FERRANDEZ Jacques

France - Algérie

14 février 2018.

Grand nom de l’illustration et de la BD française, rendu célèbre par sa série Carnets d’Orient débutée en 1995, ce conteur-dessinateur né en 1955 à Alger, mêle avec talent l’anecdote et la grande Histoire, l’intime et l’universel. Après avoir adapté L’étranger et L’Hôte, il signe en 2018 l’adaptation de l’œuvre la plus personnelle de Camus, Le premier homme. Son pinceau précis et ses couleurs lumineuses nous guident dans cette histoire inachevée, qui retrace l’histoire de la famille de Camus et sa quête d’identité. Il signe également Entre mes deux rives, une autobiographie en dessins et illustrations, dans laquelle il partage, en compagnie de Camus, les événements et les lieux qui l’ont formé, au premier rang desquels la Méditerranée.

 

Grand nom de l’illustration et de la BD française, rendu célèbre par son immense fresque sur l’histoire de l’Algérie, Carnets d’Orient, débutée en 1995, ce conteur-dessinateur, pied noir d’origine, mêle avec talent l’anecdote et la grande Histoire, l’intime et l’universel.

Jacques Ferrandez fait ses débuts dans la bande-dessinée aux côtés de Rodolphe, avec qui il lance la série Raffini en 1980, puis fait ses premiers essais "en solitaire" chez Casterman en publiant un diptyque d’albums : Arrière-pays et Nouvelles du pays, qui explore les effets de la modernisation, de l’exode rural et des conflits générationnels dans un petit village du sud de la France. C’est là toute la force de Jacques Ferrandez : cette capacité à projeter un récit de l’Histoire, la grande, au moyen de silhouettes, de personnages singuliers, dans un va et vient entre les destins particuliers et les bouleversements collectifs.

On retrouve ce talent narratif dans une grande fresque réaliste consacrée à l’histoire de l’Algérie, aux couleurs lumineuses : Carnets d’Orient. D’abord prévue en cinq volumes autour de la période coloniale, de 1836 jusqu’à la célébration du centenaire de l’Algérie française en 1930, la série s’est prolongée, à partir de 2002, d’un second cycle qui débute en 1954 alors que les tensions entre Pieds-Noirs et Algériens atteignent un point de non retour. Né en 1955 à Alger puis ayant suivi ses parents à Nice, l’artiste souligne ce besoin de s’interroger sur l’Histoire du pays qui l’a vu naître : "Je crois qu’inconsciemment, quand j’ai commencé à réfléchir sur Delacroix et les peintres orientalistes, je savais qu’un jour, il me faudrait parler de la guerre d’Algérie. Mais, pour cela, je devais faire tout un travail en amont qui me permette d’installer les choses. Il fallait que cela mûrisse en moi. Un mûrissement que je dois aussi à l’encouragement de mes lecteurs (français comme maghrébins). À force qu’on me le demande, j’ai fini par croire que j’avais peut-être quelque chose à raconter sur cette histoire que, depuis le début, j’essaye de comprendre et dont je suis le produit."

Parallèlement à cette gigantesque saga, Jacques Ferrandez va prêter ses pinceaux à la voix d’un autre grand conteur, Pagnol, en publiant une adaptation de Jean de Florette et de Manon des sources en 1997, puis renoue avec la collaboration artistique avec cette fois le scénariste Tonino Benacquista en publiant L’Outremangeur en 1998 et La boîte noire en 2000. Le succès de L’Outremangeur donnera lieu à une adaptation cinématographique par Thierry Binisti en 2003.

La curiosité artistique de Jacques Ferrandez est aujourd’hui marquée par un grand nomadisme : depuis ces dernières années il multiplie les récits de voyages, les invitations à la découverte de nouveaux espaces avec Voyage en Syrie, Voyage en Iran, mais aussi, Istanbul et Les tramways de Sarajevo.

Mais Jacques Ferrandez revient inlassablement sur les terres d’Algérie : après avoir adapté un texte du dramaturge algérien Fellag, Le mécano du vendredi (2010), et un polar de Maurice Attia, Alger la noire (2012), il publie en 2013 sa version BD du célèbre roman de Camus, L’étranger. Une relecture passionnante du chef d’oeuvre de l’écrivain, auquel Jacques Ferrandez rend également hommage dans l’ouvrage collectif dirigé par Eduardo Castillo publié cher Philippe Rey : Pourquoi Camus ?.

En 2018, il confirme son lien privilégié avec l’œuvre de Camus et son talent pour dépeindre la lumière de la Méditerranée avec la parution de son adaptation du roman inachevé d’Albert Camus, Le premier homme. À la lecture de ce roman très autobiographique, publié à titre posthume, Jacques Ferrandez avait été touché par les similarités entre l’histoire de sa famille et de celle de Camus, pieds-noirs vivant dans le même quartier d’Alger. Par respect pour l’auteur et sa famille, ainsi que par besoin de liberté créative, il s’attache à la dimension fictionnelle du roman tout en restant fidèle à la quête d’identité de Camus, à son hommage à son univers familial.
Il signe également Entre mes deux rives, une autobiographie en dessins et illustrations, dans laquelle il partage, en compagnie de Camus, les événements et les lieux qui l’ont formé, au premier rang desquels la Méditerranée.


Bibliographie

 

DERNIER OUVRAGE

 
Bande Dessinée

Le premier homme

Gallimard BD - 2017

« En somme, je vais parler de ceux que j’aimais », écrit Albert Camus dans une note pour l’œuvre à laquelle il travaillait au moment de sa mort. Il y avait jeté les bases de ce que serait son récit de l’enfance : une odyssée temporelle et émotionnelle à travers ses souvenirs, un récit qui, sous couvert de fiction, revêt un caractère autobiographique exceptionnel. À la recherche de ses origines, il y évoque avec une singulière tendresse son univers familial, le rôle des femmes, celui de l’école, la découverte du monde extérieur... En filigrane, on découvre les racines de ce qui fera la personnalité de Camus, sa sensibilité, la genèse de sa pensée, les raisons de son engagement.


Revue de presse