GARAT Anne-Marie

France

19 mars 2019.

Lauréate saluée par le Femina 1992 pour Aden, elle signe une œuvre littéraire de tout premier plan, constituée de romans, de nouvelles, de chroniques, d’essais, d’articles, d’entretiens… Femme de terrain, convaincue que l’imaginaire est une richesse sans pareil, et sa transmission une question politique, elle milite pour la lecture publique. En 2010, paraît Pense à demain, dernier tome d’une formidable trilogie, fresque historique embrassant tout le XXe siècle, constituée de Dans la main du diable et L’enfant des ténèbres. Pour son 25e roman, placé sous le signe de Melville, Twain et London, l’autrice nous embarque dans l’imaginaire épique et tragique des grandes régions nord-américaines, à la rencontre à la rencontre des peuples amérindiens et d’innombrables secrets de famille, au rythme soutenu de sa langue incandescente.

 

Anne-Marie Garat a longtemps écrit dans sa cuisine, qui constitue à ses yeux un petit laboratoire existentiel. C’est là qu’elle a mijoté les ingrédients d’une œuvre foisonnante. Elle revendique la fiction comme représentation vraie mais aussi comme art de l’inquiétude, propre à la connaissance de soi et du monde. Son style emprunte autant au registre de la poésie que du réalisme et elle aime à emprunter les mots de Conrad dans Lord Jim pour définir son écriture : "de toute évidence ce devait être quelque chose de très simple - la chose la plus simple et la plus impossible du monde ; comme le serait par exemple la description de la forme exacte d’un nuage."

Née en 1946 à Bordeaux, dans un quartier ouvrier, Anne-Marie Garat est marquée par l’héritage de la mémoire familiale que traversent les deux Guerres mondiales. Dans ses romans pérégrinent les figures de l’absence et du crime et les fantômes du passé. Ainsi, dans L’Insomniaque, le personnage, qui fait l’inventaire de son passé dans une quête sans sommeil, assiste à l’éclatement de son existence. Le personnage éponyme d’Aden, lui, entreprend un difficile voyage en lui-même longtemps différé pour forcer les verrous de sa mémoire. Dans Les Mal famés, deux âmes esseulées se réchauffent l’une l’autre devant l’âtre du souvenir des amours perdues, dans une maison abandonnée dont les murs renvoient l’écho de leur solitude.

En 2006, sort le premier tome d’une trilogie, fresque magistrale qui embrasse tout le XXe siècle : Dans la main du diableraconte l’éclatante réussite d’une famille de biscuitiers à la veille de la Guerre de 1914 ; tandis que le tome 2, L’Enfant des Ténèbres, évoque les années 1930 et la montée des dictatures totalitaires. Enfin, en 2010, le dernier tome Pense à demain débute avec les dessous obscurs des glorieuses années 60 - collabos non poursuivis, guerre d’Algérie mal cicatrisée, et s’achève en 2010, où le destin des personnages dessinent le portrait tragique du siècle.
"Trois tomes qui se tiennent organiquement et dont le dernier est le roman du roman" selon l’auteur. Il y a derrière ce travail au long cours un énorme travail de documentation allié à une richesse de l’intrigue et à l’invention de personnages complexes.
La question du mal traverse toute sa trilogie qu’elle regrette de n’avoir pas dès le départ regroupée sous le titre "Les ogres et les orphelins" dont elle souhaite explorer toutes les ambiguïtés : "Les ogres", rappelle-t-elle, "ont la complexité d’êtres humains et des côtés séduisants. Et les orphelins sont souvent très dangereux : ayant tout perdu, ils n’ont plus rien à perdre".

Le Grand Nord-Ouest nous emmène dans les paysages blancs du Yukon, au milieu des chercheurs d’or. Ce roman naît de sa volonté de briser les codes d’un genre viril et bien souvent associé à la gent masculine, pour en faire un genre nouveau, et appréhender ce qu’elle nomme un« western féminin ». Jessie, six ans, suit sa mère en exil, de la Californie jusqu’au Grand Nord-Ouest. Avec elle, nous plongeons corps et âme dans la wilderness Yukon et de l’Alaska des années 1930, à la rencontre des peuples amérindiens et d’innombrables secrets de famille !


Bibliographie sélective

 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

Le Grand Nord-Ouest

Actes Sud - 2018

Fin des années 1930. Lorna del Rio quitte précipitamment les beaux quartiers d’Hollywood avec la petite Jessie et fonce vers le Grand Nord-Ouest du Yukon et de l’Alaska, sur les routes, par mer et jusque sur les anciennes pistes indiennes. Son périple croise les légendes de l’épopée de l’or et des trappeurs d’antan, avec pour seul guide une mystérieuse carte folle et ses munitions de première nécessité : son étole de vi­son, sa trousse à maquillage, son colt, une fortune volée dans le coffre d’Oswald Campbell, feu l’obèse papa de Jessie ; et surtout une sacoche pleine de vilains secrets. D’où vient-elle, que fuit-elle ? Que cherche l’intrépide pin-up, qui change de nom à tout bout de champ et ment comme elle respire ?
L’histoire de cette cavale, c’est Jessie qui, quinze ans plus tard, un soir d’avril 1954, la raconte à Bud Cooper, dans la banlieue d’Anchorage. Car qui d’autre que Bud tendrait l’oreille pour comprendre ce qu’a vécu Jessie, l’année de ses six ans, protégée par Kaska, l’Indienne gwich’in, puis réfu­giée dans une autre tribu, et enfin exfiltrée par l’homme que le FBI a payé pour “délivrer” la fillette ?
Roman de la mémoire et des dernières frontières, des lé­gendes et des mythes amérindiens, Le Grand Nord-Ouest in­vite également en filigrane entre ses pages, où plane l’ombre de Jack London, toute une galaxie de figures de fiction où l’Alice de Lewis Carroll rencontrerait le Petit Chaperon Rouge, Peau d’Âne ou Ali Baba, mais aussi le Kid de Chaplin et Citizen Kane. Avec ce magistral nouveau roman, Anne-Marie Garat convie une fois de plus le lecteur à un éblouissant voyage.