APRÈS-MIDI

Fiction de la science, science-fiction

23 mai 2015.

UN APRÈS-MIDI À LA GRANDE PASSERELLE 2, DIMANCHE À PARTIR DE 14H

 

POUR SALUER MICHEL SERRES

Dès 14h. Toute l’œuvre de Michel Serres, philosophe des sciences, écrivain, témoigne d’un immense effort de décloisonnement des savoirs – en esquissant un pont entre ceux-ci à partir du principe d’incertitude d’Heisenberg. Penseur de la modernité, à rebours des conformismes, militant d’un « contrat naturel » excédant un droit limité à l’espèce humaine, il investit de plus en plus résolument le champ de la littérature. Une trajectoire passionnante, hors de chemins balisés.


UNE RENCONTRE : SCIENCES, FICTIONS, FICTION DE LA SCIENCE, SCIENCE-FICTION

À 17h. Jérôme Ferrari, à travers le « principe d’incertitude » d’Heisenberg, cherche le point de rencontre du langage scienti- fique et de la poésie. Le théorème d’incomplétude de Gödel a bouleversé les mathématiques. Logicien de génie, Gödel n’en croyait pas moins aux démons, aux doubles, à la télépathie, aux voyages dans le temps, et se méfiait de son réfrigérateur : dans un livre formidable (Les démons de Gödel), Pierre Cassou-Noguès s’interroge sur l’irrationnel qui couve au cœur de notre raison et pour retrouver la cohérence de la pensée du logicien Gödel, ne trouve que le biais de la fiction, Christopher Priest est parmi les plus grands écrivains de science-fiction d’aujourd’hui. Tout pour une rencontre passionnante !


PATRICIO GUZMÁN

Le plus grand cinéaste chilien d’aujourd’hui, Ours d’argent du meilleur scénario au dernier festival de Berlin pour Le bouton de nacre, distinction très rarement décernée à un documentaire. Connu pour sa trilogie sur les années Allende La bataille du Chili (1975-1979) et sa dénonciation des « années de plomb » (Chili, la mémoire obstinée en 1997, Le Cas Pinochet en 2001, Patricio Guzmán a pris un tournant singulier en 2010, avec Nostalgie de la lumière, situé dans le désert d’Atamaca à 3 000 mètres d’altitude, où le ciel est si clair que des astronomes du monde entier y viennent observer les confins de l’univers, et l’air si sec que les sols conservent intacts les restes humains – des disparus du régime chilien, qu’inlassablement recherchent des femmes fouillant le sol... Le bouton de nacre, s’inscrit dans cette démarche, à partir d’une goutte d’eau emprisonnée depuis 3 000 ans dans un bloc de quartz. Une simple goutte d’eau, et le monde en sa beauté, et la cruauté humaine, s’y retrouvent enclos par le génie d’un maître des images. Deux films exceptionnels.


UN FILM INCLASSABLE ET PASSIONNANT CHERCHE TOUJOURS

À 18h, un film de Mathias Théry et Étienne Chaillou, sur les passions de quatre chercheurs qui tentent de décrypter des phénomènes tels que le chant des dunes ou la forme des feuilles, dans un invraisemblable foutoir où cohabitent onirisme, fantaisie, imagination et science pure : comment invente-t-on ? Un film inventif qui s’intéresse moins aux résultats, aux équations ou aux principes, qu’aux passions singulières de ceux qui les produisent.

 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

L’Adjacent

Denoël - 2015

En Anatolie, l’infirmière Mélanie Tarent a été victime d’un attentat singulier : une vive lumière a été observée dans le ciel et, l’instant d’après, l’Anglaise n’était plus là, totalement annihilée, ne laissant au sol, comme seul vestige de son existence, qu’un impossible cratère noir triangulaire.
De retour en République Islamique de Grande-Bretagne, son mari, le photographe free-lance Tibor Tarent apprend qu’un attentat a eu lieu le 10 mai à Londres, qu’il a fait cent mille morts, peut-être le double. Là aussi, la vaste zone touchée était inscrite dans un triangle équilatéral.
Alors qu’il est emmené dans une base secrète afin d’être interrogé sur ce qui s’est passé en Anatolie, sur ce qu’il a vu là-bas (à vrai dire rien, en dehors de l’étrange point d’impact), Tibor entend parler pour la première fois du phénomène d’Adjacence. Mais à bien y réfléchir, est-ce vraiment la première fois ?
Incroyable histoire d’amour à travers des époques et des espaces adjacents, synthèse des thématiques habituelles de l’auteur : divergences de perception, nature du réel, absurdité de la guerre, poids du mensonge, L’Adjacent est le roman le plus ambitieux de Christopher Priest depuis La Séparation, un tour de force qui nous transporte de la Grande Guerre jusqu’à un futur éprouvant où des catastrophes naturelles incessantes s’ajoutent à d’innombrables tensions religieuses et ethniques.

 

DERNIER OUVRAGE

 
Essais

Virusland

Editions du Cerf - 2020

Extrapolant les leçons du confinement, Pierre Cassou-Noguès nous offre le plus saisissant mythe contemporain sur ce point de bascule où, contagieusement, la fiction prend le pas sur la réalité. Une leçon de philosophie sur la contamination de l’étrangeté et de la peur, de la machine et de la régulation qui se lit comme un roman.

La réalité ressemble à un film parce que notre monde se modèle désormais sur la fiction. Telle est, pour Pierre Cassou-Noguès, l’une des leçons de la pandémie et du confinement.

Virusland ne désigne pas une région du globe, mais une forme de vie qui se propage par contagion. Quitte à muter localement, elle touche indistinctement les régimes politiques, renvoie à une science qui se prétend univoque, modifie nos gestes, nos habitudes, notre rapport aux corps, au " normal ", au moral et à l’immoral. Fondée sur l’image d’une guerre contre un ennemi invisible, elle nourrit un sentiment de peur et d’étrangeté que redoublent la restriction drastique de nos libertés et les appareillages toujours plus complexes de surveillance, de communication et de distraction.

Recourant aux oeuvres classiques et futuristes, tenant avec humour et profondeur, le journal d’un Robinson contemporain, Pierre Cassou-Noguès interroge le mauvais rêve dans lequel nous avons été plongés pour savoir s’il n’est pas promis à devenir notre quotidien.

Un exercice époustouflant de philosophie qui se lit comme un roman.

 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

Le Principe

Actes Sud - 2015

Fasciné par la figure du physicien allemand Werner Heisenberg (1901-1976), fondateur de la mécanique quantique, inventeur du célèbre “principe d’incertitude” et Prix Nobel de physique en 1932, un jeune aspirant-philosophe désenchanté s’efforce, à l’aube du XXIe siècle, de considérer l’incomplétude de sa propre existence à l’aune des travaux et de la destinée de cet exceptionnel homme de sciences qui incarne pour lui la rencontre du langage scientifique et de la poésie, lesquels, chacun à leur manière, en ouvrant la voie au scandale de l’inédit, dessillent les yeux sur le monde pour en révéler la mystérieuse beauté que ne cessent de confisquer le matérialisme à l’œuvre dans l’Histoire des hommes.

 

DERNIER OUVRAGE

 
Essais

Darwin, Bonaparte et le Samaritain

Le Pommier - 2016

« Darwin raconta l’aventure de flore et de faune ; devenu empereur, Bonaparte, parmi les cadavres sur le champ de bataille, prononça, dit-on, ces mots : « Une nuit de Paris réparera cela ». Quant au Samaritain, il ne cesse, depuis deux mille ans, de se pencher sur la détresse du blessé. Voilà trois personnages qui scandent sous mes yeux trois âges de l’histoire.
Le premier, long, compte des milliards d’années. Réussissant à dater les événements dont elles s’occupent, les sciences contemporaines racontent le Grand Récit de l’univers, de la planète et des vivants, récit qui déploie nos conditions d’habitat et de nourriture, sans lesquels nous ne vivrions ni ne survivrions.
Pendant des milliers d’années, le deuxième, dur, répète cette guerre perpétuelle dont un chiffre bien documenté dit qu’elle occupa 90% de notre temps et de nos habiletés.
Quant au dernier, doux, il glorifie, depuis quelques décennies seulement, l’infirmière, le médecin, la biologiste dont les découvertes et les conduites redressèrent à la verticale la croissance de notre espérance de vie ; puis le négociateur, qui cherche la paix ; enfin l’informaticien qui fluidifie les relations humaines.
Histoire ou Utopie ? Il n’y a pas de philosophie de l’histoire sans un projet, réaliste et utopique. Réaliste : contre toute attente, les statistiques montrent que la majorité des humains pratiquent l’entraide plutôt que la concurrence. Utopique : puisque la paix devint notre souci, ainsi que la vie, tentons de les partager avec le plus grand nombre ; voilà un projet aussi réaliste et difficile qu’utopique, possible et enthousiasmant. » Michel Serres


Revue de presse

 

DERNIER OUVRAGE

 
Documentaire

Le Bouton de nacre

Pyramide Films Distribution - 2015

C’est ici une histoire sur l’eau, le Cosmos et nous, à paritr de deux mystérieux boutons découverts au fond de l’Océan Pacifique, au large des côtes chiliennes...

De quoi parle Le Bouton de nacre ? De l’eau ? De l’espace ? Du Chili ? De la part de responsabilité des Etats-Unis dans le coup d’état de Pinochet ? Du sort des nations indigènes de Patagonie ? Réponse : de tout cela à la fois. Tout le talent de Guzmán est d’arriver à intégrer toutes ces idées dans un ensemble incroyablement cohérent et fluide. Une cohésion où le fil directeur est l’eau. L’eau qui constitue la plus grande frontière de ce pays, l’eau qui est le lieu de naissance de la vie mais qui est aussi un cimetière où reposent les corps torturés des sympathisants d’Allende. L’eau qui est l’origine et l’horizon du Chili. Le film passe des souvenirs personnels de son auteur à la composition scientifique des galaxies, et par des témoignages simples et poignants des derniers descendants des tribus indiennes, qui eux-mêmes vivaient presque sur l’eau. Le Bouton de nacre passe du personnel à l’universel, du document à la poésie, et vice versa. À l’image de cette légende indigène selon laquelle les morts se transforment en étoile, le film adopte une forme unique et inédite, parfois touchée par la grâce.