Sam. 14h, Grande Passerelle (Médiathèque)

Les mots sont nos demeures, les mots sont des migrants

7 juin 2019.
 

Les débats sur la langue suscitent immédiatement des réactions passionnées, preuve que s’y joue quelque chose d’essentiel. Les mots, oui, sont nos demeures. Mais ils nous jouent aussi des tours, ignorent les frontières, les passeports, les permis de séjour, nouent des liaisons inattendues, enfantent des mots nouveaux, et rien, semble-t-il, ne parvient à les assigner à demeure. Libres, donc, insolents : vivants. Avec Dany Laferrière et Erik Orsenna, tous deux membres de l’Académie française, et Alain Borer, défenseur inlassable de la langue française (De quel amour blessée, Gallimard).


"Poévie"

Le mot avait été lancé par Alain Borer à propos d’Arthur Rimbaud pour dire ce rapport d’incandescence entre le poème et la vie et ce qui a toujours placé le poème et le chant au coeur de la cité. Comment se peut-il que ce lien ait été rompu ? Qu’au prétexte d’avant-gardes le poème se soit trouvé çà et là réduit à de simples jeux formels – alors qu’ailleurs (pensez à la Beat Generation, à Bob Dylan), il disait la jeunesse du monde. Avec Alain Borer.

 

DERNIER OUVRAGE

 
Biographie

Vers d’autres rives

L’Aube - 2019

J’ai toujours cru que la différence première était entre les nomades et les sédentaires. Je dis nomade sans voir uniquement le corps. L’esprit, le cœur, peut l’être. J’englobe aussi les idées, les formes, les couleurs, les sensations, les sentiments comme les émotions. Quel tourbillon ! La toupie de mon enfance. Quelle joie d’aller vers d’autres rives, même douloureuses.

J’ai toujours rêvé d’une biographie qui exclurait les dates et les lieux pour ne tenir compte que des émotions ou des sensations, mêmes fugaces. La première fois que j’ai vu une libellule. La fois que je suis entré dans la mer en ignorant qu’il fallait savoir nager. La fois que j’ai assisté à l’exécution d’un prisonnier politique près du cimetière de Port-au-Prince. Le dernier regard de ma mère me voyant partir en exil. Ma première promenade dans la cour de l’Académie. Et toutes les fois que j’ai regardé dans un ciel étoilé en espérant trouver la Niña Estrellita.

 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

Briser en nous la mer gelée

Gallimard - 2020 - 2020

Voici l’histoire d’un amour fou.
Et voici une lettre, une longue lettre envoyée à Madame la juge, vice-présidente aux affaires familiales.
En nous divorçant, Suzanne et moi, le 10 octobre 2011, elle a soupiré : « dommage, je sentais beaucoup d’amour en vous ».
Comme elle avait raison !
Mais pour nous retrouver, pour briser en nous la mer gelée, il nous aura fallu voyager. Loin en nous-mêmes, pour apprendre à ne plus trembler.
Et loin sur la planète, jusqu’au Grand Nord, vers des territoires d’espions d’autant plus invisibles que vêtus de blanc, dans la patrie des vieux chercheurs d’or et des trésors perdus, refuge des loutres de mer, des libraires slavophiles et des isbas oubliées.
Le saviez-vous ? Tout est Géographie.
Qu’est-ce qu’un détroit, par exemple le détroit de Béring ? Un bras de mer resserré entre deux continents.
A l’image exacte de l’amour.
Et c’est là, entre deux îles, l’une américaine et l’autre russe, c’est là que court la ligne de changement de date.

Après L’exposition coloniale, après Longtemps, l’heure était revenue pour moi de m’embarquer pour la seule exploration qui vaille : aimer.

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Revue de presse :

 

DERNIER OUVRAGE

 
Récit

Villeglé l’anarchiviste : 100 « grammes » pour Jacques Villeglé

Gallimard - 2019

« Je n’ai vu la Beauté que trois fois dans ma vie, la Beauté absolue, celle qui vous prend sur ses genoux, évidence indiscutable, coup de poing au plexus souffle coupé, extase instantanée, satori au cours duquel tout comprendre et se taire à la fois… » Qu’ils soient théoriques, d’exposition ou mélogrammes, les 100 grammes d’Alain Borer sont une indiscutable éclaircie posée sur l’oeuvre de Jacques Villeglé, ambitionnant de regarder le monde comme un tableau.