JORDIS Christine

France

20 mars 2019.

Écrivaine, journaliste au Monde, membre du comité de lecture chez Grasset et spécialiste des lettres anglaises, elle sait nous entraîner avec le même talent dans le monde littéraire anglais ou dans un Orient rêvé. D’un même pas, son œuvre parcourt les paysages et les livres, traverse les terres bouddhistes de Birmanie, les poèmes de Coleridge, les étendues sauvages du Yorkshire... Cette année, elle s’interroge sur la difficulté de se construire une identité propre dans une famille aux rapports intergénérationnelles complexes et difficiles, où seule la littérature et l’imagination permettent l’évasion.

 

Née en Algérie, elle a étudié la littérature anglaise à la Sorbonne et à Harvard. Auteur d’une thèse de doctorat sur l’humour noir anglais, elle a été nommée à son retour en France responsable des rencontres littéraires du British Council. Après avoir dirigé le domaine anglo-saxon chez Gallimard, elle collabore aujourd’hui au Monde des Livres et est membre du prix Femina.

Ses romans et essais, Une passion excentrique : Visites anglaises, Gens de la Tamise : Le roman anglais au XXe siècle, Le paysage et l’amour dans le roman anglais, font découvrir au lecteur les aspects multiples, changeants et éternels de l’Angleterre à travers le regard des peintres, écrivains, poètes et philosophes qui ont habité l’île.
Très attirée par l’Asie, où elle a fréquemment voyagé, elle a également publié Bali, Java, en rêvant, Promenades en terre bouddhiste de Birmanie et s’est intéressée à l’histoire de Gandhi (Gandhi, Gallimard, 2006).

En 2009, elle publie un bel essai, L’aventure du désert, qui prend la forme d’une double biographie méditative, centrée sur les figures de T.E. Lawrence, le soldat-héros et Charles de Foucauld, le saint. Deux prédateurs d’infini tentés par l’Orient et ses déserts, deux destins différents liés par ce même besoin "d’éprouver la mort en continuant de vivre", besoin d’excès, d’extrême, de vie incandescente.

Trois ans plus tard, Christine Jordis brosse dans Une vie pour l’impossible le portrait de son père, l’aventurier Henri de Foucaucourt, dont le credo était de "vivre à la hauteur de son exigence". Aventurier en Syrie, combattant en Italie, ermite parmi les Inuits, retiré dans une vie monacale au Sénégal : en s’appuyant sur ses lettres et ses archives personnelles, l’auteur retrace les mille vies de cet homme au destin extraordinaire.

Elle publie ensuite, en 2014, la biographie d’un autre personnage historique hors du commun : le poète et peintre anglais William Blake. Auteur de longs poèmes prophétiques, visionnaire au style halluciné, considéré comme fou par ses contemporains aux XVIIIe et XIXe siècles, il opposait au matérialisme naissant et à l’argent-roi la poésie et l’art, seules véritables sources de bonheur pour l’homme. Ses prises de position - anticléricales, antimonarchistes - lui valurent de mener une vie dans l’ombre, dans la pauvreté et la solitude. Selon Christine Jordis, l’auteur du Mariage du Ciel et de L’enfer a "tellement bien compris son temps qu’il a compris le nôtre".

Après un récit en forme d’enquête historique, Paysage d’hiver - Voyage en compagnie d’un sage (Albin Michel, 2016) sur le grand calligraphe coréen Chusa, ministre du roi, inspecteur royal, penseur et artiste, qui subit l’exil et la privation à la fin de sa vie, Christine Jordis revient en 2017 avec un de ses ouvrages les plus personnels : Automnes : Plus je vieillis, plus je me sens prête à vivre. De nos jours, la vieillesse ressemble à une malédiction ! La pire chose qui puisse nous arriver dans notre société, et à laquelle nul ne peut échapper … Christine Jordis nous invite ici à changer notre regard, à ne plus voir la vieillesse comme une course après la jeunesse qui s’enfuit, mais comme l’apprentissage d’une nouvelle aventure et la poursuite d’un voyage intérieur. En lisant, en rêvant, en apprenant – dans la compagnie des sages. Un essai poétique, qui se veut néanmoins combattif, pour apprendre à goûter aux joies de l’âge et à lâcher prise.

Tu n’as pas de cœur nous immerge dans la complexité des rapports familiaux. Le récit se concentre sur trois femmes (une grand-mère, sa fille et sa petite-fille) issues d’un milieu bourgeois. En menant une réflexion âpre sur les relations intergénérationnelles qui unissent ces trois personnages, Christine Jordis s’interroge finalement sur la difficulté de se construire, de se faire une place, dans une famille marquée par la souffrance. Frustrations, non-dits, exutoires, colère, haine et amour inconditionnel se mêlent pour laisser place à un véritable "champ de bataille" familial. Mais s’il est une chose qui permet à tout un chacun d’exister indépendamment des autres et de s’évader des difficultés quotidiennes, c’est la littérature, l’imagination, les mots qui nous saisissent au gré des pages pour nous transporter infiniment loin.


En savoir plus :


Bibliographie

 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

Tu n’as pas de cœur

Albin Michel - 2019

Dans Une vie pour l’impossible, Christine Jordis évoquait la haute stature paternelle. Dans Tu n’as pas de cœur... elle convoque trois figures féminines. La grand-mère, une beauté de son temps qui aimait l’amour et collectionna les amants. La mère, « gâtée, trop belle », héroïque, qui se méfiait des hommes.

Entre elles, le héros revenu des combats. Deux femmes se déclarant une guerre infernale, luttant chacune avec ses armes : désir amoureux inassouvi pour la première, sévérité implacable pour l’autre, sa fille.

Au cœur de ce champ de bataille, dominé par les pesantes valeurs bourgeoises de l’époque, qui suscitent la frustration et la haine, une petite fille tente de survivre, s’inventant indéfiniment, se créant ses propres paradis. En un mot, nous dit Christine Jordis : « un enfant peut renaître à l’endroit qu’il a choisi, grâce à l’imaginaire, aux livres et à la lecture. »

Tu n’as pas de cœur..., c’est l’histoire de trois femmes qui se firent longtemps souffrir et un témoignage sur une époque en voie de disparition.