CHAMOISEAU Patrick

France

14 février 2018.

Principalement connu pour son travail sur la langue créole, Patrick Chamoiseau est l’un des écrivains majeurs de la Caraïbe. Lorsqu’il co-signe en 1989 un Éloge de la créolité, c’est un véritable coup de tonnerre qui s’abat sur les Antilles. Avec Texaco, formidable fresque épique, brassant souffrances et espérances de trois générations de Matiniquais, il obtient le Prix Goncourt 1992. Frères Migrants, en 2017, à la fois essai poétique et umanifeste, rend compte de l’urgence d’un monde où la décence et l’humanité se font rare. Il coordonne cette année avec M. Le Bris un recueil dans lequels une trentaine d’auteurs, dont JMG Le Clézio, Claudio Magris ou Mathias Enard, prennent la plume et s’engagent pour un accueil humain des migrants, relégués aux marges de nos sociétés occidentales.

 

Principalement connu pour son travail sur la langue créole à laquelle il rend hommage en saluant son inventivité inépuisable, Patrick Chamoiseau est l’un des écrivains majeurs de la Caraïbe.
Lorsqu’il signe en 1989 avec Jean Bernabé et Raphaël Confiant, deux autres grands noms de la littérature caribéenne, un Éloge de la créolité, c’est un véritable coup de tonnerre qui s’abat sur les Antilles. Mettant à mal de nombreux stéréotypes, ce livre s’inspire des théories de la négritude développée par Sédar Sanghor et Aimé Césaire tout en allant plus loin en revendiquant une identité antillaise. Il a depuis signé plusieurs autres essais et notamment Lettres créoles, un essai sur la littérature antillaise, pour lequel il a retrouvé Raphaël Confiant et a publié avec Édouard Glissant, L’Intraitable beauté du monde (2009).

Né en 1953 à Fort de France, Patrick Chamoiseau s’imprègne dès l’adolescence des lectures caribéennes. Après des études de droit et d’économie en métropole, il devient travailleur social, d’abord dans l’hexagone puis en Martinique. Intéressé par l’ethnographie et les travaux d’Edouard Glissant, il se penche sur les formes culturelles disparaissantes de son île natale mais aussi sur le dynamisme de sa première langue - le créole - qu’il a dû abandonner dès l’école primaire.

En 1986, il publie son premier roman, Chronique des sept misères qui remporte le prix Kléber Haedens ainsi que celui de l’île Maurice. Trois ans plus tard paraît Solibo Le magnifique, dans lequel il s’intéresse à la recherche d’une identité martiniquaise à travers les pratiques culturelles du passé. En 1992, c’est la consécration et la reconnaissance du monde littéraire. Il obtient le prix Goncourt pour son roman Texaco - futur succès mondial -, brassant souffrances et espérances de trois générations de Martiniquais, sous l’esclavage, pendant la première migration vers l’Enville et aujourd’hui. Considéré comme l’inventeur d’un nouveau style linguistique, il emploie un langage accessible aux lecteurs de la métropole qui contient cependant des éléments propres à la culture créole. Maintes fois récompensé, cet écrivain engagé, qui travaille aussi pour la (re)connaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité, s’est essayé à tous les genres, de l’essai au théâtre en passant par le roman, le scénario de film ou la littérature jeunesse. Il a ainsi signé les scripts de Passage du milieu et de Biguine réalisés par Guy Deslaurier et a publié un nouveau roman, L’empreinte à Crusoé. Il revient dans cet ouvrage sur l’histoire du plus célèbre des naufragés, grande figure de l’impérialisme : après vingt ans de domination sur son île, Robinson arpente ses terres comme un maître passe en revue son domaine, jusqu’à ce que le fantôme de ses premières années resurgisse. Patrick Chamoiseau continue ici son combat pour la mémoire de l’esclavage, en s’attaquant à l’une des plus grandes figures littéraires du XVIIIe siècle, âge d’or de la traite négrière.

En 2013 il signe Césaire, Perse, Glissant. Les liaisons magnétiques (Philippe Rey), un essai dans lequel il rassemble trois des plus grands poètes de tous les siècles, tous les trois nés dans les Antilles, trois génies que le théoricien définit ainsi :"L’homme de l’Afrique et de la Négritude. L’homme de l’universel conquérant, orgueilleux et hautain. L’homme des chaos imprévisibles du Tout-Monde." L’ouvrage est l’occasion pour Patrick Chamoiseau d’établir des relations entre ces maîtres de langue en reliant la personne, le style et la pensée de ces écrivains en apparence si différents.

17 ans après le décès de sa mère, Patrick Chamoiseau sort un livre entre roman autobiographique et essai philosophique sur l’expérience universelle du deuil d’un être cher. La matière de l’absence invoque la mémoire de Nénette Man dans un dialogue du narrateur avec La Baronne, la sœur de l’écrivain et ce que son absence a provoqué en eux. Dans une démarche presque anthropologiue, Patrick Chamoiseau revient sur l’histoire et la culture des Antilles, à travers des traditions et des rituels et nous fait revivre une blessure originelle, la première fois qu’un Homo Sapiens a fait l’expérience de la mort d’un de ses proches.

En mai 2017, il publie Frères Migrants, un essai poétique et manifeste qui rend compte de l’urgence d’un monde où la décence et l’humanité se font rare. Il y prend la défense des migrants, qui, fuyant leurs pays en guerre, sont maltraités par nos sociétés occidentales qui les relèguent à la marge. Suite à cet essai, il coordonne en 2018 un recueil, Osons la Fraternité, en compagnie de Michel Le Bris, dans lequel une trentaine d’auteurs prennent la plume et s’engagent pour un accueil humain des migrants.


Bibliographie :

Essais

Conte philosophique

Littérature jeunesse

Théâtre

Autres

 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

La Matière de l’absence

Seuil - 2016

"Quand nous nous retrouvâmes autour des restes de Man Ninotte - ses deux filles, trois garçons - et qu’il nous fallut confronter l’immobilité plénière, l’impassibilité absente et minérale, le silence sans commencement ni fin, comme lors de cette même ronde autour du cercueil que l’on devait sceller, nousdûmes être persuadés qu’une bonne partie du monde s’était comme amoindri, que les horizons s’étaient soudain déformés, laissant des irruptions de vides et des dévastations de nature invisible. Une bonne part de nous avait basculé hors de l’espace et hors du temps."

À partir de la mort de sa mère, l’écrivain visite l’histoire encore méconnue des Antilles, leurs genèses, leurs rituels, leurs modes de vie, remontant aux origines de l’humanité, retraçant l’étonnante créativité d’un peuple qui a inauguré ses mythes et ses combats dans le ventre du bateau négrier. Dialoguant avec sa sœur, dite "la Baronne", il évoque, avec tendresse, humour et profondeur, la poétique de tout un monde qui dépasse le cercle familial et qui nous initie à un bel art de vivre.


Revue de presse