SARR Mohamed Mbougar

Sénégal

11 avril 2018.

Lauréat du grand prix du roman métis et du prix Ahmadou Kourouma pour son premier roman Terre ceinte, il est la révélation de la jeune littérature francophone. Dénonçant l’intégrisme religieux, il met en scène des personnages enfermés dans un climat de violence et d’homophobie. D’une écriture poétique et scrupuleuse, l’écrivain sénégalais interroge les notions de courage et de lâcheté, d’héroïsme et de peur, de responsabilité et de vérité, de lâcheté et de courage, en particulier le courage d’être soi, quel qu’en soit le prix.

 

Lauréat du grand prix du roman métis et du prix Ahmadou Kourouma pour son premier roman Terre ceinte, Mohamed Mbougar Sarr est une révélation de la jeune littérature francophone.

Très jeune, déjà, il lit tout ce qu’il lui tombe sous la main. Une passion qui ne l’a jamais quitté : en 2009, après avoir passé son enfance au Sénégal, il vient en France pour faire son hypokhâgne, affirmant ainsi son goût pour la Littérature et la Philosophie.

Fin 2010, le jeune auteur se met à tenir des chroniques régulières sur un blog, où il écrit billets d’humeur et nouvelles. C’est l’une d’elles qui a remporté le prix Stéphane Hessel de la Jeune écriture francophone, l’année dernière. La cale, comme le laisse deviner son titre, se déroule dans la cale d’un bateau négrier et met en scène l’histoire d’un chirurgien dont la curiosité pousse à vouloir connaître la réalité. L’épisode bouleverse le protagoniste à tel point qu’il renonce à exercer toute activité liée à cette traite. Une référence sans équivoque au passé colonial de l’île de Gorée, lieu emblématique de l’esclavage.

S’inscrivant dans cette veine, où le réel vient télescoper la fiction, Terre ceinte prend comme point de départ un fait divers réel : la lapidation d’un jeune couple, en 2013, à Tombouctou – le même fait divers qui inspira le film Timbuktu d’Abderrahmane Sissako. Dénonçant l’intégrisme religieux, il met en scène des personnages enfermés dans un climat de violence.

En 2017, il publie Silence du chœur : soixante-douze ragazzi, de ces hommes qu’on appelle réfugiés ou migrants, arrivent à Altino, dans la campagne sicilienne. Pris en charge par l’association Santa Marta, leur présence bouleverse le quotidien de la petite ville. En attendant que leur sort soit fixé, les ragazzi croisent toutes sortes de figures : un curé atypique qui réécrit leurs histoires, une femme engagée à leur offrir l’asile, un homme déterminé à le leur refuser, un ancien ragazzo devenu interprète, ou encore un poète sauvage qui n’écrit plus. Un « roman humain plus qu’humaniste » (Africultures), qui évite les caricatures, récompensé par le Prix de la Porte dorée 2018.

Avec son troisième roman, De purs hommes, il s’attaque à nouveau à l’intégrisme religieux, sous l’angle cette fois de l’homophobie. Après une vidéo virale montrant le corps d’un homosexuel exhumé par une foule, un jeune professeur de lettres, Ndéné Gueye, se met à la recherche du passé de cet homme. En chemin, il découvre le contexte social de plus en plus tendu pour les homosexuels sénégalais. D’une écriture poétique et scrupuleuse, Mohamed Mbougar Sarr signe ici un roman bouleversant sur la seule grande question qui vaille aux yeux de son héros : comment trouver le courage d’être pleinement soi, sans se trahir ni se mentir, et quel qu’en soit le prix ?


Bibliographie

 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

De purs hommes

Philippe Rey / Jimsaan - 2018

Tout part d’une vidéo virale, au Sénégal, où on voit le cadavre d’un homme être déterré puis traîné hors d’un cimetière par une foule. Dès qu’il la visionne, naît chez Ndéné Gueye, jeune professeur de Lettres déçu par l’enseignement et fatigué de l’hypocrisie morale de sa société, un intérêt voire une obsession pour cet événement. Qui était cet homme ? Pourquoi avait-on exhumé son corps ? À ces questions, une seule réponse : c’était un goor-jigéen, un « homme-femme ». Autrement dit, un homosexuel : péché ultime, faute absolue dans un pays où la religion régit les moeurs et les rapports sociaux.

Les discussions de Ndéné avec son entourage – son amante, Rama, bisexuelle assumée et libre ; son père, imam, garant des valeurs religieuses – et certaines de ses rencontres – Maniang Niang, un travesti, brillante étoile du folklore local ; Demba, un jeune serveur – contribuent peu à peu à lui faire comprendre, dans un contexte social de plus en plus nerveux sur le sujet, la réalité de la condition des homosexuels au Sénégal.

Ndéné se met à la recherche du passé de l’homme déterré de la vidéo, et va même rencontrer sa mère qui lui révélera les causes profondes de son intérêt pour cet inconnu. Alors qu’autour de lui les suspicions et les rumeurs naissent, Ndéné tente d’affronter la seule grande question qui vaille à ses yeux : comment trouver le courage d’être pleinement soi, sans se trahir ni se mentir, quel qu’en soit le prix ?