Emmelie Prophète, "Le reste du temps" (Mémoire d’encrier)

5 octobre 2010.
 

spip_logo Vient de paraître au Canada aux éditions Mémoire d’encrier, le nouveau roman de l’haïtienne Emmelie Prophète, qui était parmi nous à Saint-Malo cette année. Tout à tour chronique, documentaire, fiction, Le reste du temps met en scène une jeune femme qui se cherche sous l’ombrageuse épaisseur d’une ville délabrée. Journaliste à Radio-Haïti, la narratrice apprend la mort de son mentor Jean Dominique, porte-parole tonitruant, qui a l’art de se faire autant d’amis que d’ennemis. Le gardien de la radio, Jean-Claude, a aussi perdu la vie.
Ce double assassinat est le point de départ de ce roman – l’histoire d’une catastrophe annoncée, le règne de l’impunité et de la violence, exacerbée par l’exclusion et la misère.

La perte de Jean était de ces douleurs qui n’admettent pas la solitude. Son assas- sinat concernait des millions de personnes. Il fallait permettre à ces anonymes qui l’écoutaient tous les matins de prendre part à ses funérailles, comme mon vieil ami Jean-Baptiste, que j’appelais le vieux libraire, qui vendait des livres d’occasion au centre-ville, près de la Banque Nationale, et comme ceux qui venaient vers lui pour lui demander d’être leur voix. C’était légitime.

Si la romancière évite la tentation biographique, le portrait de Jean Dominique oscille entre l’admiration et le détachement. On écoute et regarde vivre, dans ce roman, un homme de parole. Un passionné de la radio. Un militant astucieux qui sait interpeller le pouvoir et qui refuse les compromis. Il n’a pas la langue dans sa poche. Ses exigences, ses contradictions et ses flamboyantes réparties sont des armes redoutables.
Qu’est-ce qui a pu les rassembler, Jean et la narratrice, en dehors de la radio ? Tout les sépare en effet, sauf l’art. Dans le couloir de la radio, entre deux émissions ou deux rendez-vous, leurs yeux se croisent et, ensemble, ils récitent des vers de Hugo, évoquent la prose de Proust ou murmurent un air de Callas. Autour de ces deux trajectoires, la vie se construit. Quelques silhouettes attachantes, tel ce vieux bouquiniste, qui, tout en sachant à peine lire, est conscient de son noble métier de passeur.

 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

Le bout du monde est une fenêtre

Mémoire d’Encrier - 2015

Quelle est la distance entre soi et l’horizon, les êtres et les désirs ? Derrière la fenêtre d’une maison penchée, Rose engage avec Samuel un dialogue sans mots, fait d’interdits, de secrets et de folies. Les solitudes résonnent – échos et silences peuplent la ville de cris étouffés, de destins avortés.

Les voix se relaient dans un théâtre d’ombres au cœur de ce Port-au-Prince fissuré. Reste le bleu de la mer et des rêves d’amour pour faire croire que le bout du monde est une fenêtre.

Tout le monde a une fenêtre. Comment ferait-on pour vivre sans fenêtre ? Ces ouvertures par où les rêves et les échappées sont possibles. Ces espaces avec vue sur le ciel, sur la mer, sur la ville et sur le mouvement des rues. Une fenêtre permet de voir ses limites, les choses qu’on ne peut pas toucher, celles auxquelles on n’a pas accès. Il ne suffit pas d’approcher sa main pour toucher à l’essentiel de la vie. Quand on regarde d’une fenêtre, on le sait.