Saint-Malo 1990 : Comment tout a commencé...

5 juin 2013.

Née d’une rencontre, la première édition du festival a lieu les 25, 26 et 27 mai 1990, un mois après le lancement de la revue Gulliver, qui rassemblait des textes littéraires d’écrivains du monde entier pour évoquer « le pouvoir des mots ». Michel Le Bris, directeur du festival, revient sur la genèse de l’évènement.

 

« Un jour, Maëtte Chantrel et Christian Rolland, avec lesquels j’avais travaillé pour France 3, accompagnés de Brigitte Morin (qui était commissaire de salon) et de Jean-Louis Simoneau, publicitaire, sont venus me trouver en me proposant de m’impliquer dans un projet de salon du livre. Pour moi, ça a fait « tilt ».

À l’époque, je me sentais mal dans le paysage littéraire français : c’était les derniers soubresauts de l’avant-garde, cette tentation de la littérature en forme de jeux de mots ou l’éternelle contemplation éperdue de son nombril ; J’avais également le sentiment qu’un monde était en train de disparaître, qu’un autre naissait, et j’étais convaincu que ce sont les artistes qui donnent à voir l’inconnu, le monde de demain. C’était par la science fiction, la musique, le théâtre de l’époque qu’était en train de naitre le monde qui venait : il y avait une certaine urgence à ce que la littérature retrouve les chemins du monde. Et d’ailleurs, elle était en train de le faire partout ailleurs qu’en France.

Comme j’étouffais dans ces modes de l’époque, j’étais décidé à me bagarrer, et me bagarrer cela voulait dire créer des collections : Payot « voyageurs » qui lançait le mot d’« écrivains voyageurs », des collections aux éditions Phébus… Mais surtout, j’étais en train de créer la revue Gulliver, avec un superbe comité de rédaction : il y avait là notamment Jim Harrisson et Alvaro Mutis. C’était une revue trimestrielle, composée uniquement de textes d’écrivains, de récits de voyages ou de nouvelles.
Un salon à ce moment là à créer, cela ne pouvait que m’ntéresser.

Le hasard a voulu que je rencontre à la même époque le maire de Saint-Malo, à l’occasion d’une petite exposition sur Stevenson, dont j’avais entrepris la biographie. Je lui ai proposé le projet d’un festival qui regrouperait un petit peu tous les auteurs que j’avais commencé à rassembler autour de la revue ou que j’éditais dans ces différentes collections, qui étaient à la fois des auteurs anglais, américains, et des auteurs français ou de langue française, totalement inconnus, pour la plupart, comme un certain Nicolas Bouvier… Il n’y avait pas meilleure ville que Saint Malo, véritable symbole de l’ouverture sur le monde et du voyage, et son maire a tout de suite été intéressé.
L’aventure était donc lancée.

Pour la première édition, les auteurs ont répondu assez massivement : Alvaro Mutis, Sepulveda, Jacques Lacarrière, Alain Borer, Gilles Lapouge, Nicolas Bouvier, Jacques Meunier, Ella Maillart, Théodore Mondod, Anita Conti,… plus ma cohorte d’écrivains anglais que je publiais chez Payot. Nous avons eu un gros succès public. Il y a eu des moments extraordinairement forts : certains auteurs pleuraient sur le quai de la gare en repartant le lundi… »

 

DERNIER OUVRAGE

 
Essais

Pour l’amour des livres

Grasset - 2019

« Nous naissons, nous grandissons, le plus souvent sans même en prendre la mesure, dans le bruissement des milliers de récits, de romans, de poèmes, qui nous ont précédés. Sans eux, sans leur musique en nous pour nous guider, nous resterions tels des enfants perdus dans les forêts obscures. N’étaient-ils pas déjà là qui nous attendaient, jalons laissés par d’autres en chemin, dessinant peu à peu un visage à l’inconnu du monde, jusqu’à le rendre habitable  ? Ils nous sont, si l’on y réfléchit, notre première et notre véritable demeure. Notre miroir, aussi. Car dans le foisonnement de ces histoires, il en est une, à nous seuls destinée, de cela, nous serions prêt à en jurer dans l’instant où nous nous y sommes reconnus – et c’était comme si, par privilège, s’ouvrait alors la porte des merveilles.

Pour moi, ce fut la Guerre du feu, « roman des âges farouches  » aujourd’hui quelque peu oublié. En récompense de mon examen réussi d’entrée en sixième ma mère m’avait promis un livre. Que nous étions allés choisir solennellement à Morlaix. Pourquoi celui-là  ? La couverture en était plutôt laide, qui montrait un homme aux traits simiesques fuyant, une torche à la main. Mais dès la première page tournée… Je fus comme foudroyé. Un monde s’ouvrait devant moi…

Mon enfance fut pauvre et solitaire entre deux hameaux du Finistère, même si ma mère sut faire de notre maison sans eau ni électricité un paradis, à force de tendresse et de travail. J’y ai découvert la puissance de libération des livres, par la grâce d’une rencontre miraculeuse avec un instituteur, engagé, sensible, qui m’ouvrit sans retenue sa bibliothèque.

J’ai voulu ce livre comme un acte de remerciement. Pour dire simplement ce que je dois au livre. Ce que, tous, nous devons au livre. Plus nécessaire que jamais, face au brouhaha du monde, au temps chaque jour un peu plus refusé, à l’oubli de soi, et des autres. Pour le plus précieux des messages, dans le temps silencieux de la lecture  : qu’il est en chacun de nous un royaume, une dimension d’éternité, qui nous fait humains et libres. »