Lun. 10h, Auditorium

Rencontre et projection : La belle et la bête

5 juin 2022.
 

Cette rencontre imaginée par Carole Martinez réunit à ses côtés trois auteurs avec qui elle se sent une parenté d’écriture et de sensibilité. Des auteurs à l’écriture organique et poétique, au verbe sauvage, dont les œuvres interrogent l’invisible, la place de l’homme parmi les vivants, sa part animale et tellurique.

On plongera dans l’univers rude et troublant d’Audrée Wilhelmy qui emprunte parfois à la forme du conte, nous embarque dans les forêts québécoises ou sur des terres perdues, et fouille nos sentiments les plus sauvages.
On s’immergera dans les vingt-deux chants qui composent les Cantiques du corbeau de Bartabas, un chant fantasmatique sur les origines de l’humanité où l’auteur s’interroge sur l’animal qu’il est, a été, sera et sur la mort qui souffle depuis les origines.
On entrera dans la bête et le premier rêve du monde, sur les pas d’Anne Sibran qui explore un monde de chamanes où les frontières entre visible et invisible n’existent plus, où l’homme disparait pour laisser place au vivant.

Comment des proses poétiques peuvent-elles nous plonger dans notre animalité, exprimer notre lien à la forêt, à la terre, au monde sauvage ? Les auteurs sont-ils parfois un peu chamanes ? Dans leurs échappées poétiques, deviennent-ils les héritiers de « ces hommes, nus et farouches, la main trempée dans le sang, dans les fumées du sacrifice et de la transe, et qui faisaient surgir sur les parois des cavernes ces bêtes qui courent encore, n’en finissent pas de galoper » ?

Rencontre suivie de la projection du film Les chevaux voyageurs de Bartabas.

 

DERNIER OUVRAGE

 
Récit

Les Cantiques du corbeau

Gallimard - 2022

Entre animal et homme, sauvagerie et civilisation, un voyage fantasmatique aux origines de l’humanité.

« Il m’aura fallu une vie à côtoyer les chevaux pour comprendre que cet autre est un peu de moi-même. Les bêtes ont perdu leurs mots pour raconter leurs histoires, et l’animal que je suis, s’il possède le langage, ignore son premier récit, celui de la genèse. L’esprit humain a-t-il voulu à jamais oublier la honte de n’avoir été qu’une proie sans défense ? La nuit, l’animal me regarde et je lis dans ses yeux de nobles histoires, des chants qui m’invitent au voyage. »

A travers les vingt-deux chants qui composent ces Cantiques du corbeau, Bartabas offre un récit fantasmatique des origines de l’humanité. Dans une Préhistoire rêvée, où hommes et bêtes ne font qu’un et sont tour à tour proies et prédateurs, on y voit l’homme acquérir les facultés qui le conduiront à asservir la terre et le règne animal. Une superbe méditation poétique sur la place de l’homme parmi les vivants.

Écuyer d’exception, chorégraphe, metteur en scène, scénographe et réalisateur, Bartabas a inventé une forme inédite de spectacle vivant : le théâtre équestre, conjuguant art équestre, danse, musique et comédie. En 1984, il fonde sa compagnie, Le Théâtre Équestre Zingaro, dont les créations triomphent de Paris à New York, d’Istanbul à Hong-Kong. En 2003, il créé l’Académie équestre nationale du domaine de Versailles, corps de ballet unique au monde attaché au manège de la Grande Écurie. Après D’un cheval l’autre (2020), Bartabas signe ici son deuxième livre.

 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

Les Roses Fauves

Gallimard - 2020

« Peu après la sortie de mon premier roman, Le cœur cousu, une lectrice m’a raconté une coutume espagnole dont j’ignorais l’existence : dans la sierra andalouse où étaient nées ses aïeules, quand une femme sentait la mort venir, elle brodait un coussin en forme de cœur qu’elle bourrait de bouts de papier sur lesquels étaient écrits ses secrets. À sa mort, sa fille aînée en héritait avec l’interdiction absolue de l’ouvrir. J’ai métamorphosé cette lectrice en personnage.
Lola vit seule au-dessus du bureau de poste où elle travaille, elle se dit comblée par son jardin. Dans son portefeuille, on ne trouve que des photos de ses fleurs et, dans sa chambre, trône une armoire de noces pleine des cœurs en tissu des femmes de sa lignée espagnole. Lola se demande si elle est faite de l’histoire familiale que ces cœurs interdits contiennent et dont elle ne sait rien. Sommes-nous écrits par ceux qui nous ont précédés ?
Il faudrait déchirer ces cœurs pour le savoir… »
C. M.

Carole Martinez, formidable conteuse, libère ses personnages morts et vivants et nous embarque à leur suite dans un monde épineux où le merveilleux côtoie le réel et où poussent des roses fauves.

 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

Le premier rêve du monde

Gallimard - 2022

« Chaque matin, quand Cézanne part au motif, il en appelle à ces témoins, divinités minérales, ligneuses ou liquides, traversé par cette certitude que ce qu’il cherche est au-delà du temps des hommes, au-delà de ce qu’ils voient : cet inespéré qui chaque fois surgissant semble être là depuis toujours, cet éternel présent. »
Quand ses yeux fatigués amènent Cézanne à rencontrer Barthélemy Racine, ophtalmologue de génie, et son épouse Kitsidano, jeune Indienne aveugle de naissance, qui voit ce qui ne se voit pas, un monde encore plus mystérieux s’ouvre à lui.
Cette quête éperdue de la beauté nous invite à redevenir les témoins éblouis de la terre où nous vivons. Ce roman visionnaire fait écho à une actualité vibrante et tisse un lien subtil avec les précédents ouvrages d’Anne Sibran, Je suis la bête et Enfance d’un chaman (prix Écritures & Spiritualités 2018).

 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

Blanc Résine

Grasset - 2022

Elle s’appelle Daã. Née dans un couvent niché au cœur de la forêt boréale et construit par des femmes, elle grandit libre, loin du monde des hommes, parmi vingt-quatre religieuses. Elles règnent sur Cusoke, pays de roches et de glace où les codes sociaux sont réinventés. Enfant sauvage, Daã parle la langue d’Ina Maka, la Terre-Mère, dont elle apprend les cycles, les ordres et les lois.
Lui se prénomme Laure. Enfant albinos rejeté par les autres, fils d’ouvrier de la mine Khole Co, il voudrait se fondre parmi les visages noirs des mineurs. Mais après la mort de sa mère, son père lui rêve un destin meilleur que le sien, loin des galeries et de la misère assassine. Envoyé à la ville, il deviendra médecin malgré lui.
Tout oppose cette femme-forêt et ce garçon-translucide, deux marginaux qui aspirent, l’un à se faire accepter, l’autre à s’émanciper. Mais un jour leurs destins se croisent et l’amour les lie. Blanc Résine raconte leur histoire. Avec Laure, Daã ira vivre en ville, fera trois enfants. Mais jamais ne pourra se plier aux lois des hommes. Et cela a un prix.
Tout à la fois conte réaliste, drame romantique et fable féministe, Blanc Résine nous transporte dans un univers rude et troublant, au cœur de la nature, pour fouiller nos plus extrêmes sentiments : l’amour, le désir, la colère. Audrée Wilhelmy y déploie son lyrisme sauvage et son imaginaire avec une maturité et une maîtrise rares. Elle signe ainsi un livre inclassable, spectaculaire.