Le pouvoir de la littérature

Avec Makenzy ORCEL, Thomas C. WILLIAMS, Mohammad RABIE

19 juin 2019.
 

Avec Makenzy ORCEL, Thomas C. WILLIAMS, Mohammad RABIE
Animé par Florence BOUCHY

 

DERNIER OUVRAGE

 
Essais

Une soudaine liberté. Identités noires et cultures urbaines

Grasset - 2019

En 2011, Thomas C. Williams est encore inconnu du public américain lorsqu’il publie La défaite de l’imagination. Le jeune journaliste y décrit son enfance dans le New Jersey, celle d’un garçon né d’un père noir et d’une mère blanche qui a décidé de se fondre dans la masse des jeunes afro-américains de son âge grâce aux cultures urbaines, et notamment au hip-hop. Un vocabulaire cru, une démarche spécifique, une façon de s’habiller, un rapport trouble à l’argent et aux filles reproduisant l’imaginaire des clips qui se succèdent à la télévision. Une vision de l’histoire et de l’art aussi, lorsqu’on respecte une minute de silence pour l’anniversaire de la mort d’un rappeur assassiné mais qu’on ne connaît pas la date du décès de Martin Luther King, qu’on célèbre Jay-Z mais qu’on n’a jamais entendu parler de Toni Morrison. La littérature et l’imaginaire n’ont plus leur place lorsqu’on cherche à reproduire des codes au nom d’une identité, tournant le dos à la culture.

Une adolescence aux teintes « gangsta » donc, également marquée par l’obsession du père de Thomas pour les livres et les échecs. Grâce à l’éducation parallèle que ce dernier s’obstine à donner à ses fils, Thomas réussit finalement à entrer à l’université de Georgetown, à Washington. Il réalise alors qu’une autre voie est possible, il découvre de nouvelles manières de penser le monde, de nouvelles musiques, et les voyages qui lui permettront d’aller vers des cultures radicalement différentes. Puis Thomas passera plusieurs mois à Paris avec l’impression d’avoir fait exploser le carcan des cultures urbaines, cette « colle invisible  » qui, selon lui, maintient dans une forme d’esclavage la communauté noire-américaine.

Ce récit personnel est une plongée dans les dérives du hip-hop dont les codes, pris au premier degré, empêchent toute émancipation. Plus qu’une histoire intime, Thomas C. Williams bâtit un discours foisonnant sur la question du métissage, sur la possibilité d’échapper au milieu dans lequel on a grandi et combat l’idée que toutes les cultures se valent, malgré leurs dérives parfois misogynes et ultraviolentes.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Colin Reingewirtz


 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

Une boîte de nuit à Calcutta

Robert Laffont - 2019

Après la parution de son premier livre, Les Immortelles, Makenzy Orcel confirme ici la magie d’une écriture violente et généreuse. Nicolas Idier, au rythme de ses écrits et de ses nombreux voyages, poursuit sa quête d’une autre vision de la littérature. La rencontre de ces deux auteurs reconnus bien au-delà des limites hexagonales témoigne d’une sagesse nouvelle, où la beauté et l’amour triomphent du doute et de la peur.
Makenzy Orcel et Nicolas Idier se sont rencontrés à Pékin en 2012, revus à Paris et, après plusieurs années, se retrouvent à Calcutta. Ils ont mille choses à se raconter : l’amour de leurs mères, la naissance de leurs enfants, leurs projets d’écriture, la révolte contre toutes les injustices, les grandes amitiés qui leur donnent le courage d’écrire. L’un vit entre Port-au-Prince et Paris, l’autre entre Pékin et Delhi, mais ce soir-là, ils sont assis au comptoir d’une boîte de nuit. La musique est si forte qu’elle emporte leurs paroles. C’est alors que l’un se penche vers l’autre et lui propose l’idée d’écrire un livre à deux. Voilà comment est né ce livre qui réunit deux voix de la littérature française et haïtienne. La sincérité absolue et incarnée de leur dialogue est une preuve de confiance et de fraternité comme on en trouve peu dans la littérature contemporaine.
Oscillant entre le roman, la poésie, l’essai, la confidence, sans aucun respect des catégories, Une boîte de nuit à Calcutta traverse toutes les frontières pour atteindre à l’universel.

 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

La bibliothèque enchantée

Actes Sud - 2019

Chaher, jeune fonctionnaire du ministère des “Biens de mainmorte”, se voit confier une mission inhabituelle : rédiger pour la forme un rapport sur une bibliothèque oubliée du Caire que l’État veut raser pour faire passer une nouvelle ligne de métro. Il se décide pourtant à mener sérieusement son enquête et, peu à peu, tout un monde mystérieux et labyrinthique s’ouvre à lui dans cette bâtisse délabrée et poussiéreuse où les ouvrages sont entassés sans cotation ni indexation et où l’on trouve des traductions dans toutes les langues imaginables. Fasciné par l’étrange bibliothèque, il ne l’est pas moins par la poignée d’originaux qui la fréquentent, comme Ali, célèbre traducteur ayant perdu toute foi en son métier, ou “Jean le copiste”, homme mutique ayant passé sa vie à photographier des livres page après page et, surtout, Sayyid, vieil intellectuel nihiliste, cynique et truculent, qui connaît la bibliothèque comme sa poche mais n’est pas prompt à divulguer ses secrets.

Dans ce roman surprenant, Mohammad Rabie tisse d’une main de maître une double trame narrative. Entre la voix de Chaher et celle de Sayyid, son récit dévoile des franges de marginalité, loin de l’étau suffocant de la bureaucratie, et des strates de rêves et de légendes sous l’épiderme racorni de la ville.

Traduit de l’arabe (Égypte) par Stéphanie Dujols