DEVILLE Patrick

France

5 mars 2018.

Voyageur impénitent et styliste hors norme, Patrick Deville fait dialoguer ses pérégrinations contemporaines avec la grande Histoire dans des romans « d’invention sans fiction ». Il retrace principalement la vie des personnalités historiques qui le fascinent, tels que l’entomologiste Henri Mouhot ou encore Alexandre Yersin, disciple de Pasteur. En 2017, il signe Taba-Taba, road-trip à travers la France et les archives de sa famille, à la fois chronique familiale et fresque historique. « Le volume à la fois le plus personnel et le plus beau de l’entreprise devillienne. » (Le Monde).

 

Globe trotter, esprit cosmopolite et directeur littéraire de la Maison des écrivains étrangers et traducteurs (MEET), Patrick Deville continue son oeuvre qui est marquée par ses pérégrinations à travers le monde et l’histoire. Chacun de ces ouvrages exhale le parfum de grands espaces. Ce voyageur retrace principalement la vie des personnalités historiques qui le fascinent, comme s’il avait renoncé à créer lui même personnages et intrigues tant l’histoire coloniale et scientifique du XIXème siècle européen regorgeait de héros ambigus, de têtes brûlées, de rêves de grandeur et de destins tragiques. D’ailleurs, il précise qu’il écrit des « romans d’aventure sans fiction ».

Après avoir publié de nombreux livres entre 1987 et 2000, qu’il appelle aujourd’hui avec un peu d’ironie ses « cinq romans expérimentaux du XX° siècle » aux éditions de Minuit, l’écrivain part s’installer en 1993 à la Havane et entame un véritable changement de perspective en se nourrissant de nouvelles histoires et cultures. Cela représente un chantier de dix ans durant lequel il se plonge dans l’histoire du continent latino-américain, qu’il sillonne du Cône Sud à l’isthme de Panama tout en compilant avec avidité la presse des contrées qu’il traverse.

Naît ainsi la « méthode Deville » dont le premier produit paraît en 2004 : Pura Vida : Vie et mort de William Walker, un livre hybride mêlant le présent et le passé, les fragments d’archives et le journal de voyage. Cet ouvrage très documenté, « sans fiction » et pourtant puissamment romanesque, est inspiré par le destin hors-norme du mégalo William Walker, parti conquérir le Mexique au milieu du XIXème siècle, avant de s’autoproclamer Président du Nicaragua et de finir fusillé au Honduras en 1860. Après l’aventurier américain, Patrick Deville place chacun de ses livres suivants sous l’égide d’une figure de l’épopée coloniale européenne : Pierre Savorgnan de Brazza pour Equatoria, l’entomologiste Henri Mouhot, découvreur des temples d’Angkor dans Kampuchéa, et enfin, Alexandre Yersin, disciple de Pasteur ayant découvert le bacille de la peste à Hong Kong en 1894, héros de Peste et Choléra qui a valu à l’auteur le Prix Femina et le Prix Fnac 2012.

C’est sur les traces de Léon Trotsky et du poète-romancier anglais Malcom Lowry, qu’il se lance dans son roman Viva. L’auteur jette son dévolu sur ces deux "figures de l’échec" et compose en parallèle ces deux destins, a priori bien éloignés, parmi toutes les personnalités présentes au Mexique dans les années 30, que l’on croise au fil de la narration, dont André Breton et Artaud. Viva tente de reconstituer deux existences que tout sépare, mais que l’expérience commune d’une expatriation au Mexique réunit dans ces pages. Tous deux foncent vers une issue fatale, mais il y aura encore de nombreux voyages avant la fin de l’histoire. Par une écriture palpitante et bouillonnante, Patrick Deville mêle savamment l’ivresse de la littérature à l’euphorie de la révolution.

Il signe en 2017 Taba-Taba, un voyage sur les routes de France au fil des archives de sa famille. À la fois chronique familiale et fresque historique allant du Second Empire aux attentats du Bataclan, « Taba-Taba s’avère le volume à la fois le plus personnel et le plus beau de l’entreprise devillienne. » (Le Monde). L’écrivain-voyageur y parcourt les petits hôtels et les nationales tout en gardant l’esprit ouvert sur l’histoire du monde.


Bibliographie

 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

Taba-Taba

Seuil - 2017

Le roman commence à Mindin, en face de Saint-Nazaire, au début des années 1960, dans un lazaret devenu hôpital psychiatrique : un enfant boiteux, dont le père est administrateur du lieu, se lie d’amitié avec un des internés, un ancien de la marine qui, se balançant d’arrière en avant, répète sans cesse la même formule énigmatique : Taba-Taba. À partir de là, Patrick Deville déroule le long ruban de l’Histoire, en variant le microscope et le macroscope. Car la France, ce n’est pas seulement l’Hexagone : le narrateur se promène autour de la planète, pour rappeler l’épopée coloniale avec ses désastres mais aussi ses entreprises audacieuses (canal de Suez, de Panamá).
Cette grande fresque romanesque va de Napoléon III aux attentats qui ont ensanglanté récemment le pays, en passant par la Grande Guerre et ses tranchées, puis par le Front populaire, la Débâcle, l’Occupation, la Résistance, le Vercors, la Libération.


Revue de presse