BLAS de ROBLÈS Jean-Marie

France

12 mars 2019.

Grand écrivain de l’exotisme, parcourant sans relâche un monde dont la Méditerranée serait le centre, cet érudit atypique et plein d’humour explore dans son œuvre les cultures méconnues. Depuis son Médicis en 2008 pour le roman-somme Là où les tigres sont chez eux, il a signé plusieurs romans et récits, sans oublier la revue « Apulée »qu’il dirige avec deux compères, Hubert Haddad et Yahia Belakri. En 2018, nous renouons avec lui pour la réédition de son second roman, Le Rituel des dunes, brûlant de poésie et d’enthousiasme, porté par des personnages hauts en couleur dans une Chine insaisissable et troublante.

 

Depuis Là où les tigres sont chez eux, un roman-somme qui reçoit le prix Médicis et le prix FNAC en 2008, l’auteur a fait ses preuves en littérature de voyage. Né à Sidi-Bel-Abbès, il connaît très tôt le goût du voyage lorsque sa famille s’installe en France, en Camargue d’abord, puis en Normandie, dans les Vosges, et enfin dans le Var, qu’il quitte pour se rendre à Paris où il étudie la philosophie à la Sorbonne et l’histoire au Collège de France. Ses études brillantes lui laissent malgré tout le temps de parcourir la Méditerranée en voilier.

En 1982, il part pour le Brésil et devient enseignant et directeur de la Maison de la Culture Française à l’Université de Fortaleza. C’est à cette époque qu’il publie son premier livre, un recueil de nouvelles errant aux frontières du fantastique et du mystique : La mémoire de riz, primé par l’Académie Française, et dans lequel transpire déjà l’érudition sublime de l’auteur et sa fascination devant le mystère du monde. À 27 ans, il est salué par le magazine Les Nouvelles Littéraires comme l’un des « grands gnostiques de notre littérature » alors que le Figaro voit en lui « un nouveau roi de la nuit » héritier d’André Pieyre de Mandiargues.

Muté en Chine Populaire à l’université de Tien-Tsin, il est le premier à donner des cours sur Sartre et Roland Barthes alors que la Révolution Culturelle s’achève à peine. Affecté ensuite à l’université Palerme, il en profite pour visiter le Tibet sur le chemin du retour vers l’Europe qu’il rejoint via le mythique Transsibérien. Sort la même année son premier roman, L’impudeur des choses, dans lequel il dessine à merveille la beauté monstrueuse du monde. C’est lors de sa dernière affectation, à Taïwan cette fois, auprès de l’Alliance française de Taïpeï, qu’il entame la rédaction d’un troisième roman dont il sait déjà que la gestation sera longue. Il abandonne alors l’enseignement et voyage toujours plus, se nourrit de la planète : Pérou, Yémen, Indonésie…

En 2008, après avoir passé une décennie à l’écrire, et presque autant de temps avant de trouver un éditeur qui accepte de le publier, Jean-Marie Blas de Roblès sort enfin Là où les tigres sont chez eux. Dès sa publication, ce roman est couronné par le Prix FNAC, le Prix Jean Giono et le Prix Medicis, faisant même partie de la liste du Prix Goncourt. Ce roman d’aventure sur le refus de la modernité mathématique est aussi un roman sur la quête des origines qui recrée le tourbillon de la course du monde, enchevêtre le bal des siècles, mêle les époques, les hommes, les lieux… Une ode à la folie créatrice.

Après un nouveau recueil de nouvelles publié en 2013 et uniquement disponible en numérique, L’Échiquier de Saint-Louis, il publie en 2014 un superbe roman d’aventure qui s’ouvre sur un jeune hacker implantant un virus à une maison d’édition numérique, L’Île du Point Némo. Ce livre allie avec panache le récit de voyage et la littérature.

Responsable de rédaction de la revue Aouras consacrée à la recherche archéologique dans l’Aurès antique, il a dirige également la collection Archéologies, dans laquelle il a publié plusieurs ouvrages de vulgarisation. Membre de la Mission Archéologique Française en Libye depuis 1986, il a participé chaque été aux fouilles sous-marines d’Apollonia de Cyrénaïque, de Leptis Magna et de Sabratha en Tripolitaine ; il dirige actuellement la collection Archéologies qu’il a créée chez Edisud et où il a publié plusieurs ouvrages de vulgarisation. Dans le même cadre d’activités, il est aussi responsable de rédaction de la revue Aouras, consacrée à la recherche archéologique sur l’Aurès antique.

En 2016, il fait partie du comité de rédaction de la revue Apulée avec Hubert Haddad et Yahia Belaskri, publiée chez Zulma. Cette revue littéraire met l’Afrique et la Méditerranée sur le devant de la scène. Le numéro inaugural, Galaxies Identitaires, tente d’en finir avec les enfermements idéologiques, les replis élitistes et les fanatismes aveugles. Il rappelle le rôle de la création et de la réflexion dans le discours sur les identités. Le troisième numéro, La guerre, le monde et la paix, paraît en 2018.

Spécialiste de la Libye, il publie en 2016 un récit qui part sur les traces de l’archéologue et explorateur Jean-Raimond Pacho qui parcourut le pays au XIXe siècle. Ce voyage dans la Lybie antique, riche de ses origines grecques et carthaginoises, met en lumière les récents événements qui ont secoué le pays et permet d’éclairer les conflits actuels.

Après Dans l’épaisseur de la chair, qui posait un regard à la fois profond et plein d’humour sur l’histoire de son père, l’auteur nous charme cette fois-ci avec la réédition de son second roman, publié en 1989. Le rituel des Dunes, léger et brillant, fantasque et fantastique, nous offre un aller simple pour Tientsin, mégapole glaciale du nord de la Chine. Petit à petit, on découvre son milieu d’expatriés, au milieu duquel rayonne l’éclatante Beverly, Shéhérazade aux mille vies rocambolesques, dont Roetgen, fraîchement débarqué du Brésil, s’amourache. Mais entre fiction et réalité, la mécanique s’enraye, Beverly s’enflamme, et montre sa face obscure… Jean-Marie Blas de Roblès livre avec maestria une fable rocambolesque dotée d’un univers riche et de personnages abracadabrants.


Le site de Jean-Marie Blas de Roblès


Bibliographie

 

DERNIER OUVRAGE

 
Revue

Apulée #4 - Traduire le monde

Zulma Éditions - 2019

On accède majoritairement aux cultures du monde par la traduction. Plus une langue s’emploie à traduire, plus s’éploient ses capacité inventives. Les grandes heures d’une culture correspondent aux apports décisifs des langues autres, étrangères, toujours plus ou moins apparentées, ne serait-ce que par la vigoureuse, multiforme analogie des espaces symboliques.
« Quand une langue n’emprunte plus à une autre, elle se fige », disait justement Alain Rey. Et plus encore peut-être quand elle ne voyage pas dans une, dans plusieurs autres.
Ainsi visitera-t-on les langues enfouies, archéologiques, et leurs trésors, les langues vernaculaires, les langues vivantes sino-tibétaines, sémitiques ou subafricaines. Ce numéro sera illustré de multiples graphies avec un soin particulier dans la mise en page. Les systèmes d’écriture alphabétiques y côtoieront les formes logographiques et syllabiques.
Il s’agit plus que jamais de relancer et d’exalter l’aventure existentielle dans ses grandes largeurs, à commencer par ces lointains qui nous rassemblent, fidèles à l’appel constant des autres rives et des antipodes, à savoir cette idée toujours neuve de la liberté, dans l’interdépendance et l’intrication vitale des cultures.
La traduction sera donc à l’honneur. Langue source, langue cible : c’est ainsi que les époques et cultures s’enlacent et se répondent, se tissent et se métissent.