waberi, qui joue avec les mots et leur pouvoir, réinterprète les images et les symboles pour rendre une voix et une fierté à un continent largement oublié par l’Histoire mondiale depuis la décolonisation.

Abdourahman A. Waberi a "l’ identité multiple". Né français en 1965 à Djibouti, alors toujours sous l’autorité de la France, il se retrouve djiboutien au moment de l’indépendance du pays en 1977. Étudiant puis professeur d’anglais dans l’hexagone, il recouvre la nationalité française après son mariage en 1991 en Normandie. Critique politique proche de l’opposition, il garde des rapports complexes et tendus avec la République de Djibouti et ses publications, engagées, dénoncent avec virulence les déchirements et les errances d’un pays à la dérive, dépossédé de son passé et de ses traditions. Son œuvre, tout comme son appel au boycott de l’élection présidentielle du président sortant Ismaël Omar Guelleh, unique candidat en 2006, lui ont valu les représailles de la presse gouvernementale de son pays d’origine.
Dans sa trilogie Tentative de définition de Djibouti, qui comprend Le Pays sans ombre, Cahier nomade et Balbala (Serpent à plumes, 1994-1996-1998), il superpose contes, légendes, récits documentaires et extraits d’articles de journaux pour composer une fresque impressionniste montrant un pays terrassé par les fièvres, les famines, la corruption et les guerres. Largement primé, il a reçu pour son premier ouvrage, Le Pays sans Ombre, le Grand Prix de la nouvelle francophone de l’Académie Royale de Langue et Littérature Française de Belgique et, en 1996, le Grand Prix de l’Afrique noire pour Cahier nomade.

Saisi par l’urgence de rendre compte du génocide survenu au Rwanda, il publie en 2000 Moisson de crânes (Le Serpent à Plumes), un essai mâtiné de fiction qui décrit avec force la peur, le dénuement, l’horreur des massacres. Puis, en 2001, il publie Rift Routes Rails, variations romanesques (Gallimard), et Transit (Gallimard, 2003), deux textes sur la tentation perpétuelle de la migration et de l’exil des victimes des guerres civiles.

Publié par des journaux et revues tant africains qu’internationaux et dans une vingtaine d’anthologies, traduit dans une dizaine de langues, Abdourahman Ali Waberi est l’un des 44 signataires du Manifeste pour une Littérature-Monde (2006).

En 2006 il est lauréat de la plus prestigieuse bourse de création allemande Berliner Kunstlerprogramm DAAD (catégorie littérature), ce qui lui permet de profiter durant un an d’une résidence d’écrivain à Berlin .

Avec Passage des larmes (Lattès 2009), Waberi signe une peinture poétique et polyphonique de Djibouti, à travers l’histoire de Djibril, un intellectuel de Montréal, de retour au pays pour une mission d’espionnage, après dix huit ans d’exil. Entre autoportrait et réflexion sur le temps et la mémoire, l’auteur rend un bel hommage au philosophe allemand Walter Benjamin et écrit le roman d’un pays devenu la plus grande poudrière du monde après l’Afghanistan et l’Irak.

En 2010, Abdourahman A. Waberi présente un recueil de nouvelles réunissant des récits d’auteurs d’Afrique et du monde, qui dressent un portrait du continent noir à travers le prisme d’une passion commune : le football.

Avec La Divine Chanson, A. Waberi donne vie à un personnage inspiré de la légende de la soul music, du hip-hop et du jazz américains, Gil Scott-Heron. Son « Sammy l’enchanteur » et son chat qui sert de voix de narration nous emmènent sur les traces du musicien, entre Paris, New York et Berlin. Entre fantasme, légende et réalité, ce livre nous offre une belle plongée dans l’Amérique, dans un flux musical de digressions oniriques et de réflexions culturalistes.

En 2016, il publie un recueil de poèmes sur la religion et la tolérance intitulé Mon nom est aube. Poésie de l’éveil, ce recueil contemplatif, ponctué de lectures du Coran, est l’occasion d’une réflexion sur la spiritualité de l’homme.

Son roman Aux Etats-Unis d’Afrique (2006), réédité en poche chez Zulma (2017), fait partie de la séléction de livres pour la journée des lycéens. Abdourahman Ali Waberi y inverse les données économiques et géopolitiques du monde. L’Afrique, nation fédérée en États riches et modernes, leader mondial, domine désormais l’Europe et l’Amérique rongées par la misère et les guerres ethniques. Fable utopique ou miroir inversé, l’épopée de la petite Maya, exilée de sa Normandie miséreuse, propose au lecteur un renversement de perspective jubilatoire, qui met à mal les évidences sur l’Afrique et les migrations.

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Bibliographie


 

DERNIER OUVRAGE

 
Essais

Écrire l’Afrique-Monde

Philippe Rey - 2017

En ce début de siècle, l’Afrique apparaît comme l’un des théâtres principaux où se jouera l’avenir de la planète. Pour ses habitants et ses diasporas – tous ceux qui pendant longtemps ont été pris dans les rets du regard conquérant d’autrui –, le moment est propice de relancer le projet d’une pensée critique, confiante en sa propre parole, capable d’anticiper et de créer des chemins nouveaux à la mesure des défis de notre époque. 
Il nous a semblé qu’il fallait inventer une plate-forme libre, qui favorisât l’énonciation d’une parole plurielle, ouverte sur le large. C’est pour cette raison que s’est tenue du 28 au 31 octobre 2016 à Dakar et à Saint-Louis- du-Sénégal la première édition des Ateliers de la pensée. Une trentaine d’intellectuels et d’artistes du Continent et de ses diasporas se sont réunis pour réfléchir sur le présent et les devenirs d’une Afrique au cœur des transformations du monde contemporain. 
Leurs textes, présentés dans cet ouvrage, traitent de questions liées à la décolonialité, à l’élaboration d’utopies sociales, à la condition planétaire de la question africaine, à la quête de nouvelles formes de production du politique, de l’économique et du social, à l’articulation de l’universel et du singulier, à la littérature et à l’art, à la reconstruction de l’estime de soi, à la pensée de l’en-commun… Des regards croisés qui éclairent d’un jour nouveau les enjeux d’une Afrique en pleine mutation, ouverte à l’univers de la pluralité et des larges. 
Ce livre est un appel général et pressant à reprendre de vieux combats jamais clos et à en engager d’autres qu’appellent les temps nouveaux.
Achille Mbembe et Felwine Sarr.


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