SCHWARZ-BART Simone

France

10 mai 2020.

Grande figure de la littérature caribéenne, Simone Schwarz-Bart ne peut être dissociée de son mari, André. Le couple, elle noire, lui juif, ne s’est jamais séparé ; ils ont passé leurs 50 ans de vie commune à écrire à quatre mains. Fusionnels et légendaires, à la manière de Sartre et de Beauvoir, ils imaginent ensemble, un cycle romanesque qui retracerait toute l’histoire des Antilles. Depuis la mort d’André en 2006, Simone s’est emparée des manuscrits inédits de son mari - lui qui s’était retiré de la vie littéraire après les acerbes critiques, sur sa légimité à écrire sur la shoah, reçues lors de son prix Goncourt – et honore ainsi sa mémoire. En 2019, à 81 ans, elle publie Nous n’avons pas vu passer les jours, témoignage irremplaçable sur les raisons du long silence de son époux. Cet émouvant hommage témoigne de l’union unique entre les consciences de ces deux êtres singuliers : un « juif solitaire » et une « métisse fière ».

 

D’origine guadeloupéenne, Simone Schwarz-Bart, a, en près de trente ans, publié peu d’œuvres, mais chacun de ses livres a marqué profondément la littérature antillaise.

Né à en 1938 à Charente, elle part en Guadeloupe à l’âge de trois mois. Elle fera ses études à Pointe-à-Pitre, puis à Paris et à Dakar. Un triangle entre Afrique, Europe et Antilles qui imprègne toute son écriture. Mais, le catalyseur de son parcours d’auteure est sa rencontre avec André Schwarz Bart à Paris en 1959. Alors âgée de 18 ans et encore étudiante, elle suit la création lente et difficile du chef-d’œuvre de cet écrivain Le dernier des justes, qui fut couronné par le prix Goncourt en 1995. André Schwarz-Bart, convaincu du talent et de la virtuosité artistique de la jeune femme, la stimule et l’incite à écrire à son tour. Simone Schwarz Bart tisse le créole dans la langue française afin de témoigner de la condition antillaise.

Couple fusionnel, ils écriront ensemble un roman à quatre mains : Un plat de porc aux bananes vertes (Seuil, 1967), histoire des esclaves déportés aux Antilles, avec en miroir le destin juif. En même temps, le mélange ou métissage de différents registres langagiers, l’exil et l’errance, les allusions à Césaire et à Villon annoncent qu’il s’agit d’une narration créole avant la lettre. Ensemble, ils imaginent un grand cycle romanesque qui retracerait, en sept volumes, l’histoire des Antilles, dont le premier tome, La Mulâtresse Solitude, publié en 1972 sous le seul nom d’André Schwarz-Bart. Mais le livre, qui illustrait cette idée de métissage, de symbiose des civilisations, fut mal accueilli, les Antillais, n’acceptant pas qu’un "étranger" s’empare d’une figure mythique de leur histoire. On l’accusa même d’avoir repris l’œuvre de sa femme. Seul Léopold Sedar Senghor prit sa défense haut et fort. Face à ce procès, son époux fit vœux de silence, il continua d’écrire mais ne publia plus.
La même année, elle publie seule, Pluie et vent sur Télumée Miracle, lauréat de Grand Prix des lectrices Elle en 1973, qui, encore aujourd’hui est considéré comme un roman incontournable, un chef-d’œuvre de la littérature antillaise : « Un best-seller inépuisé et inépuisable » selon les romanciers Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant. Cette œuvre a été écrite simultanément avec Ti-Jean L’Horizon, épopée antillaise publiée en 1979.

Simone Schwarz-Bart écrira également pour le théâtre Ton beau capitaine, pièce étonnante et ciselée en un seul acte, avant de retrouver son époux pour publier une encyclopédie illustrée en six volumes : Hommage à la femme noire (1989) mettant notamment à l’honneur toutes ces héroïnes noires absentes de l’historiographie officielle. La nouvelle qu’elle publie dans le recueil Nouvelles de Guadeloupe (Magellan & Cie, 2009) est aussi parue dans la revue Autrement Espoir et déchirements de l’âme créole en 1989.

En septembre 2006, Simone Schwarz-Bart a été élevée au grade de Commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres, et a reçu, en 2008, le prix Carbet de la Caraïbe, avec son mari, à titre posthume, pour l’ensemble de leur œuvre.

Selon Simone Schwarz Bart, si on inversait le mythe d’Orphée, Eurydice ressuciterait son bien-aimé : c’est ce qu’à 76 ans, elle décide de faire avec le roman L’Ancêtre en Solitude, qui reprend tous les manuscrits, brouillons, notes, journaux de son mari, afin de donner une suite à la Mulâtresse Solitude et de reconstituer, sur leur bureau commun à Goyave où, autrefois, ils écrivaient face à face, l’ensemble du cycle antillais. La boucle est bouclée…
Ils y relatent l’histoire douloureuse et magnifique, d’une famille de Guadeloupéennes, dans une prose métissée où se mêlent le créole, le français de France, l’intraduisible poésie des légendes orales, le réalisme et le fantastique.

En 2017, elle conclut le cycle des romans antillais entrepris à quatre mains avec Adieu Bogota publié aux éditions du Seuil.

En 2019, à 81 ans, elle publie Nous n’avons pas vu passer les jours, témoignage irremplaçable sur les raisons du long silence de son époux. Cet émouvant hommage témoigne de l’union unique entre les consciences de ces deux êtres singuliers : un « juif solitaire » et une « métisse fière ».

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Bibliographie :

 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

Nous n’avons pas vu passer les jours

Grasset - 2019

C’est l’histoire d’un couple rare. Celle de deux écrivains, l’une guadeloupéenne, l’autre juif, dont l’œuvre croisée témoigne de la souffrance de leurs peuples. Et celle de deux êtres éperdument soudés, qui, pendant cinquante-cinq ans, tous les soirs, se sont lu un poème d’amour de Pablo Neruda.
Il y a pourtant un mystère autour des Schwarz-Bart. Pourquoi, au milieu des années 1970, se sont-ils tus et enfermés dans leur maison de Guadeloupe ? Douze ans après la disparition de son mari, Simone donne sa vérité sur le parcours hors norme d’un petit juif d’origine polonaise et d’une métisse solitaire.
En 1959, André Schwarz-Bart publie Le Dernier des Justes. Premier roman d’un jeune ouvrier inconnu, orphelin de parents morts à Auschwitz, cette éblouissante saga raconte l’histoire d’une famille juive et, à travers elle, le monde yiddish, disparu dans les camps nazis. Goncourt âprement disputé avec les jurés Femina, premier succès romanesque sur le sujet, le livre est un best-seller dans le monde entier. Simone et André cosignent ensuite Un plat de porc aux bananes vertes. Mais les ouvrages suscitent d’insupportables polémiques. La vision du judaïsme de Schwarz-Bart est très critiquée et, blessé, il cesse définitivement de publier.
En Israël, sur un mur du musée de Yad Vashem, on peut lire le Kadish révolté qui conclut Le Dernier des Justes : "Et loué. Auschwitz. Soit. Maïdanek. L’Eternel. Treblinka. Et loué..."

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Revue de presse :