LA GUERRE UNIVERSELLE FAITE AUX FEMMES

5 mai 2016.
 

DES RENCONTRES, DES FILMS
Dans le bouleversement en cours, les femmes occupent une place centrale.
Comme actrices – les films et les livres de nos invitées en témoignent ! – et
comme premières victimes. Et si cela vaut particulièrement dans le monde
islamique, partout elles sont la cible. Des traditionalismes, des intégrismes,
des totalitarismes – pour lesquels elles incarnent, dès lors qu’elles prétendent
vivre, la modernité, l’Occident, la liberté revendiquée des esprits et
des corps. Cinéastes, écrivaines, actrices, témoins : elles seront présentes,
pendant les trois jours du Festival – aux yeux de certains, l’on imagine,
toutes coupables, puisque rebelles, de « stigmatiser » l’Islam ? Des livres, et
des films d’une force rare, d’une urgence totale, qu’il faut regarder, écouter,
diffuser pour cesser de se payer de mots. Le choc du réel et l’émotion
devant le courage qu’il a fallu, pour oser rompre la chape de plomb du
silence. Indispensables.
Avec l’Algérienne Malika Boussouf (Musulmanes et laïques en révolte),
Boualem Sansal (2084, La fin du monde), la Tunisienne Fawzia Zouari
(Le Corps de ma mère), l’Iranienne Roja Chamankar (Je ressemble à
une chambre noire), la Turque Çiler Ilhan (L’Exil), la Libanaise Hyam
Yared (Tout est halluciné), la Turque Ece Temelkuran (À quoi bon la
révolution si je ne peux danser), la Syrienne Samar Yazbek (Les Portes
du néant), la Yéménite Khadija Al-Salami (Nojoom, 10 ans, divorcée) et
les réalisatrices Mylène Sauloy, Pascale Bourgaux qui signent deux films
forts sur les combattantes kurdes.

SAMAR YAZBEK
Romancière syrienne, elle est une grande figure de l’opposition
et du combat féministe. Réfugiée en France depuis 2011, elle
publie dès 2012 Feux Croisés, journal des premiers mois de la
révolte syrienne, formidable appel à l’aide d’un peuple voué au
massacre… qui ne sera que peu entendu à l’époque. Elle signe
cette année Les Portes du néant, « un des premiers classiques
politiques du XXIe siècle » (The Observer), fruit de ses nombreux
voyages clandestins en Syrie depuis 2012.

 

DERNIER OUVRAGE

 
Film de fiction

Moi, Nojoom, 10 ans divorcée

FILM - 2014

Une petite fille entre dans une salle de tribunal, regarde le juge droit dans les yeux et lui dit : « je veux divorcer ». Elle s’appelle Nojoom, elle a dix ans, elle a été mariée de force à un homme qui a 20 ans de plus qu’elle, et elle s’est échappée. Mais au Yémen, il n’y a pas d’âge légal pour se marier. Moi Nojoom, 10 ans Divorcée est un magnifique plaidoyer pour toutes ces filles qu’on a voulu rendre femme trop tôt et pour leur droit à décider de leur vie.

 

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Voix d’écrivaines francophones

Regain de lecture - 2019

Coordonnée par Fawzia Zouari, préface de Youma Fall.
Elles viennent des quatre coins du monde mais elles ont une seule passion, l’écriture. Elles sont issues de diverses cultures mais elles ont choisi de s’exprimer publiquement dans une seule langue, le français. Elles s’estiment libres de toute obédience mais elles ont accepté de faire partie du Parlement des écrivaines francophones, une plate-forme inédite destinée à faire entendre la voix des femmes auteures. Ce livre présente quelques unes d’entre-elles en retraçant brièvement leur parcours et en donnant à découvrir leurs œuvres.

Marie-Rose Obomo-Maurin, Maram Al-Masri, Ysiaka Anam, Safiatou Ba, Emna Belhaj Yahia, Nassira Belloula, Sophie Bessis, Tanella Boni, Chahla Chafiq, Sonia Chamkhi, Miniya Chatterji, Bettina de Cosnac, Catherine Cusset, Nafissatou Dia Diouf, Suzanne Dracius, Rocío Durán-Barba, Alicia Dujovne Ortiz, Sedef Ecer, Lise Gauvin, Laurence Gavron, Flore Hazoumé, Françoise James Ousénie, Fatou Keïta Fatoumata Keïta Dora (Carpenter-)Latiri Liliana Lazar, Sylvie Le Clech, Catherine Le Pelletier, Madeleine Monette, Marie-Soeurette Mathieu, Hala Moughanie, Cécile Oumhani, Émeline Pierre, Gisèle Pineau, Michèle Rakotoson, Édith Serotte, Shumona Sinha, Leila Slimani, Élizabeth Tchoungui, Audrée Wilhelmy, Hyam Yared, Fawzia Zouari

 

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Essais

Lettre d’amitié, de respect et de mise en garde aux peuples et aux nations de la terre

Gallimard - 2021

« Pourquoi les humains sont-ils si bêtes ? Pourquoi se laissent-ils traîner par le bout du nez ? Les ânes ont de longues oreilles ridicules par lesquelles ils se font bêtement attraper, mais quand ils ne veulent pas avancer, rien ne peut les forcer à obéir. » Boualem Sansal adresse aux peuples et aux nations de la terre un manifeste athée, plein d’un humour féroce et rageur, pour les appeler à sortir de l’âge des dieux et à entrer dans celui des hommes. L’humanité doit trouver le moyen de résister aux forces qui la détruisent:les religions et leurs sempiternelles pénitences, l’argent tout-puissant, les passions guerrières, ou encore la malbouffe omniprésente sur la planète, symptômes indubitables d’un effondrement des civilisations.Après un rappel des errements et des crimes du passé, le grand écrivain algérien propose une « Constitution universelle » censée servir de base à la République mondiale qu’il appelle de ses voeux, qui fédérerait les peuples et les nations enfin libres.
Il est temps, nous dit-il, de choisir la vie.

 

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Documentaire

Kurdistan, la guerre des filles

FILM - 2015

Il y a plus d’un an, le monde saluait le courage des femmes kurdes des Unités de défense féminines (YPJ) qui avaient combattu pour libérer la ville symbole de Kobané, en Syrie, du joug djihadiste. Aujourd’hui, kalachnikov en main, elles poursuivent leur résistance massive face à Daech, dans le Rojava, le Kurdistan syrien, comme au Sinjar, en Irak, vaillantes et militantes, des chants partisans aux lèvres. Leur slogan ? "Femmes ! Vie ! Liberté !" Mais cette armée de femmes, formée militairement et politiquement, qui porte haut le projet d’une société affranchie du patriarcat, s’inscrit dans un mouvement de résistance déjà ancien, créé il y a bientôt quarante ans en Turquie autour de Sakine Cansiz. Cofondatrice du PKK, assassinée, avec deux autres militantes kurdes à Paris le 10 janvier 2013, cette icône a inspiré des générations de femmes. Elle est en outre à l’origine des communautés et des camps d’entraînement installés dans les montagnes du Qandil, au nord de l’Irak, qui rassemblent des femmes kurdes de la région mais aussi d’Europe, unies par un même idéal : construire des sociétés démocratiques, multiethniques et multiconfessionnelles pour, peut-être, changer l’histoire du Proche-Orient.

Suivant depuis plus d’une décennie ces héroïnes kurdes en treillis, Mylène Sauloy est allée une nouvelle fois à leur rencontre fin 2015, et s’emploie ici à restituer pas à pas leur héritage. Jeunes recrues ou plus anciennes, ces femmes, qui luttent en première ligne contre Daech, défendent dans le même mouvement - et le même sourire -, l’égalité et la parité. Passionnant, ce documentaire en forme d’hommage montre comment une utopie salvatrice s’inscrit sur le terrain. Un féminisme vivifiant, servi par une remarquable maturité politique.

 

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Romans

La Marcheuse

Stock - 2018

Rima aime les livres, surtout Le Petit Prince et Alice au pays des merveilles, le dessin et… marcher. La jeune fille, qui ne parle pas, souffre d’une étrange maladie : ses jambes fonctionnent indépendamment de sa volonté, dès qu’elle se met à marcher elle ne peut plus s’arrêter.
Un jour d’août 2013, alors qu’elle traverse Damas en bus, un soldat ouvre le feu à un check-point. Sa mère succombe sous les balles et Rima, blessée, est emmenée dans un hôpital pénitencier avant que son frère ne la conduise dans la zone assiégée de la Ghouta. Et c’est là, dans cet enfer sur terre, que Rima écrit son histoire.
À travers la déambulation vive et poétique de cette adolescente singulière dans l’horreur de la guerre, Samar Yazbek continue son combat pour exposer aux yeux du monde la souffrance du peuple syrien.

Traduit de l’arabe (Syrie) par Khaled Osman


 

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Nouvelles

L’Exil

Ils ont subi violences physiques, verbales et sexuelles. Ils n’ont le droit d’exister ni dans leurs corps, ni dans leurs âmes, ni de se conformer à leur âge. Ni de parler leur propre langue dans leur propre pays. Leur enfance, leur féminité et leur masculinité leur ont été volées, comme leur a été refusé le droit de vivre leur vie.
Tziganes exilés de leur passé, de leur langue et de leur quartier à Istanbul, fillette enterrée vivante en Inde mais sauvée par des chiens errants, amoureux qui n’a pas l’autorisation d’épouser sa bien-aimée et qui se venge sur ses parents, les héros du récit sont reconnaissables entre tous : des gens ordinaires, dont le destin peuple les pages glacées des journaux.
Çiler Ilhan donne dans ce recueil un visage et une voix à l’exil et à l’injustice.

 

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Romans

Tout est halluciné

Fayard - 2016

Justine est née une deuxième fois à l’âge de cinq ans, au sortir d’un coma qui l’a laissée amnésique. Dans la poussière et le vacarme du Caire, pour l’aider à reconstituer ses souvenirs, elle ne peut pas compter sur son père, qui préfère lui réciter en français des versets des Evangiles, pleurer des siècles plus tard la chute de l’empire chrétien d’Orient, et qui refuse, que ce soit en français ou en arabe, de prononcer certains mots, parmi lesquels « mère » et « Liban » – leur pays d’origine. Justine devra combler elle-même les blancs du langage paternel, qui sont aussi ceux de son existence. Cette mère dont l’absence prend tant de place, ce pays ravagé autrefois berceau de tant d’espoirs. Ainsi mesurera-t-elle, comme en écho à ses propres aspirations à la liberté, combien d’illusions brisées jalonnent l’histoire du Moyen-Orient.
Des rêves d’émancipation aux violences les plus absurdes, de la Grande Syrie laïque d’Antoun Saadé aux ruines de Beyrouth, il lui faudra découvrir ce que les armes et les ceintures d’explosifs auront coûté à sa propre enfance pour espérer trouver un jour sa place dans le chaos du monde.


Revue de presse :

 

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Récit

Moi Viyan, combattante kurde contre le Daech

Fayard - 2016

« Je rêvais d’aller à l’école, comme mes frères. C’est la guérilla qui m’a tout appris : lire, écrire, dormir à la belle étoile, manier les armes et… tuer. Je ne regrette rien. Sauf de ne pas m’être engagée plus tôt. »
Viyan, jeune soldate kurde de 25 ans, a pris les armes à 18 ans pour rejoindre les rangs de la guérilla et se battre contre l’État islamique. Au sein du PKK, Viyan devient une snipeuse redoutable et l’une des commandantes kurdes de Kobané. Sous ses ordres, des dizaines d’unités mixtes.
Chaque jour, Viyan mène ses amazones en première ligne de front. Les combats se font rue par rue, immeuble par immeuble. Fusil à l’épaule, elle abat les djihadistes de sang-froid. Pour elle, sur le champ de bataille, c’est la victoire ou la mort.

En mai 2015, le grand reporter Pascale Bourgaux a longuement rencontré Viyan, qui lui a raconté la réalité de son quotidien. Un témoignage exceptionnel, le récit initiatique et poignant d’un destin hors normes ; celui d’une jeune fille combattant au péril de sa vie la fureur meurtrière de Daech.

 

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Essais

Comment conduire un pays à sa perte. Du populisme à la dictature

Stock - 2019

« Comment et pourquoi un populiste sans pitié, avec l’aide d’une bande de partisans toujours plus nombreux, a pu mettre fin à la démocratie turque au cours de la nuit du 15 juillet 2016 est une histoire longue et compliquée. Le propos de ce livre n’est pas de raconter comment nous avons perdu notre statut de démocratie, mais d’essayer d’en tirer des leçons au profit du reste du monde. Chaque pays, bien évidemment, s’inscrit dans un contexte qui lui est propre, et certains choisissent de croire que leur démocratie bien éprouvée et leurs solides institutions les protègent de pareilles « complications ». Toutefois, les similitudes, si frappantes, entre ce que la Turquie a traversé et ce que le monde occidental a commencé à vivre peu après, sont trop nombreuses pour être ignorées. »

Dans ce livre ambitieux, passionné et provocateur, Ece Temelkuran dissèque la montée du populisme dans le monde. Elle révèle les schémas et explore les causes profondes et les différentes façons dont les pays, mêmes les nôtres, peuvent sortir de la démocratie sans s’en apercevoir. Pour la journaliste, les soulèvements récents survenus en Turquie font partie d’un phénomène mondial qui doit servir d’avertissement aux pays occidentaux ayant encore la possibilité de rompre avec ce schéma. Puisant aussi bien dans sa propre expérience que dans l’Histoire, Ece Temelkuran expose une pensée clairvoyante et incisive pour la défense de la démocratie.

 

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Entretiens

Musulmanes et laïques en révolte

Hugo & Cie - 2014

Dans les sociétés musulmanes qui déclarent aspirer à la modernité, le sort de la démocratie est intimement lié à la place qu’occupent les femmes. En première ligne, à chaque séisme populaire – instinct social de survie oblige – elles affrontent la force d’un conservatisme musulman réfractaire à tout changement et propre aux sociétés dont le système patriarcal et religieux est érigé en modèle de gouvernance. Que dire alors, des femmes dont on bafoue les droits, en temps de paix ? Aujourd’hui, face à la montée islamiste, elles sont les premières menacées et leurs droits sont encore davantage en recul. Le long d’un printemps qui semblait fleurir bon la révolution, elles ont nourri des espoirs et rêvé de changements mais elles sont restées sur le quai. Nous avons voulu aller à leur rencontre. Ce livre est une manière de rendre hommage à ces femmes arabes " rebelles " qui ont la force de dire " NON " et le courage de résister pour asseoir solidement leur émancipation, malgré les lourdes sanctions qu’elles encourent. Ce livre est un hommage à leur combat, il est aussi un cri d’alarme. L’islamisme intégriste répandu en terre musulmane, s’implante peu à peu en Occident et constitue une menace pour nos démocraties occidentales, comme elles le clament elles-mêmes haut et fort. Voici 15 portraits chocs de femmes qui invitent à la réflexion et à l’action... Djamila Benhabib, (Ma vie à Contre Coran, éd. H&O), femme politique algérienne qui vit aujourd’hui au Canada ; Aayan Hirsi Ali(Insoumise, Ed. Robert Laffont) femme politique néerlandaise d’origine somalienne ; Israhad Manji, née en Ouganda est journaliste et vit au Canada ; Necla Kelek, est une sociologue allemande d’origine turque ; Mina Ahadi est iranienne ; Talisma Nasreen née au Bangladesh est écrivain, réfugiée en Suède ; Wafa Sultan (Un dieu de haine, St Martint Presse) est syrienne ; Chahdortt Djavann, écrivain (Bas les voiles, et Je ne suis pas celle que je suis, Ed. Flammarion), est née en Iran ; Brigitte Gabriel, libanaise chrétienne vit aux États unis ; Nonie Darwish, journaliste née au Caire vit aux États-Unis, Hélé Bejiest tunisienne ( Islam Pride) ; Haifaa Al Mansour est la première femme saoudienne cinéaste...

 

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Poésie

Je ressemble à une chambre noire

Bruno Doucey - 2015

Elle vit en Iran, où elle est née deux ans après la révolution. Elle écrit de la poésie et a participé au festival Voix vives de Méditerranée en Méditerranée de Sète, où je l’ai rencontrée. Elle, c’est Roja Chamankar, l’une des grandes voix de la jeune poésie féminine iranienne. Je ressemble à une chambre noire donne à lire, dans une édition bilingue, un large choix de ses poèmes. Les premiers se situent aux frontières de l’enfance, là où la poupée, la petite fille, la femme et la mère se rencontrent. Puis viennent les textes du désir et de l’amour, de l’attente, des blessures causées par la guerre, des rêves explosés, des meurtrissures intimes et sociétales. Par ses textes écrits sur le fil, Roja s’invente des portes de sortie ; et l’on se plaît à voir dans la chambre noire qui lui ressemble l’image d’une poésie qui sait transformer la noirceur en lumière.

Traduit du persan (Iran) par Farideh Rava