ENARD Mathias

France

16 février 2016.
 
© Marc Melki

Biographie

Figure majeure de la littérature française contemporaine, Mathias Énard a été couronné du prestigieux prix Goncourt en 2015 avec Boussole, un ouvrage plébicité par la presse.
Grand passionné de l’Orient, il construit livre après livre une œuvre toute d’érudition dans un style élaboré proche de Flaubert ou de Joyce.

Après le bac, il intègre l’INALCO (Institut National des Langues et Civilisations Orientales) où il étudie l’Arabe et le Persan. Et puis, en 1993, c’est le temps des voyages : sans véritable projet, au gré des occasions, Mathias Énard gravite autour de la Méditerranée principalement : Téhéran, Le Caire, Damas, Soueida, Beyrouth où il se pose plus longuement, Tunis, puis, en 2000, Barcelone où il s’arrête pour de bon. Dans ses valises, de huit ans d’errance, il ramène d’innombrables témoignages, d’insoupçonnables parts de l’Histoire.

Entré en littérature en 2003 avec La Perfection du tir, où l’on se tenait au plus près d’un sniper dans un pays ressemblant furieusement au Liban, il s’est imposé comme l’un des grands auteurs de sa génération grâce à son quatrième roman, Zone, un monologue sans ponctuation qui se déroule au cours d’un périple ferroviaire entre Milan et Rome. Ce prodigieux roman sur les guerres du XXème siècle, obtient le Prix Décembre et le Prix du Livre Inter en 2008.

En 2010, il publie un nouveau roman au titre prometteur Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants. Direction Constantinople cette fois-ci, dans les pas d’un certain Michel-Ange venu à la rencontre des beautés de l’art ottoman. Ce livre a obtenu le prix Goncourt des lycéens en 2010.

Un an plus tard, Mathias Énard suit dans Rue des voleurs le parcours de Lakhdar, jeune marocain amateur de « romans de gare », du Maghreb en révolution aux rives d’une Europe au bord du gouffre. Roman d’aventure, récit de voyage, polar, hommage à la littérature populaire dont raffole son personnage principal, Rue des voleurs raconte à travers l’histoire de la transformation de son héros, la complexité d’une identité en mouvement. Un roman d’un souffle rare, initiatique et politique, dont les pages raisonnent du fracas des Printemps arabes.

Dans Tout sera oublié, Mathias Énard et Pierre Marquès unissent leurs talents et livrent un roman graphique dans lequel les mots de l’un et les images de l’autre plongent le lecteur dans la mémoire douloureuse de la guerre des Balkans. C’est alors la troisième rencontre artistique pour ces deux amis puisqu’en 2007 ils avaient publié ensemble le jouissif Bréviaires des Artificiers et réalisé en 2009 un album pour enfants intitulé Mangée, mangée ! Un conte balkanique et terrifique.

Avec Boussole, exploration onirique et éblouissante de l’orientalisme, l’écrivain érudit a « essayé de reconstruire cette longue histoire, celle de l’amour de l’Orient, de la passion de l’Orient, et des couples d’amoureux qui la représentent le mieux (…). Sans oublier ce qu’il peut y avoir de violent et de tragique dans ces récits, de rapports de force, d’intrigues politiques et d’échecs désespérés. Ce long voyage commence à Vienne et nous amène jusqu’aux rivages de la mer de Chine ; à travers les rêveries de Franz et les errances de Sarah, (il a) souhaité rendre hommage à tous ceux qui, vers le levant ou le ponant, ont été à tel point épris de la différence qu’ils se sont immergés dans les langues, les cultures ou les musiques qu’ils découvraient, parfois jusqu’à s’y perdre corps et âme. » (Mathias Énard)


Bibliographie

En tant que traducteur :

 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

Boussole

Actes Sud - 2015

La nuit descend sur Vienne et sur l’appartement où Franz Ritter, musicologue épris d’Orient, cherche en vain le sommeil, dérivant entre songes et souvenirs, mélancolie et fièvre, revisitant sa vie, ses emballements, ses rencontres et ses nombreux séjours loin de l’Autriche – Istanbul, Alep, Damas, Palmyre, Téhéran… –, mais aussi questionnant son amour impossible avec l’idéale et insaisissable Sarah, spécialiste de l’attraction fatale de ce Grand Est sur les aventuriers, les savants, les artistes, les voyageurs occidentaux.
Ainsi se déploie un monde d’explorateurs des arts et de leur histoire, orientalistes modernes animés d’un désir pur de mélanges et de découvertes que l’actualité contemporaine vient gifler. Et le tragique écho de ce fiévreux élan brisé résonne dans l’âme blessée des personnages comme il traverse le livre.
Roman nocturne, enveloppant et musical, tout en érudition généreuse et humour doux-amer, Boussole est un voyage et une déclaration d’admiration, une quête de l’autre en soi et une main tendue – comme un pont jeté entre l’Occident et l’Orient, entre hier et demain, bâti sur l’inventaire amoureux de siècles de fascination, d’influences et de traces sensibles et tenaces, pour tenter d’apaiser les feux du présent.


Revue de presse

« Dans Boussole, le romancier invite à une nuit d’insomnie et à un voyage dans les souvenirs d’un musicologue amoureux du Proche-Orient. Hypnotique. Boussole, dont chaque page sort le lecteur de lui-même, le confronte à une infinité de sujets et de personnages dont il ignore tout pour les lui rendre plus proches. » Raphaëlle Leyris, Le Monde des Livres

« Le lecteur est dans les souterrains orientaux de la culture occidentale. Celui qui tient la torche est un musicologue autrichien, Franz Ritter, mais il pourrait tout aussi bien s’appeler Mathias Énard. Les cultures orientale et musicale de l’un et l’autre sont stupéfiantes et saturées, un peu monstrueuses, mais elles semblent couler de source (et de bibliothèque) sans être passées par Wikipedia. Le voyage descend en spirales, par digressions, comme une rêverie s’élève du fumeur d’opium. » Libération

« Boussole de Mathias Énard domine la rentrée littéraire. Plus ambitieux, plus savant, plus réussi que tant d’autres. L’érudition est là, sans limite, excessive, dynamitée par des ruades, des accélérations de l’écrivain qui sauvent le roman de l’écueil. L’exercice est admirablement mené, quasi parfait, formant un récit au cours puissant comme un fleuve. » Etienne de Montéty, Le Figaro Littéraire.

« Dans Boussole, le lecteur sent l’auteur attiré par un havre, dont il ne saurait faire son port d’attache mais qu’il oppose aux « simagrées » des bigots : la spiritualité. Cette voie n’est pas la sienne – paresse ou incomplétude ? Ainsi s’interroge l’intéressé à voix haute, sans pour autant répondre : c’est à la fois honnête et habile… » La Croix.