Dim. 16h15, Grande Passerelle 3

En marge du monde

24 mai 2019.
 

La projection de A lua platz de Jérémy Gravayat sur les trajectoires de familles roumaines en Europe. Suivi d’une rencontre avec le réalisateur et le Belge Jean-Marc Turine (La Théo des fleuves, Esperluète), Prix des 5 continents de la francophonie, qui donne avec force la parole aux Tsiganes, à leurs errances et leurs souffrances, le Russe Victor Remizov (Devouchki, Belfond) qui livre le portrait d’un Moscou à la fois faste et désenchanté, dont l’opulence cache un univers trouble, celui des laissés pour-compte, où chacun est prêt à tout pour exister et Tiffany Tavernier (Roissy, Sabine Wespieser), portrait de femme errant, à la faveur de ses émotions, à la rencontre de ces sans-abri qui vivotent dans les aéroports.

 

DERNIER OUVRAGE

 

TURINE Jean-Marc

Écrivain, mais surtout « bricoleur », c’est ainsi que le Belge se décrit. Réalisateur de fictions, de films, de documentaires, il a également été producteur chez France Culture. Récompensé par le Prix des 5 continents de la francophonie en 2018, La Théo des fleuves donne avec force la parole aux Tsiganes, à leurs errances et leurs souffrances, par l’intermédiaire de l’impétueuse Théodora. Une œuvre bouleversante et engagée, forte et entière, qui parcourt le 20e siècle et l’Europe, et s’impose comme une prodigieuse manière de pousser notre réflexion au-delà des sentiers battus.

Né en 1946 à Bruxelles où il vit toujours, cet auteur est aussi réalisateur et producteur.

Depuis 1978, il réalise des films, des fictions et des documentaires radio ; notamment avec son amie Marguerite Duras et Jean Mascolo (Les enfants, 1984). Il a également à son actif dix ans de production radio chez France Culture.

La plupart de sa filmographie, réalisée avec Jean Mascolo, est constituée de films documentaires à caractère historique, littéraire ou sociétal, notamment consacrés à Robert Antelme ou encore au groupe de la rue Saint-Benoît.Il est également producteur pour la RTBF et il a contribué aux actions du Collectif Manifestement.

La Théo des fleuves est son troisième titre aux éditions Esperluète, après Foudrol (2005), un roman qui trouve déjà sa source dans la Première Guerre mondiale, et Liên de Mê Linh (2014) qui dénonce les souffrances actuelles des victimes de la dioxine au Viêt Nam.

Théodora, femme aux mille vies, aux milles souffrances, mais aussi aux mille espoirs, est, avec son peuple - les tsiganes - au cœur de ce roman. Nous traversons, sous son regard, le XXème siècle et l’Europe. Son écriture juste et engagée donne une force considérable à ce récit, où les voix s’entremêlent pour livrer le portrait d’une communauté injustement stigmatisée.


Bibliographie

 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

Devouchki

Belford - 2019

À Beloretchensk, au cœur de la Sibérie, Katia et Nastia, deux cousines de vingt ans, souffrent d’un quotidien éprouvant et d’un avenir qui n’en finit pas de s’assombrir. Victime d’un grave accident, le père de Katia a perdu sa mobilité et la famille ne peut réunir l’argent nécessaire pour le soigner. Nastia, elle, ne pense qu’à fuir le domicile parental et sa mère alcoolique. Lasses de voir leur existence s’essouffler, les deux jeunes femmes décident de quitter la misère de leur province pour gagner les lumières de Moscou.
Mais derrière le luxe, l’argent et le faste moscovite se cache une réalité bien plus trouble, l’univers des laissés-pour-compte, où chacun est prêt à tout pour exister.


« Malgré certaines faiblesses, Victor Remizov évite ici de verser tout d’un bloc dans le manichéisme. » Le Devoir

« Devouchki, en russe, désigne les jeunes filles. Ce sont les héroïnes du dernier roman de Victor Remizov, qui nous avait déjà entraînés tout à l’est de la Russie avec son roman précédent, Volia Volnaïa, une histoire lyrique et violente, froide, dure et cruelle, mais totalement humaine, dans la nature enneigée d’une petite ville de pêcheurs en butte à des services de sécurité assez corrompus. On change totalement de décor mais le lyrisme, la violence, la cruauté et l’humanité subsistent. Et c’est ce qui donne à cette nouvelle histoire toute sa force et sa fascination. » Le Soir 

 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

Roissy

Sabine Wespieser Éditeur - 2018

Sans cesse en mouvement, tirant derrière elle sa valise, la narratrice de ce roman va d’un terminal à l’autre, engage des conversations, s’invente des vies, éternelle voyageuse qui pourtant ne montera jamais dans un de ces avions dont le spectacle l’apaise.
Arrivée à Roissy sans mémoire ni passé, elle y est devenue une « indécelable » – une sans domicile fixe déguisée en passagère –, qui a trouvé refuge dans ce non lieu les englobant tous. S’attachant aux êtres croisés dans cet univers fascinant, où personnels navigants ou au sol côtoient clandestins et laissés-pour-compte, instituant habitudes et rituels comme autant de remparts aux bribes de souvenirs qui l’assaillent et l’épouvantent, la femme sans nom fait corps avec l’immense aérogare.
Mais la bulle de sécurité finit par voler en éclats. Et quand un homme, qui tous les jours vient attendre le vol Rio-Paris – le même qui, des années auparavant, s’est abîmé en mer – tente de l’aborder, elle fuit, effrayée. Comprenant, à sa douceur et à son regard blessé, qu’il ne lui fera aucun mal, elle se laissera pourtant aller à la complicité qui se nouera entre eux.
Magnifique portrait de femme rendue à elle-même à la faveur des émotions qui la traversent, Roissy est un livre polyphonique et puissant, qui interroge l’infinie capacité de l’être humain à renaître à soi et au monde.