LAFON Lola

France

2 avril 2019.

Danseuse dans une première vie, Lola Lafon alterne depuis un peu plus de dix ans l’écriture de chansons et de romans. Ses livres s’imprègnent de ses combats, féministes, anarchistes et anticapitalistes. D’origine franco-russo-polonaise, elle jongle entre les influences de l’ouest et de l’est de l’Europe, tant dans sa musique que dans ses livres. Dans son 5e roman, elle s’attache aux femmes qui, brusquement, sortent du chemin qui leur était tracé, à travers le destin de Patty Hearst, riche héritière américaine enlevée par un groupe révolutionnaire dont elle épousera la cause. Elle accompagne depuis 2015 le jury du Prix Ouest France Étonnants Voyageurs.

 

Danseuse dans une première vie, Lola Lafon alterne depuis un peu plus de dix ans l’écriture de chansons et de romans, où prédomine l’idée du mouvement comme « vocabulaire de vie », que ce soit celui du corps féminin ou celui de la révolte. Ses livres s’imprègnent de ses combats, féministes, anarchistes et anticapitalistes, présents depuis son premier roman Une fièvre impossible à négocier (Flammarion, 2003), l’histoire d’une jeune femme victime de viol qui trouve dans les mouvements d’extrême gauche un nouveau souffle de vie. D’origine franco-russo-polonaise, l’auteure jongle par ailleurs entre les influences de l’ouest et de l’est de l’Europe, tant dans sa musique que dans ses livres.

L’autrice-compositrice a grandi entre Paris, Sofia et Bucarest, alors sous le régime de Nicolae Ceaușescu. Entre récit de vie et guide de résistance, Une fièvre impossible à négocier rencontre un succès critique et public. Suivront De ça je me console (2007) et Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce (2011), deux romans marqués par une écriture engagée, la volonté de refuser les tendances, le paraître, la résignation : « je ne renoncerai pas à ma part de violence », dit-elle, citant l’écrivain et révolutionnaire Raoul Vaneigem.

En musique, elle hérite de Bob Dylan et Patti Smith par ses parents et découvre plus tard la chanson française avec Barbara. Ses compositions, mélanges de ces références occidentales et d’influences balkaniques, prennent l’allure d’une folk-pop européenne. Elle a sorti deux albums à ce jour, Grandir à l’envers de rien (2006) et Une vie de voleuse (2011), et organise des concerts-lectures dans lesquels elle réunit ses deux domaines de prédilection.

Après le succès de La petite communiste qui ne souriait jamais, dans lequel elle retraçait le destin de la gymnaste roumaine Nadia Comaneci, elle signe Mercy, Mary, Patty et s’autorise à « investir des espaces où on ne l’attend pas » (Bibliobs) et cultive son goût pour le doute, l’inconfort, et les personnages ambiguës qui tout à coup, sortent des rails et se métamorphosent. Patty, c’est Patricia Hearst, fille richissime d’un magnat de la presse américaine, enlevée par un groupe terroriste avant d’embrasser leur cause. Dans ce roman polyphonique et ambitieux, où se rencontrent les voix de femmes différentes à des époques diverses, Lola Lafon ne donne aucune réponse facile : « On ne trouvera dans ces pages ni victime, ni coupable, ni sainte, martyre ou héroïne révolutionaire » fait-elle écrire à l’un de ses personnages. Au contraire, elle nous invite à nous questionner sur ce que signifie transmettre, s’émanciper, être libre, dans une société qui n’aime pas que les femmes sortent du rôle qui leur est assigné.


Bibliographie

 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

Mercy, Mary, Patty

Actes Sud - 2017

En février 1974, Patricia Hearst, petite-fille du célèbre magnat de la presse William Randolph Hearst, est enlevée contre rançon par un groupuscule révolutionnaire dont elle ne tarde pas à épouser la cause, à la stupéfaction générale de l’establishment qui s’empresse de conclure au lavage de cerveau.
Professeure invitée pour un an dans une petite ville des Landes, l’Américaine Gene Neveva se voit chargée de rédiger un rapport pour l’avocat de Patricia Hearst, dont le procès doit bientôt s’ouvrir à San Francisco. Un volumineux dossier sur l’affaire a été confié à Gene. Pour le dépouiller, elle s’assure la collaboration d’une étudiante, la timide Violaine, qui a exactement le même âge que l’accusée et pressent que Patricia n’est pas vraiment la victime manipulée que décrivent ses avocats...
Avec ce roman incandescent sur la rencontre décisive de trois femmes “kidnappées” par la résonance d’un événement mémorable, Lola Lafon s’empare d’une icône paradoxale de la “story” américaine pour tenter de saisir ce point de chavirement où l’on tourne le dos à ses origines. Servi par une écriture incisive, Mercy, Mary, Patty s’attache à l’instant du choix radical et aux procès au parfum d’exorcisme qu’on fait subir à celles qui désertent la route pour la rocaille.

"FAIRE UN PAS DE CÔTÉ et laisser à l’actualité ses conclusions, s’en remettre à la fiction, aux lignes droites préférer le motif du pointillé, ces traces laissées par Mercy Short, Mary Jamison et Patricia Hearst que je découvre lors d’une résidence à Smith College, Massachusetts.
Elles ont dix-sept ans en 1690, quinze ans en 1753 et dix-neuf ans en 1974. Leur point commun : elles choisissent de fausser compagnie au futur étroit qu’on leur concoctait et désertent leur identité pour en embrasser une nouvelle, celle des « ennemis de la civilisation » de leur époque, les Natifs américains pour les deux premières, un groupuscule révolutionnaire pour la troisième.
La rencontre est au centre de Mercy, Mary, Patty, la mienne et celle de mes personnages, Violaine et Gene Neveva, avec celle qui, en 1975, tourna brièvement le dos au capitalisme pour se rallier à la cause de ses ravisseurs marxistes : Patricia Hearst.
Sa voix rythme le récit, défait les territoires idéologiques et dévoile l’envers de l’Amérique, elle porte en elle une question qui se transmet de personnage en personnage, question-virus qui se transforme en fonction du corps qui l’accueille : que menacent-elles, ces converties, pour qu’on leur envoie polices, armées, prêtres et psychiatres, quelle contagion craint-on ?
Patricia Hearst met à mal toute possibilité de narration omnisciente, à son épopée ne conviennent que des narrations multiples.
Si mon précédent roman interrogeait la façon dont les systèmes politiques s’affairent autour des corps de jeunes filles, Mercy, Mary, Patty s’attache à l’instant du chavirement, du choix radical et aux procès qu’on fait subir à celles qui désertent la route pour la rocaille, des procès similaires sur trois siècles, au parfum d’exorcisme. Mercy, Mary, Patty est semé du sable des Landes où se déroule le récit, ses grains minuscules enrayent la fiction d’un monde « civilisé » auquel on se devrait de prêter allégeance.’’


Revue de presse