HADDAD Hubert

France

2 avril 2019.

Romancier et essayiste, Hubert Haddad s’est donné pour mission de « redonner une place en littérature à l’imaginaire et à ses pouvoirs infinis ». Auteur d’une œuvre considérable, il nous implique magnifiquement dans son engagement d’intellectuel et d’artiste, avec des titres comme Palestine (Prix Renaudot Poche, Prix des cinq continents de la Francophonie), les deux volumes foisonnants du Nouveau Magasin d’écriture, ou le très remarqué Peintre d’éventail (Prix Louis Guilloux, Grand Prix SGDL de littérature pour l’ensemble de l’œuvre). Par ailleurs poète, dramaturge et essayiste, il revisite souvent l’actualité dans un style élégant et poétique. Après Casting sauvage, son dernier roman, où, dans un texte magistral, il scrute un Paris post-13 novembre 2015 en compagnie de personnages en perdition, il nous présente cette année le 4e opus d’Apulée, revue annuelle de littérature créée avec ses compères Yahia Belaskri et Jean-Marie Blas de Roblès, consacrée cette année à la traduction et ses enjeux cruciaux, esthétiques, politiques et littéraires.

 

L’univers mouvant d’Hubert Haddad gravite de longue date autour d’une idée fixe : « redonner une place en littérature à l’imaginaire et à ses pouvoirs infinis ». À l’instar de Georges-Olivier Chateaureynaud ou Marc Petit, Hubert Haddad a été identifié dans les années 1990 comme l’un des représentants de la "Nouvelle Fiction française". Pour cet écrivain prolifique, « l’écriture doit être une invention permanente, par déclinaison, mutation, coup de poker. »

À 20 ans, l’homme publie son premier recueil Le Charnier déductif (1967) et lance au même âge une revue, Le Point d’être, aux marges de la mouvance surréaliste. Ce fils d’immigré, né à Tunis en 1947, vient « d’un milieu acculturé, indigent, dans l’exil et l’absence, avec en héritage la tentation du suicide ». Pour lui, « La poésie a vite pris toute la place, violente, exclusive, multiple dans ses investigations tant verbales que plastiques. » Le poète Haddad mue rapidement en polygraphe se frottant à tous les genres (théâtre, essais, romans…) ainsi qu’à la peinture et à l’illustration.

Parmi les nombreux titres de son imposante bibliographie, on peut signaler le roman Palestine (Prix Renaudot Poche 2009) : une fiction poétique ancrée au cœur du conflit israélo-palestinien. L’auteur (lui-même juif arabe) y met en scène un soldat israélien frappé d’amnésie après sa capture par des Palestiniens et interroge la notion d’identité.

Dans la veine de Palestine, Hubert Haddad s’empare à nouveau avec Opium Poppy d’un sujet d’"actualité" : l’histoire d’un enfant afghan, pris dans la tourmente de la guerre puis contraint à l’exil et à la débrouille dans les marges de Paris. Loin du ressassement journalistique, l’écriture élégante et poétique d’Opium Poppy donne au récit de cette errance de Kaboul à Paris une portée universelle.

En 2013, il offre avec Le Peintre d’éventail un livre à part, hymne à la civilisation nippone, baigné de spiritualité, époustouflant de maîtrise et de grâce qui a su séduire les membres du jury du Prix Ouest-France Étonnants Voyageurs 2013. Pour prolonger l’expérience, l’auteur publie en parallèle un recueil de poèmes, Les Haïkus du Peintre d’éventail.

Avec Corps désirable (2015), il nous bouleverse et nous emporte. Face aux questions éthiques et existentielles soulevées par une actualité brûlante, entre extravagances de la science et quête d’identité, Hubert Haddad pousse la fiction-vérité dans ses ultimes retranchements. Et c’est sans doute la marque de son œuvre que de recourir aux pouvoirs de l’imaginaire pour saisir sur le vif la complexité et les ambiguïtés d’une époque.

, publié en même temps que Corps désirable, il nous transporte de nouveau sur les sentiers du Bout-du-Monde, au Japon. L’écriture y est comme la palpitation miraculeuse de la vie, au milieu des montagnes et des forêts, comme un chemin à travers le chant des saisons...

En 2016, il est l’initiateur et le chef d’orchestre de la revue annuelle Apulée, véritable recueil de littérature et de réflexion, publié chez Zulma. Une collaboration fructueuse entre de nombreux écrivains et artistes aux horizons divers, avec notamment Jean-Marie Blas de Roblès et Yahia Belaskri. Le premier tome est consacré au « Galaxies identitaires », le second s’intitule De l’imaginaire et des pouvoirs et le troisième numéro « La guerre et la paix ».

Avec Casting sauvage en 2018, Hubert Haddad fait arpenter un Paris post-13 novembre 2015 à ses personnages en perdition. Un roman de rencontres, entre Damya, ex-ballerine recrutée pour un casting en vue d’une adaptation de La Douleur de Duras, et les personnes qu’elle aborde au gré des rues. Casting sauvage est aussi un merveilleux portrait de Paris, dans toutes ses facettes, ses drames, ses moments de grâce et sa diversité. Une œuvre intense, lumineuse et grave, sélectionnée pour le Prix Ouest-France Étonnants Voyageurs 2018.

Au printemps 2019, la revue Apulée poursuit sa double investigation : face aux bouleversements de l’actuel et dans l’espace inaliénable de la création toujours en devenir. Dans cette 4e livraison, c’est le tissage et le métissage des langues – avec au cœur la traduction à l’origine des grands humanismes tant méditerranéens qu’occidentaux – qui sont à l’honneur.


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Apulée #4 - Traduire le monde

Zulma Éditions - 2019

On accède majoritairement aux cultures du monde par la traduction. Plus une langue s’emploie à traduire, plus s’éploient ses capacité inventives. Les grandes heures d’une culture correspondent aux apports décisifs des langues autres, étrangères, toujours plus ou moins apparentées, ne serait-ce que par la vigoureuse, multiforme analogie des espaces symboliques.
« Quand une langue n’emprunte plus à une autre, elle se fige », disait justement Alain Rey. Et plus encore peut-être quand elle ne voyage pas dans une, dans plusieurs autres.
Ainsi visitera-t-on les langues enfouies, archéologiques, et leurs trésors, les langues vernaculaires, les langues vivantes sino-tibétaines, sémitiques ou subafricaines. Ce numéro sera illustré de multiples graphies avec un soin particulier dans la mise en page. Les systèmes d’écriture alphabétiques y côtoieront les formes logographiques et syllabiques.
Il s’agit plus que jamais de relancer et d’exalter l’aventure existentielle dans ses grandes largeurs, à commencer par ces lointains qui nous rassemblent, fidèles à l’appel constant des autres rives et des antipodes, à savoir cette idée toujours neuve de la liberté, dans l’interdépendance et l’intrication vitale des cultures.
La traduction sera donc à l’honneur. Langue source, langue cible : c’est ainsi que les époques et cultures s’enlacent et se répondent, se tissent et se métissent.