PIGNON-ERNEST Ernest

France

6 janvier 2012.
 

Biographie

Il découvre Picasso dans Paris-Match alors qu’il est adolescent et décide que derrière ce "phénomène, cet extra-terrestre", on ne peut plus peindre dans les cadres de la peinture classique. Ernest Pignon-Ernest choisira donc une autre forme d’expression artistique.

Travaillant la ville comme un matériau plastique et symbolique, considéré comme un précurseur du street art en France avec Daniel Buren et Gerard Zlotykamien, il crée des œuvres en apposant ses images sur les murs. Ephémères par nature, leurs traces nous sont offertes, dans les rues tout d’abord, puis dans les musées, les galeries et dans des livres où l’on peut découvrir les dessins préparatoires faits à l’atelier ainsi que des photographies des rues métamorphosées par ses interventions.

Ernest Pignon-Ernest débute en travaillant à Nice pour un architecte pour lequel il réalise des plans de villas. L’argent qu’il gagne avec ce contrat ne lui permet pas de s’installer à Nice. Il part donc vivre dans le Vaucluse, à quelques kilomètres du plateau d’Albion où peu de temps après, on implante la force de frappe atomique. Un beau sujet pour celui qui refuse de "peindre des pommes". La puissance de mort enfouie sous les champs de lavande l’inspire mais il ne voit pas comment un tel thème pourrait être représenté dans un tableau. Il comprend que ce sont les lieux eux-mêmes qui sont porteurs d’un potentiel symbolique. Il réalise donc des silhouettes noires, avec des pochoirs découpés dans des photos et en recouvre les lieux où sont enfouis les missiles. On trouve là l’inspiration qui l’anime encore aujourd’hui : des représentations à l’échelle 1 d’humains qui font sens grâce à la place qu’il leur donne dans des lieux choisis. Néanmoins, il troque très vite le pochoir contre le papier collé pour la minutie et le sens du détail qu’il permet. Il dessine au fusain, à la pierre noire, colle ensuite dans les rues ses dessins originaux ou en réalise parfois des sérigraphies. Il revendique le caractère éphémère de ces oeuvres fragiles qui s’effacent tout comme l’artiste qui ne les signe jamais.

Rapidement, il expose ses premières interventions, comme en 1979 au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, et dans d’autres musées prestigieux (Musée Picasso d’Antibes, palais des Beaux-Arts de Pékin, musée Ingres, etc.), tout en continuant de créer en pleine rue en collant des photographies ou des dessins dans des endroits bien précis, glissant ça et là "un bout de fiction dans le réel". La fiction passe par l’utilisation du noir et blanc, le réel par la représentation grandeur-nature. Son travail n’est jamais pensé dans un cadre, mais dans le mouvement de la ville et la rue est un élément de sa palette, dont il creuse le potentiel poétique, dramatique et suggestif.

Il choisit une ville, par hasard, par défi ou par nécessité et s’en imprègne. Il s’immerge ensuite dans les livres, les récits, les romans qui parlent de l’histoire et des légendes qui s’y rattachent. Naples par exemple, lui a offert ses matériaux denses, sa lumière brutale, son architecture baroque et son riche passé.
Après Naples, Ernest Pignon-Ernest continue de saisir les ombres et les silhouettes fugitives urbaines, entrevues la nuit dans des cabines téléphoniques : "ce sont des lieux où se reflètent la ville ; des espaces qui offrent un condensé d’images urbaines". Il travaille à nouveau sur le social et le politique à travers différents thèmes : Alger et Maurice Audin, la Commune, les expulsions, l’avortement, l’apartheid, le sida à Soweto, des collages à Ramallah, Naplouse, Béthléem, Jérusalem.

Avec différentes séries consacrées aux poètes, et notamment à Rimbaud, mais aussi Maïakovski, Genet, Bocace ou Antonin Artaud, l’artiste fait se rencontrer l’art graphique et le souffle commun de la création et de l’imagination.
Après de grandes rétrospectives comme celle qui lui est consacrée notamment au Palais d’Evian en 2007, il poursuit son travail d’installation avec en 2010-2011 Extases, à Saint-Denis, qui rend hommage à sept grandes mystiques chrétiennes, Marie-Madeleine, Hildegarde de Bingen, Angèle de Foligno, Catherine de Sienne, Thérèse d’Avila, Marie de l’Incarnation, Madame Guyon. Il conçoit une installation novatrice pour exprimer la matérialité et la sensualité de ces corps de femmes ayant aspiré à la désincarnation. Il n’expose plus son travail dans la rue mais dans la chapelle carmélite de Saint- Denis, révélant par ses images les qualités plastiques et symboliques du lieu, "comme si ces images étaient nées de cette architecture et de son histoire".

Face aux murs publié en 2010, rassemble les nombreux collages que l’artiste fait surgir, au sein des villes où vivent les hommes, des figures troublantes qui leur ressemblent dans leur altérité, pour les interroger sur des questions modernes, comme celles du rapport à leur espace, mais surtout de leur place face à leur mémoire. Ils sont accompagnés de textes de multiples auteurs, Christian Bobin, Laurent Gaudé, Anne-Marie Garat, Olivier Py, Yves Simon, Michel Vinaver, Mahmoud Darwich et tant d’autres.


Le site officiel d’Ernest Pignon-Ernest


Bibliographie :

Livres, catalogues, presses

Expositions personnelles

Interventions-Images

Expositions collectives

dessins pour la presse parmi lesquels :


Présentation de Face aux murs

Il y a des artistes qui travaillent dans le calme de leur atelier, qui ne sortent de leur tour d’ivoire que pour une exposition qui leur est consacrée. Et puis il y en a d’autres, dont l’oeuvre concerne un public aussi vaste que possible. Pour le joindre, ce public, aussi varié qu’il soit d’âge et de culture, ils n’hésitent pas à aller vers lui, à parler sa langue, à le frapper dans ce qu’il a de plus vif, de plus spécifique. Ernest Pignon-Ernest est de ceux-là. Il en est même l’archétype, car il pousse la démarche à son point extrême. Il va chez l’homme à qui il a décidé de parler. Il va chez lui. Dans sa rue. Et le dessin qu’il a préparé dans son atelier et qui porte son message, il le colle lui-même sur le mur de la maison qu’il a choisie. Le message est ainsi exposé. A tous les vents, à tous les passants. Il est concentré en un lieu qui se multiplie dans la ville. C’est ce qu’un homme, Ernest Pignon-Ernest, dit aux autres hommes. Et qu’il s’agisse d’une rue où jouent les enfants, à Naples ou à Ramallah, d’un marché aux légumesou d’un escalier qui mène à un monument, il est vu, accepté, compris. Ernest Pignon-Ernest sait ce qu’il veut dire. Et il le dit avec une force qui n’a pas d’équivalent dans la peinture contemporaine. Avec une concision et une qualité de trait digne de la haute époque.

Textes de : Henri Alleg - François Barré - Florence Beaugé - Christian Bobin - Philippe Bordas - Alain Borer - Edmonde Charles-Roux - François Chaslin - Hélène Cixous - Jérôme Clément - Philippe Collin - Jean-Louis Comolli - Elisabeth Couturier - Henri Cueco - Mahmoud Darwich - Régis Debray - Pierre-Marc de Biasi - Gilles de Bure - Didier Fassin - Anne-Marie Garat - Laurent Gaudé - Evelyne Grossman - Cécile Guilbert - Gisèle Halimi - Jacques Henric - Magali Jauffret - Manuel Jover - Catherine Humblot - Jean-Marie Laclavetine - Jean-Pierre Leonardini - Marie-José Mondzain - Gérard Mordillat - Jean-Luc Nancy - Sophie Nauleau - Michel Onfray- Erik Orsenna - Jean-Baptiste Para - Daniel Pennac - Ernest Pignon-Ernest - Olivier Py - Martial Raysse - Jean Ristat - Jean Rouaud - Georges Rousse- Lydie Salvayre - Elias Sanbar - Yves Simon - Fred Vargas - André Velter - Florence Viguier - Michel Vinaver - Paul Virilio.