CHALANDON Sorj

France

5 mars 2019.

Grand reporter pour Libération, il a couvert de nombreux conflits armés au Liban, au Tchad, ou encore en Irak. Écrivain, il a reçu en 1988 le Prix Albert-Londres pour ses reportages sur le conflit en Irlande du Nord, dont il fait le décor de 2 romans, Mon Traitre (2008, prix Joseph Kessel) et Retour à Killybegs (2011) (Grand Prix du roman de l’Académie française). Dans son dernier roman, il rend hommage aux victimes d’un événement qui causa sa “première colère d’homme” : l’accident de la mine de Liévin, qui fit 42 morts, attribué à la fatalité avant de tomber dans l’oubli. Il fut le parrain du concours de nouvelles Étonnants Voyageurs 2018, sur le thème « Dire la guerre », et revient cette année en tant que juré du prix Ouest France Etonnants Voyageurs.

 

Ancien grand reporter à Libération spécialisé dans la couverture de conflits armés (Liban, Tchad, Somalie, Iran-Irak, guerre du golfe…), Sorj Chalandon reçoit en 1988 le Prix Albert-Londres pour ses grands reportages sur le conflit en Irlande du Nord. En 2005, il entame sa carrière de romancier : dès l’année suivante il reçoit le Prix Médicis pour son second livre, Une promesse, publié chez Grasset.
Dans Mon traître, en 2008, il s’inspire pour la première fois dans son parcours d’écrivain, de ses trente ans de reportages en terres irlandaises. Plus qu’un simple récit historique, le roman raconte une part douloureuse de la vie de l’auteur : celle d’une amitié brisée. Au cœur de ce livre, la trahison de son ami Denis Donaldson, figure emblématique de l’IRA et traître à la cause nationaliste pendant une vingtaine d’années. Le romancier le rebaptise Tyrone Meehan et exprime un questionnement qui le hante : le traître a-t-il seulement trahi la cause irlandaise ? N’a-t-il pas également trahi leur profonde amitié ? Pouvait-il être à la fois traître à la cause et ami sincère ? Ces interrogations resteront sans réponse, Donaldson ayant été exécuté avant que Chalandon ne puisse lui reparler.
Retour à Killybegs (2011) est l’autre versant de la même histoire : cette fois-ci racontée par Meehan, la « trahison » laisse découvrir la vie gâchée du narrateur, sa confusion, ses doutes. Il relate son enrôlement dans l’IRA et son rôle d’agent double pour les Britanniques. Le roman alterne entre ses derniers jours à Killybegs et ses années au sein de l’organisation séparatiste, revient sur les grèves de la faim des prisonniers irlandais et le processus de paix. Sorj Chalandon tourne ainsi la page irlandaise de son existence et referme la blessure. Après avoir suivi son propre chemin d’homme trahi puis la route de son ami traître, il peut enfin entamer un processus de deuil : « Je n’écrirai plus jamais sur l’Irlande. Jamais. Je n’ai plus envie. »

En 2013, il revient par le biais d’une fiction sur la guerre civile qui a déchiré le Liban dans les années 80 avec Le Quatrième Mur, qui remporte le prix Goncourt des lycéens la même année. C’est l’histoire d’une idée folle : celle de monter la pièce Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth, en pleine guerre civile. Récit fort et poignant, il tire sa beauté de cette recherche d’un instant de grâce, d’un temps suspendu dans le conflit pour que se joue la tragédie qui rassemble notamment des acteurs des camps ennemis.

Si Sorj Chalandon cherche la vérité des faits, des sensations et des décors, c’est avec une extrême précision dans le choix des mots, de la langue et du rythme. Écrire vrai est sa boussole, comme antidote à une enfance dévorée par un père mythomane et violent, le despote de Profession du père (2015).

Dans Le Jour d’avant, publié en 2017, il s’écarte des thèmes autobiographiques pour revenir sur un épisode qui déclencha chez lui une « colère fondatrice » : l’accident de la mine de Liévin, le 27 décembre 1974. 40 ans après, il rend hommage aux 42 mineurs morts ce jour, toujours indigné par les mensonges qui entourèrent leur décès. L’histoire de la famille d’un 43e mineur, qu’il invente pour l’occasion, lui permet de rappeler que cet accident n’était pas dû à la fatalité, mais aux négligences des Charbonnages de France ; que les mineurs ne venaient pas pour se sacrifier, mais pour travailler. Il voulait dire les noms de ces 42 hommes dont « le travail, qui est le lieu de la dignité » est devenu « le lieu de la fosse commune. » Dans son style poignant et direct, il offre aux victimes de la fosse 3B l’hommage national qui leur avait été refusé.

Sorj Chalandon est le parrain du concours de nouvelles Etonnants Voyageurs 2018, sur le thème « Dire la guerre. »


Bibliographie :

 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

Le Jour d’avant

Grasset - 2017

« Venge-nous de la mine », avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.


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