PADURA Leonardo

Cuba

22 janvier 2016.
 
© Philippe MATSAS

Représentant incontesté du roman noir hispanophone, Leonardo Padura raconte Cuba, son île, pour en livrer ses contradictions, ses stéréotypes et ses luttes. Écrivain majeur du XXe siècle dont les œuvres ont su dépasser les frontières, il est aujourd’hui autant reconnu pour ses polars aux intrigues profondes que pour ses romans politico-historiques.

Né en 1955 à La Havane, diplômé de littérature hispano-américaine et également journaliste, essayiste et scénariste pour le cinéma, Padura a reçu le prix Raymond Chandler (2009) pour l’ensemble de son oeuvre et le prix Princesse des Asturies (2015) pour Hérétiques. L’écrivain débute son cycle des Quatre saisons en 1991 avec le roman Passé parfait, occasion d’une première rencontre avec le détective Mario Conde. Archétype du flic de roman policier désabusé, porté sur la bouteille et légèrement macho, Conde assiste à la misère morale et matérielle du peuple cubain, enrôlé malgré lui dans une histoire sociale rude et complexe, où les faux-semblants demeurent les derniers instruments de contrôle d’une société dont les idéaux du passé se sont depuis longtemps effondrés.

Après Les Brumes du passé et L’Homme qui aimait les chiens (fable qui
confronte les trajectoires de Trotski et de Ramon Mercader, son assassin, à travers la plume d’un écrivain raté), l’auteur livre en 2014 un très beau roman, Hérétiques, où il rend hommage aux insoumis et aux dissidents, autrefois réfractaires à l’ordre religieux dogmatique, aujourd’hui indociles des sociétés contemporaines, tous combattants contre le mensonge idéologique. La force de ce dernier roman se trouve dans la capacité de Padura à constamment lier le passé au présent, faisant rejaillir les bribes d’une Histoire confuse dans les drames qui se jouent aujourd’hui, et dont on ne saurait dénouer les liens ni déjouer les tours sans se retourner sur un passé obscur, peuplé de fantômes désormais prêts à parler...


Bibliographie :

 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

Hérétiques

Métailié - 2014

Lancé sur la piste d’un mystérieux tableau de Rembrandt, disparu dans le port de La Havane en 1939 et retrouvé comme par magie des décennies plus tard dans une vente aux enchères à Londres, Mario Conde, ex-policier reconverti dans le commerce de livres anciens, nous entraîne dans une enquête trépidante qui tutoie souvent la grande histoire. On y fréquente les juifs de la capitale cubaine, dans les années prérévolutionnaires, tiraillés entre le respect des traditions et les charmes d’un mode de vie plus tropical ; des adolescents tourmentés d’aujourd’hui, dont les piercings et scarifications semblent crier au vu et au su de tous leur rejet de l’Homme Nouveau et des carcans faussement révolutionnaires ; mais aussi les copains du Conde, chaleureux et bienveillants, toujours prêts à trinquer à la moindre occasion avec une bonne bouteille de rhum. On y fait même un détour par Amsterdam, en plein xviie siècle, à l’heure des excommunications religieuses et des audaces picturales, en compagnie d’un jeune juif qui décide d’apprendre l’art de la peinture, contre toutes les lois de sa religion. Dans ce livre puissant et profond, Leonardo Padura rend un vibrant hommage au libre arbitre et à tous les “hérétiques” qui osent s’opposer aux dictats de leur temps ou de leur communauté. Et qui mieux que Mario Conde, plus vivant que jamais sous ses airs désabusés, pouvait nous guider parmi ces amoureux de la liberté ?
Traduit de l’espagnol (Cuba) par Elena Zayas


Revue de presse :