DIAGNE Souleymane Bachir

Sénégal

19 mars 2019.

Professeur à l’Université Columbia de New York, ce normalien est l’une des voix philosophique africaines contemporaines les plus respectées en philosophie de l’Afrique et du monde islamique. Héritier musulman des Lumières, le philosophe sénégalais développe son approche personnelle sur ses thèmes de prédilection : qu’est-ce que philosopher en Afrique (L’encre des savants, Présence africaine, 2013) ? Son dernier opus, En quête d’Afrique(s). Universalisme et pensée décoloniale, propose en collaboration avec l’anthropologue Jean-Loup Amselle une réflexion sur les rapports entre l’Afrique et l’Occident : l’universalisme, les spécificités culturelles et linguistiques africaines, le soufisme ouest-africain, le panafricanisme. Enfin, cet ouvrage pointe l’importance salutaire de la mise en place d’une communication entre les cultures humaines de notre planète, pour venir à bout de ces barrières réelles ou fictives qui divisent notre monde.

 

Invoquant Averroès ou Avicenne, ce philosophe sénégalais souhaite s’inscrire dans la tradition de la « falsafa » : un mot grec arabisé désignant la philosophie en islam ; qui prit son essor au IXème siècle avec la traduction dans le monde arabe des œuvres majeures de la pensée grecque.

Formé à l’ENS de la rue d’Ulm, Souleymane Bachir Diagne se veut un héritier musulman des Lumières : à l’instar de l’indien Mohammed Iqbal (1877-1938), grand penseur moderniste qui travaillait à une « reconstruction » de la pensée religieuse de l’islam, il invite à un constant effort d’interprétation créatrice des textes.

Spécialiste des traditions philosophiques de l’Afrique et du monde islamique, ce normalien a été longtemps professeur à l’université à Dakar, tout en étant conseiller pour l’éducation et la culture du président Abdou Diouf de 1993 à 1999. Co-directeur du journal sénégalais Éthiopiques, membre du comité de publication de Présence africaine et du comité scientifique de la revue internationale Diogène, il enseigne aujourd’hui à l’université de Columbia (New York).

Dans Bergson postcolonial (CNRS, 2011) , il explore les affinités entre la pensée du philosophe français Henri Bergson (1859-1941) et celles de deux de ses admirateurs issus des colonies : le musulman indien Mohamed Iqbal et le sénégalais catholique Léopold Sédar Senghor, tous les deux politiciens, tous les deux poètes, tous les deux philosophes. La confrontation de trois maîtres avec lesquels il partage un même souci : résister à la pétrification de la pensée.

Il publie en 2013 un essai, L’encre des savants (Présence africaine), dans lequel Diagne pose la question : qu’est-ce que philosopher en Afrique ? L’auteur y revient sur les thèmes de réflexion privilégiés des penseurs du continent, tout en développant son approche personnelle de ces thèmes. Il publie notamment en 2014, Comment philosopher en islam chez Philippe Rey.

En 2017, il est fait chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres pour ses importants travaux liés à l’éducation et à la philosophie contemporaine, qu’il enrichit l’année suivante avec la parution de En quête d’Afrique(s). Universalisme et pensée décoloniale. Dans cet ouvrage, il s’interroge, conjointement avec l’anthropologue Jean-Loup Amselle sur les causes et les effets de l’émergence du paradigme postcolonial, la domination sociale et économique occidentale et inventorie les enjeux sociaux, culturels, politiques et économiques majeurs des rapports entre l’Afrique et l’Occident.


Bibliographie

 

DERNIER OUVRAGE

 
Romans

En quête d’Afrique(s). Universalisme et pensée décoloniale

Albin Michel - 2018

C’est dans la conjoncture de l’après Deuxième Guerre mondiale et de la conférence de Bandung (1955) qu’émerge le paradigme postcolonial, courant d’idées qui accompagne l’entrée sur la scène internationale des pays décolonisés dits du « Tiers Monde ». Dans leurs critiques de la domination occidentale, le ou les postcolonialisme(s) ont mis en avant la traite esclavagiste transatlantique et la colonisation. Progressivement, une théorie plus radicale s’est imposée : la « pensée décoloniale », qui fait remonter à la découverte des Amériques, en 1492, la mise en œuvre d’une nouvelle formule de domina¬tion sociale et d’exploitation économique, désormais indexée sur la notion de race.
À partir de leurs itinéraires respectifs, le philosophe Souleymane Bachir Diagne et l’anthropologue Jean-Loup Amselle dialoguent sur des questions cruciales qui engagent les rapports entre l’Afrique et l’Occident : l’universalisme, les spécificités culturelles et linguistiques africaines, le soufisme ouest-africain, le panafricanisme.
Ces échanges reposent sur la conviction partagée que toutes les entreprises qui visent à établir une communication entre les différentes cultures humaines de notre planète sont salutaires, car elles permettront d’abattre les barrières réelles ou imaginaires qui fragmentent notre monde.