SARR Felwine

Sénégal

2 avril 2019.

Agrégé d’économie, co-fondateur avec Boubacar Boris Diop de Jimsaan, la première maison d’édition de Saint-Louis, Felwine Sarr n’écrit pas à la légère : il fait de la littérature une nécessité vitale, œuvre de lumière et de liberté. Après un essai remarquable, Afrotopia, hommage à l’Afrique nouvelle et célébration optimiste de la pensée universelle, il créé à Dakar aux côtés d’Achille M’Bembé les Ateliers de la pensée, dont les actes Écrire l’Afrique-Monde sont publiés en 2018. Aujourd’hui, dans le cadre du projet de restitution du patrimoine africain à l’Afrique et sous la demande du Président Emmanuel Macron, il nous livre un inventaire des collections africaines conservées dans les musées publics français. Ce rapport permet de prendre conscience de l’ampleur des spoliations dont l’Afrique a été victime au cours de l’Histoire et évoque les multiples défis liés à la réappropriation du patrimoine africain.

 

Né en 1972 à Niodior au Sénégal, il a été enseignant-chercheur à l’Université d’Orléans avant de revenir en 2007 au Sénégal, où il dirige aujourd’hui la faculté d’économie et de gestion de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis. En février 2012, il est parmi les leaders du mouvement "Devoir de Résistance", un rassemblement d’universitaires opposés au coup d’État constitutionnel que constituait la candidature du Président sortant Abdoulaye Wade à sa propre réélection. Désireux de faire bouger les lignes au Sénégal, il est également le co-fondateur, avec Boubacar Boris Diop, de la première maison d’édition de Saint-Louis : Jimsaan.

Également musicien et guitariste, ce brillant touche-à-tout évite les poses, les postures, et les faux-semblants. Contre le bavardage, Felwine Sarr s’emploie à « plonger sa plume au plus profond de soi » cherchant à toucher à l’essentiel de l’expérience humaine.

En 2009, c’est en appelant au Jihad que Felwine Sarr entre en littérature... Non pas à la guerre sainte mais au véritable Jihad, "effort intense" selon le sens premier mais moins connu du Coran, qui est d’abord une guerre contre soi-même, contre sa propre part d’ombre. Son premier texte, Dahij n’est pas un essai, une autobiographie, un roman ou un poème mais tout ça à la fois. C’est “une guerre intérieure. Un jihad pour sortir de soi-même, de ma race, de mon sexe, de ma religion, de mes déterminations.” Avec Dahij, il partage son cheminement intellectuel en rendant hommage à ses écrivains fétiches : « voilà les phares qui ont éclairé mes nuits, voici ceux qui, par une opération de transmigration derrière la paroi d’un texte, m’ont transmis force et lumière. Je me suis incorporé leurs mots, et ils sont devenus de la vie en moi ».

Il reprend en 2012 le jihad intérieur dans ses Méditations africaines, recueil d’aphorismes lumineux préfacé par le grand philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne.

En mars 2016, l’auteur nous offre un nouvel ouvrage, Afrotopia, essai résolument optimiste et ode à l’Afrique. Une réelle contribution à la pensée universelle qui donne les pistes d’une Afrique nouvelle et autonome, riche de son histoire et prête à assumer et porter son avenir, face au monde. La même année, il organise avec Achille M’Bembé la toute première édition des Ateliers de la pensée, à Dakar et Saint-Louis, réunion d’artistes, universitaires, intellectuels d’Afrique et de la diaspora. Des rencontres pour réfléchir à la fois à la place de l’Afrique, aux réponses qu’elle peut apporter aux défis contemporains en ces temps d’ouverture et d’enfermement, mais aussi aux formes de la création et la pensée Afro-diasporique. Les actes de ces Ateliers, dont la 2e édition a eu lieu en octobre 2017, ont été publiés dans un ouvrage collectif, Écrire l’Afrique-Monde.

Dans la juste lignée d’Afrotopia, il signe l’essai Habiter le monde. Il y fait le constat des défis auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés : une triple crise, à la fois écologique, économique et politique ; et nous invite surtout à l’action, en proposant de nouvelles façons d’habiter le monde, dans le respect des autres et de notre environnement. Un essai de politique relationnelle dont il met la pensée en pratique dans le recueil Ishidenshin, de mon âme à ton âme, magnifique invitation à habiter le monde ensemble, par-delà les différences culturelles, géographiques ou temporelles. Il participe également au recueil Osons la Fraternité, coordonné par Michel Le Bris et Patrick Chamoiseau en soutien au GISTI (Groupe d’Information et de Soutien aux Immigrés).

En novembre 2017, à Ouagadougou, le Président Emmanuel Macron a déclaré souhaiter que « d’ici cinq ans les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique ». Il a ensuite commandé à Felwine Sarr et Bénédicte Savoy un "Rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain", qui lui a été remis le 23 novembre 2018. C’est ce même rapport que nous livre aujourd’hui l’universitaire aux éditions Philippe Rey. Avec l’historienne de l’art Bénédicte Savoy, il dresse un inventaire des collections africaines conservées dans les musées publics français. Ce projet de restitution concerne également les documents photographiques, cinématographiques et sonores, et prend en compte les enjeux de la numérisation. Cet ouvrage permet de prendre conscience de l’ampleur des spoliations dont l’Afrique a été victime au cours de l’Histoire et évoque les multiples défis liés à la réappropriation du patrimoine africain.


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Bibliographie

Discographie :

 

DERNIER OUVRAGE

 
Autres

Restituer le patrimoine africain

Philippe Rey - 2018

Les guerres ont toujours entraîné des spoliations d’objets et de trésors au détriment des pays vaincus. La France quant à elle a été particulièrement active au cours de ses conquêtes coloniales au xixe siècle. Dès cette époque, de prestigieuses voix s’élèvent en Europe pour condamner ce que la prétendue " civilisation " inflige à la " barbarie ". Victor Hugo " espère qu’un jour viendra où la France, délivrée et nettoyée " renverra ses butins.

On compte actuellement dans les collections publiques françaises au moins 88 000 objets provenant de l’Afrique subsaharienne. Malgré de nombreuses réclamations de pays africains depuis les indépendances, l’État français n’a pas jugé bon d’évoluer sur cette question, arguant de l’inaliénabilité du patrimoine national. Jusqu’au discours du 28 novembre 2017 du président Emmanuel Macron à Ouagadougou, qui annonça la mise en œuvre dans un délai de cinq ans de " restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique ". Il confia alors à Felwine Sarr et Bénédicte Savoy la mission de consulter les spécialistes en Afrique et en France, et de mener une large réflexion sur ce sujet. Le fruit de cette mission est le présent ouvrage, qui reprend le contenu du rapport remis le 23 novembre 2018 au président de la République.

Il raconte les spoliations à travers l’histoire mondiale, évalue la part de la France, dresse un premier inventaire des œuvres spoliées, fait le récit des tentatives des pays africains pour se réapproprier leur patrimoine, analyse les questions juridiques qui se posent, et énonce un certain nombre de recommandations pratiques pour la mise en œuvre des restitutions, un des chantiers les plus audacieux de ce XXIe siècle.
Un ouvrage passionnant, qui fera date. Car le mouvement de restitution du patrimoine vise non seulement à redonner accès aux Africains à leurs œuvres, mais aussi à fonder une nouvelle ère dans les relations entre l’Afrique et la France, à écrire une nouvelle page d’histoire partagée et pacifiée.