TEMPS FORTS SAMEDI 7 JUIN
Nouveau monde : presse en crise
6 juin 2014.
UNE APRÈS-MIDI, SAM. 14H-19H, VAUBAN 1
Libération fut créé dans l’après 68 pour dire
un autre monde dont la presse ne rendait pas
compte. Avec d’autres mots, d’autres rythmes,
d’autres regards : une nouvelle écriture. Libération,
mais aussi Actuel, bien sûr, d’autres encore - Étonnants Voyageurs à sa manière - sont nés de
cette urgence : se frotter au monde, sans grille
de lecture assurée, toute idéologie en suspens.
Paradoxe : comment un journal né de l’urgence
de dire le nouveau se trouve-t-il en péril de disparaître
quand cette urgence est à son plus haut ?
Mais nous savons la crise plus vaste, baisse des
ventes des quotidiens, hebdos tous semblables,
narcissisme d’une médiasphère s’imaginant le
centre du monde – nous parlent-ils du monde,
encore, ou de leur monde, dont on se fiche ? La
crise : juste une affaire de médias nouveaux ? Que
signifie l’apparition des « mooks » ? Que change la
révolution numérique ? Un autre monde, d’autres
manières de le dire : nous y sommes, de nouveau.
Et si on cessait de se payer de mots ?
Avec Jean-Pierre Perrin qui travaille à Libé,
Michel Le Bris, Alain Dugrand qui furent à
sa naissance, comme Frédéric Joignot qui
fut également rédacteur en chef d’Actuel et
travaille aujourd’hui au Monde. Pierre Haski
dirige Rue89, Michel Puech travaille à Mediapart,
Patrick de Saint-Exupéry dirige XXI,
Tristan Savin, Long Cours.
Plus un grand duplex,
en forme d’échange d’expérience, samedi avec le
festival de Banff (Canada) : « Nouveaux médias,
nouvelles écritures ». Et des rencontres, chaque
jour, avec des créateurs de « mooks ».
Magazine-Book, ou mook, ils se seront imposés presque aussitôt,
XXI le premier. Avec d’autres regards sur le monde en
train de naître que ceux d’hebdos obsédés par les jeux de
pouvoir, d’autres écritures – par une démarche qui n’est pas
sans évoquer ce qui fit en son temps l’originalité d’Actuel : leurs
fameux très longs reportages ! Comment n’y serions-nous pas
sensibles, alors que nous manifestons le même souci, depuis
notre création ?
Sam. 18h15, ENSM3, l’Aventure Long Cours ;
Dim. 10h, ENSM3, l’Aventure XXI ;
Lun. 15h15, salle Maupertuis, Les mooks, nouvel espace de réflexion. Des rencontres avec Patrick de Saint-Exupéry de XXI, Tristan Savin de Long
Cours, Christian Demilly de PULP, Santiago Mendieta de
Gibraltar et Franck Bourgeron de La revue dessinée.
DERNIER OUVRAGE
Récit
Conrad : La vie à la mer
La Table Ronde - 2014
Fin 1874, un orphelin de seize ans débarque à Marseille, résolu à devenir marin. Grâce à une lettre de recommandation, il prend très vite la mer à bord du Mont-Blanc, un trois-mâts barque de la compagnie Delestang et fils. Quatre années durant, Marseille demeurera son port d’attache. Né russe dans l’Ukraine colonisée, c’est en France que le futur Joseph Conrad achève son adolescence et entre dans l’âge adulte.
Alors que ses biographes polonais ou anglo-saxons ont négligé les années françaises, Alain Dugrand revient à la source. Son équipée sur les pas de l’écrivain part du Vieux-Port et du golfe d’Hyères pour se poursuivre à
Singapour et au Congo. Une évocation au grand large.
DERNIER OUVRAGE
Essais
Pour l’amour des livres
Grasset - 2019
« Nous naissons, nous grandissons, le plus souvent sans même en prendre la mesure, dans le bruissement des milliers de récits, de romans, de poèmes, qui nous ont précédés. Sans eux, sans leur musique en nous pour nous guider, nous resterions tels des enfants perdus dans les forêts obscures. N’étaient-ils pas déjà là qui nous attendaient, jalons laissés par d’autres en chemin, dessinant peu à peu un visage à l’inconnu du monde, jusqu’à le rendre habitable ? Ils nous sont, si l’on y réfléchit, notre première et notre véritable demeure. Notre miroir, aussi. Car dans le foisonnement de ces histoires, il en est une, à nous seuls destinée, de cela, nous serions prêt à en jurer dans l’instant où nous nous y sommes reconnus – et c’était comme si, par privilège, s’ouvrait alors la porte des merveilles.
Pour moi, ce fut la Guerre du feu, « roman des âges farouches » aujourd’hui quelque peu oublié. En récompense de mon examen réussi d’entrée en sixième ma mère m’avait promis un livre. Que nous étions allés choisir solennellement à Morlaix. Pourquoi celui-là ? La couverture en était plutôt laide, qui montrait un homme aux traits simiesques fuyant, une torche à la main. Mais dès la première page tournée… Je fus comme foudroyé. Un monde s’ouvrait devant moi…
Mon enfance fut pauvre et solitaire entre deux hameaux du Finistère, même si ma mère sut faire de notre maison sans eau ni électricité un paradis, à force de tendresse et de travail. J’y ai découvert la puissance de libération des livres, par la grâce d’une rencontre miraculeuse avec un instituteur, engagé, sensible, qui m’ouvrit sans retenue sa bibliothèque.
J’ai voulu ce livre comme un acte de remerciement. Pour dire simplement ce que je dois au livre. Ce que, tous, nous devons au livre. Plus nécessaire que jamais, face au brouhaha du monde, au temps chaque jour un peu plus refusé, à l’oubli de soi, et des autres. Pour le plus précieux des messages, dans le temps silencieux de la lecture : qu’il est en chacun de nous un royaume, une dimension d’éternité, qui nous fait humains et libres. »
- “Du grenier breton où le gamin plonge tête la première dans La Guerre du feu, jusqu’à la découverte en bibliothèque du Dernier des Mohicans et de Moby Dick, flibustiers et explorateurs, pionniers et cannibales sont réunis ici pour rappeler la puissance de la lecture sur un enfant solitaire.” Télérama
- “Ce nouvel opus est à la fois une autobiographie et un essai. Une ode à l’écriture et aux écrivains. Michel Le Bris fait de la lecture une nécessité, une urgence pour se construire soi-même. La littérature est aussi un engagement et une bataille pour la culture, essentielle à la démocratie.” France Inter
- "Pour l’amour des livres participe de belle manière à cet hommage choral que les écrivains ont rendu au fil du temps afin de s’acquitter de leur dette envers une littérature qui leur a tant apporté." Zone Critique
DERNIER OUVRAGE
Biographie
Liu Xiaobo, l’homme qui a défié Pékin
Hikari Éditions - 2019
iu Xiaobo. C’est un nom que le monde a déjà presque oublié. Ce n’est pas un hasard. Le régime chinois fait tout pour que nous l’oubliions, multipliant la censure à l’intérieur de ses frontières et les pressions envers le reste du monde.
Car les maîtres de Pékin considèrent toujours Liu Xiaobo, pourtant mort dans une prison chinoise en 2017, comme la pire menace pour leur contrôle absolu du pays.
En 2010, lorsqu’il a reçu le Prix Nobel de la Paix, il est devenu l’égal d’un Nelson Mandela ou d’un Vaclav Havel, l’un de ses modèles. Mais le monde savait si peu de choses sur lui.
Dans ce livre, Pierre Haski révèle enfin le destin de ce héro méconnu. Au fil d’une longue enquête de Taipei à New York en passant par Berlin, ses proches parlent de leur Liu Xiaobo, l’homme libre qu’il était, d’un courage insensé. Depuis la place Tiananmen où il était le grand frère des étudiants en révolte jusqu’aux JO de Pékin, pendant lesquels il rédigeait avec des centaines d’intellectuels chinois la charte 08, programme pour une transition démocratique pour la Chine.
Voici donc un destin qu’il ne faut pas oublier. Parce qu’il traverse et questionne l’histoire d’un pays qui est installé dans nos vies. Parce qu’il réécrit, sans concession, une éthique de l’existence universelle.
Voici l’histoire de Liu Xiaobo, l’homme qui a défié Pékin.
DERNIER OUVRAGE
Essais
Vite ! Une déambulation de Frédéric Joignot en Mai 68
Tohu Bohu - 2018
Frédéric Joignot raconte son Mai 68, ses déambulations, ses tribulations de lycéen en classe de terminale. Pas celui d’un dirigeant, pas celui d’un militant « pur et dur », pas celui d’un révisionniste plus ou moins marxiste de ce moment suspendu entre deux mondes, mais celui d’un badaud, d’un piéton, les sens en éveil, pour qui la vie a changé radicalement avec ces événements.
Du début à la fin, il a vécu les événements de mai : les manifs, les débats, les rêves éveillés. Il est sorti de son lycée caserne et comme toute une génération, il a étrenné une Liberté qui ne demandait qu’à chanter.
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Essais
Iran, la prière des poètes
Nevicata - 2017
L’Iran est un jardin que les mots font fleurir. Sous les coupoles des mosquées d’Ispahan et des mausolées de Chirâz, une somme de fascinantes contradictions persanes est à l’œuvre.
Les Iraniens aiment les sciences et sont superstitieux. Ils sont mystiques et amoureux des plaisirs plus terrestres. L’Iran des poètes est celui du pardon. Mais l’Iran des juges islamiques condamne à mort le plus grand nombre de mineurs au monde. Les omniprésents mollahs y sont sans cesse moqués, affublés de sobriquets ridicules, maudits, voire insultés. Mais peu d’Iraniens voudraient qu’ils disparaissent de leur paysage.
Ce petit livre n’est pas un guide. C’est un décodeur. L’Iran est un poème persan dont ces pages vous aident à saisir les dérangeantes ambiguïtés. Il dit l’âme d’un pays qui, de tout temps, a figuré au panthéon des voyageurs. Il explique le mystère et les secrets d’un grand peuple. Parce qu’en Iran, comprendre n’est qu’une étape sur le sinueux chemin des sentiments.
Un grand récit suivi d’entretiens avec Clément Therme (Comment les mollahs ont fabriqué l’homo islamicus) et Leili Anvar (Le mythe de la Taverne).
DERNIER OUVRAGE
Romans
L’Esprit des Lieux
La Table Ronde - 2015
En une centaine de chroniques, Tristan Savin nous embarque pour un tour du monde des lettres, à la recherche des lieux qui ont fait les grands esprits. Avec finesse et complicité, il nous
entretient de leurs petites obsessions « touristiques » à eux : l’Orient pour Segalen, l’Afrique noire pour Conrad... Celles qui ont fasciné leurs yeux et façonné leurs plumes.
Ici, on entre en littérature comme dans un port, toujoursprêt à reprendre la Mer rouge, la Manche ou le fleuve Pô. Pour des régions aux noms merveilleux (Laponie, Carpates, Rajasthan), fabuleux (« À la recherche de l’Atlantide »), cosmique (« on a mis le pied sur la lune ») ! Et le voyage n’est jamais une régate en solitaire. Notre équi- page ? Jules Verne, Stevenson, Dafoe... Quelquefois, on débarque sur le continent, histoire de rencontrer, à Berlin, l’intelligentsia européenne des années 1920, ou de flâner avec la beat génération dans la baie de San Francisco.
Ce recueil, préfacé par François Busnel, est un pèlerinage litté- raire. Une évasion en beauté pour voyageurs immobiles et nomades confirmés. Une rencontre avec l’esprit des lieux : celui, parfois, de son propre pays !
DERNIER OUVRAGE
Roman graphique
La fantaisie des Dieux
Les Arènes - 2014
Il n’y avait plus de mots. Juste ce silence. Épais, lourd. C’était un génocide, celui des Tutsis du Rwanda, le troisième du xxe siècle. Il faisait beau, il faisait chaud. Sur les collines de Bisesero, nous avions pénétré le monde du grand secret. Des instituteurs tuaient leurs élèves, des policiers menaient la battue. C’était la « grande moisson ». François Mitterrand niait « le crime des crimes ». Comment raconter ?
Patrick de Saint-Exupéry est le co-fondateur et le rédacteur en chef de la revue XXI. Prix Albert Londres, il a été témoin du génocide tutsi. Il est l’auteur de L’Inavouable, La France au Rwanda (Les Arènes) devenu un classique depuis sa parution en 2004.
Hippolyte est l’auteur d’une dizaine d’albums de reportage en BD ou de séries, notamment L’Afrique de papa (Des bulles dans l’océan), Les ombres (Phébus) et Le Maître de Ballantrae, adaptées de Robert-Louis Stevenson (Denoël Graphic). Il avait 17 ans lors du génocide tutsi. Il s’est rendu pour la première fois au Rwanda en 2013.
Revue de presse
- "Armé de crayons, d’aquarelles et de quelques (rares) photos, Hippolyte donne à voir ce qu’est un génocide, refusant toute violence visuelle. Par flash-backs, il reconstitue les souvenirs de Saint-Exupéry et offre au lecteur des parenthèses oniriques en plongée dans ce lac bleu ciel où les fantômes du passé interrogent les responsables d’un déni toujours d’actualité." Laurent Melikian, Le Monde
- "Hippolyte a su saisir ce ressenti et ces émotions, rapportées par Saint Exupéry. Sans tomber dans le piège du réalisme extrême, il utilise un dessin qui privilégie l’expressivité et le sens du détail, permettant ainsi de faire revivre ces épisodes dans toute leur force." PlanèteBD