AGIER Michel

France

2 avril 2019.

Cet ethnologue et anthropologue français, spécialiste de la question des migrants et des réfugiés, invite à travers ses ouvrages à décentrer notre regard sur le monde. Directeur de recherche à l’IRD et directeur d’études à l’EHESS, il est membre de l’Institut Interdisciplinaire d’Anthropologie du Contemporain. Après avoir publié plusieurs ouvrages sur la “mondialisation humaine”, il place dans son nouvel essai la notion d’hospitalité au cœur de sa réflexion. Essentielle afin de comprendre la nature des rapports humains, elle permet de s’interroger sur le choix d’inclure ou d’exclure autrui dans nos sociétés. Dans un contexte de multiplication des mouvements migratoires, il est indispensable de repenser notre rapport à l’autre et de travailler à la création d’un nouvel espace cosmopolite.

 

Michel Agier a vécu plusieurs années au Brésil et en Colombie dans les années 1980 et 1990. Pendant ce long séjour en Amérique latine, il mène des enquêtes sur certains quartiers défavorisés, et s’intéresse plus particulièrement aux pratiques rituelles des populations.

Depuis les années 2000, ses recherches portent essentiellement sur les relations entre la mobilité, les migrations et la formation des contextes urbains.

Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur les mobilités humaines ainsi que sur la condition et le statut des migrants tels que Gérer les indésirables (2008) ou encore Le couloir des exilés (2011).

La Condition cosmopolite. L’anthropologie à l’épreuve du piège identitaire (La Découverte, 2013) questionne le sens et l’usage de frontières et met en garde nos États - mais aussi notre attitude - face au piège de l’enfermement, de l’espace et de l’identité.

Après Les migrants et nous. Comprendre Babel (CNRS éditions, 2016), il publie Définir les réfugiés, un essai co-signé avec Anne-Virginie Madeira (docteur en droit, spécialiste du statut et des conditions d’accueil des étrangers en France). Ensemble, ils choisissent de se recentrer sur la figure du réfugié et sur le principe qui la fonde, l’asile.

Dans son dernier essai L’Étranger qui vient. Repenser l’hospitalité, Michel Agier place la notion d’hospitalité au cœur de sa réflexion. En s’appuyant sur des travaux historiques, philosophiques et sur des faits avérés, il retrace l’histoire des différentes significations du mot "hospitalité" selon les époques et les contextes. D’après lui, ce terme est révélateur des relations qui s’instaurent entre les individus. S’interroger sur la place qui lui est faite dans notre société contemporaine, c’est aussi s’interroger sur la place donnée aux migrants. L’anthropologue mène ici une réflexion de fond sur cet enjeu éthique et sur la relativité du terme "étranger". Dans un contexte où les mouvements migratoires semblent se multiplier, il devient primordial de repenser notre rapport à l’autre, quel qu’il soit, et de travailler à la création d’un nouvel espace cosmopolite.


Bibliographie

 

DERNIER OUVRAGE

 
Essais

L’Étranger qui vient. Repenser l’hospitalité

Seuil - 2018

La condition d’étranger est appelée à se répandre. Mais la mobilité que l’on se plaît à célébrer se heurte aux frontières que les États-nations dressent face aux « migrants », traités en ennemis plutôt qu’en hôtes.

Mis en demeure de pallier l’hostilité de leurs gouvernants, beaucoup de citoyens se sont retrouvés acculés à faire quelque chose : accueillir, nourrir ou transporter des voyageurs en détresse. Ils ont ainsi réveillé une vieille tradition anthropologique qui semblait endormie, celle de l’hospitalité. Cette façon d’entrer en politique par la petite porte de chez soi qu’on ouvre montre toutefois ses limites. Chaque hébergement est une goutte d’eau dans l’océan de l’errance globale et la faveur dont procèdent de tels gestes ne saurait durablement faire office de sauf-conduit.

Michel Agier nous invite à repenser l’hospitalité au prisme de l’anthropologie, de la philosophie et de l’histoire. S’il en souligne les ambiguïtés, il révèle aussi sa capacité à déranger l’imaginaire national. Car l’étranger qui vient nous demande de penser autrement la place de chacun et chacune dans le monde.