BELASKRI Yahia

Algérie

19 mars 2019.

Installé en France depuis les émeutes de 1988, il pose un regard critique sur le «  grand récit  » qui réduit l’identité algérienne à l’arabité et à l’islam. Prix Ouest-France Étonnants Voyageurs 2011 pour Si tu cherches la pluie elle vient d’en haut, il participe au collectif Pourquoi Camus ? (2013), rédige une biographie-essai sur le résistant algérien Abd el-Kader, et de nombreux articles sur le dialogue des cultures méditerranéennes. Il signe en 2018 Le livre d’Amray, le récit d’une enfance et d’une jeunesse marquée au fer de la guerre et de la violence en Algérie. Avec ses compères, Hubert Haddad et Jean-Marie Blas de Roblès, il coordonne la rédaction de la revue littéraire Apulée, dont le 4e opus est consacrée à la traduction et ses enjeux cruciaux (esthétiques, politiques et littéraires).

 

Pour ce journaliste algérien installé en France depuis les émeutes de 1988, écrire est un acte de liberté. À travers de nombreux articles, essais et nouvelles, il pose un regard critique empreint d’un profond humanisme sur l’histoire de l’Algérie, de la France et des rapports conflictuels entre ces deux pays. S’il sait dépeindre la misère, la violence des guerres civiles en Algérie, il ne sombre jamais dans la fatalité tout en restant très réaliste. Yahia Belaskri croit avant tout dans la force de l’homme, la capacité des peuples à écrire leur histoire.

La volonté et l’engagement de l’auteur se retrouvent également dans son écriture. Yahia Belaskri se plaît à rompre la linéarité de ses romans par des énumérations descriptives parfois violentes, réalistes et crues, une manière pour lui de « remuer le couteau dans la plaie. » Prose authentique d’une Algérie combattive et blessée, celle-ci ne laissera pas le lecteur indemne.

Si tu cherches la pluie, elle vient d’en haut évoque les destins tragiques d’un homme et d’une femme rattrapés par les violences religieuses et le poids de l’histoire algérienne récente : une plongée sans complaisance dans la décennie noire, ce roman lui a valu en 2011 le Prix Ouest France-Étonnants Voyageurs.
En 2012, paraît Algéries 50, co-dirigé avec Elisabeth Lesne. L’année de la célèbration du cinquantenaire de l’indépendance, confier l’écriture d’Algéries 50 à 25 écrivains est une manière de contourner le discours officiel et de rendre le sort de l’Algérie à son peuple. Cinq ans après les premières révoltes du Printemps arabe, Yahia Belaskri apporte une dimension historique mais aussi humaine à ces événements désormais historiques. Pour lui l’écriture est ici un moyen de s’approprier l’histoire : " Ceux qui n’ont pas les mots périssent. Ceux qui les possèdent arrivent à se reconstruire ".
Critique à l’égard du « grand récit » qui réduit depuis 1962 l’identité algérienne à l’arabité et à l’islam, son roman souhaite rappeler la pluralité de l’Algérie : Une longue nuit d’absence exhume l’héritage oublié « d’Oran l’espagnole ». Il participe en 2013 à l’ouvrage collectif Pourquoi Camus ? paru à l’occasion du centenaire de la naissance de l’auteur. Il revient sur l’impact de l’œuvre du romancier, qu’il décrit comme "l’un des écrivains-phare de la terre algérienne". Début 2014 paraît Haïti en lettres, récit autobiographique et sensible de son séjour en Haïti en 2012 qui s’est achevé par le festival Étonnants Voyageurs la même année.

Fin 2014, Yahia Belaskri nous est revenu avec Les Fils du jour, une saga algérienne récompensée par le Prix Beur FM 2015 où il entreprend une incursion violente dans l’Histoire de l’Algérie. Sous sa plume se déploie l’Histoire du pays, du point de vue algérien, de la pénétration coloniale jusqu’à la reddition de l’émir Abdelkader, accompagnée de son lot d’injustices, de violences et de barbaries. Il dresse un tableau historique et spatial tout en dessinant les contours d’un amour transfrontière, transculturel et transreligieux avec une parfaite maîtrise du tempo et du sujet. À travers son personnage principal, El’hadj, il défend un Islam lumineux qui considère la vie comme sacrée, qui prône un métissage culturel des identités et des Hommes, qui transcende et dépasse les questions de couleur et de tribu. Les Fils du jour s’inscrit dans la position humaniste radicale de l’auteur.

Yahia Belaskri lance, aux côtés de Jean-Marie Blas de Roblès, Hubert Haddad, Abdellatif Laâbi et Catherine Pont-Humbert, une nouvelle revue annuelle de littérature et de réflexion, Apulée, qui s’engage à parler du monde d’une manière décentrée, nomade, investigatrice, loin d’un point de vue étroitement hexagonal, avec pour premier espace d’enjeu l’Afrique et la Méditerranée. Suivront les tome 2, De l’imaginaire et des pouvoirs en 2017, et tome 3, La guerre, le monde, et la paix, en 2018.

À la rentrée 2016, il publie une biographie Abd el-Kader, le combat et la tolérance, richement illustré, où il retrace avec délicatesse la vie aventureuse et le destin exceptionnel d’Abd el-Kader (1808-1883), fougueux nationaliste qui défend sa patrie agressée par les premiers colonialistes.

À travers le récit d’une enfance et d’une jeunesse marquée au fer de la guerre et de la violence en Algérie, Le Livre d’Amray est une charge ardente contre un régime autoritaire et tous les intégrismes religieux, un chant vibrant d’amour pour une terre qui n’est jamais nommée, une Algérie rêvée et rendue à la vie – un chant d’espoir au monde.

Le quatrième numéro de la revue Apulée, « Traduire le monde » interroge la volonté ancestrale de compréhension mutuelle, et la confronte au monde interdépendant et connecté de notre ère, où l’enchevêtrement des cultures est autant questionné qu’inéluctable.


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DERNIER OUVRAGE

 
Revue

Apulée #4 - Traduire le monde

Zulma Éditions - 2019

On accède majoritairement aux cultures du monde par la traduction. Plus une langue s’emploie à traduire, plus s’éploient ses capacité inventives. Les grandes heures d’une culture correspondent aux apports décisifs des langues autres, étrangères, toujours plus ou moins apparentées, ne serait-ce que par la vigoureuse, multiforme analogie des espaces symboliques.
« Quand une langue n’emprunte plus à une autre, elle se fige », disait justement Alain Rey. Et plus encore peut-être quand elle ne voyage pas dans une, dans plusieurs autres.
Ainsi visitera-t-on les langues enfouies, archéologiques, et leurs trésors, les langues vernaculaires, les langues vivantes sino-tibétaines, sémitiques ou subafricaines. Ce numéro sera illustré de multiples graphies avec un soin particulier dans la mise en page. Les systèmes d’écriture alphabétiques y côtoieront les formes logographiques et syllabiques.
Il s’agit plus que jamais de relancer et d’exalter l’aventure existentielle dans ses grandes largeurs, à commencer par ces lointains qui nous rassemblent, fidèles à l’appel constant des autres rives et des antipodes, à savoir cette idée toujours neuve de la liberté, dans l’interdépendance et l’intrication vitale des cultures.
La traduction sera donc à l’honneur. Langue source, langue cible : c’est ainsi que les époques et cultures s’enlacent et se répondent, se tissent et se métissent.