Littérature monde, acte III

30 mai 2009.
 
Jean Rouaud, Alain Mabanckou, Anna Moï, Abdourahman Waberi et Michel Le Bris, signataires du Manifeste pour une Littérature Monde
© Gaël Le Ny

La crise que nous visons aujourd’hui est vécue comme un tremblement de terre : rien moins que le surgissement d’un nouveau monde. Et la littérature, pour le dire, retrouve une urgence nouvelle.
Le manifeste « Pour une littérature monde en français » publié dans Le Monde du 16 mars 2007 avait été comme un coup de tonnerre, suscitant une multitude de réactions - il était le prolongement naturel des années de combat du festival, en synthétisait la démarche, sans doute ouvrait une étape nouvelle de l’aventure.

Le prix Nobel décerné cet automne à JMG Le Clézio, que l’Independant (G.B.) – repris par Courrier International – saluait comme « un hommage à la littérature-monde » et qui a été pour l’écrivain l’occasion de répéter l’importance qu’il accordait au manifeste, le Renaudot saluant enfin l’œuvre de Tierno Monenembo, un colloque en novembre dernier à l’Université d’Aarhus (Danemark), un énorme colloque à la mi-février à l’Université de Tallahassee en Floride réunissant 56 participants, écrivains et chercheurs venus du monde entier (trois de ces universitaires, de Los Angeles, Tallahassee, Liverpool, seront à Saint-Malo), suivi d’un autre dix jours plus tard à l’Université d’Alger, et un petit essai polémique : l’année, décidément, est à la littérature-monde ! Saint-Malo viendra en couronnement de cette effervescence.

Trois journées de débats à la salle Maupertuis et à la rotonde Surcouf. Entre autres... Avec Dominic Thomas (UCLA, Los Angeles), Bill Cloonan (Université de Floride) et Charles Fordsick (Université de Liverpool).


 

DERNIER OUVRAGE

 
Beaux livres

Colonisation et propagande. Le pouvoir de l’image

Cherche Midi - 2022

Pendant plus d’un siècle, de la IIIe République naissante (1870) à la dernière décolonisation (1980, les Nouvelles-Hébrides), la propagande coloniale a fait partie du quotidien des Français. Affiches touristiques ou de recrutement militaire, expositions universelles et coloniales, manuels scolaires et protège-cahiers, couvertures de livres et de magazines, presse illustrée et brochures de propagande, photographies et cartes postales, jeux de société et bandes dessinées, publicités et films, monuments et statues, peintures et émissions de radio… tous les supports ont participé à cette apologie de la « plus grande France ». Au cœur de l’État, une Agence des colonies a été le fer de lance de cette propagande, et beaucoup ont oublié son action. Génération après génération l’idée coloniale a fait son chemin, pour devenir consensuelle durant l’entre-deux-guerres et se prolonger jusqu’aux dernières heures de l’Algérie française et même au-delà. Au cœur de cette dynamique, l’image a été un vecteur essentiel du message colonial, portant un regard paternaliste et raciste sur ceux que l’on appelait les « indigènes ».

Ce livre analyse, décode et replace dans son contexte cette incroyable production, permettant, en croisant les sources les plus diverses et des archives exceptionnelles, de comprendre les mécanismes de l’adhésion du plus grand nombre à l’Empire. Par un remarquable décryptage des images, accompagné de citations pour chaque époque, ce travail nous montre comment a été construit l’univers symbolique structurant l’imaginaire sur la colonisation. Celui-ci est indissociable de l’identité nationale et a des répercussions sur les grands enjeux politiques, économiques et idéologiques pendant près d’un siècle. Ce livre, écrit à cinq voix, permet de comprendre comment le discours sur la « mission civilisatrice » s’est imposé et comment se sont bâties les grandes mythologies de la « République coloniale », dont certaines représentations perdurent. Cette approche inédite sur notre culture visuelle, politique et historique participe au travail de déconstruction en cours sur l’héritage de la colonisation, nous permettant de regarder autrement ce passé et ses résonances dans le présent.

Avec Sandrine Lemaire, Nicolas Bancel, Alain Mabanckou et Dominic Thomas.