LAHENS Yanick

Haïti

14 février 2018.

Grande figure de la scène littéraire haïtienne, Yanick Lahens s’est toujours attaquée sans complaisance aux dures réalités caribéennes, tout en s’impliquant activement dans la vie culturelle d’Haïti et le combat contre l’illéttrisme. Après Failles, un texte de combat et d’urgence paru en 2010 au lendemain du séisme, elle publie un ample roman familial d’une beauté grave : Bain de lune, prix Femina 2014, le portrait de deux familles rivales du bord de la côte. Elle poursuit sa fascinante peinture d’Haïti avec un récit choral où les personnages oscillent entre douceur et sauvagerie, pris au piège de la réalité d’une ville au mains des criminels. Polar et roman d’amour, ardent, intense, rythmé par la poésie.

 

Grande figure de la littérature haïtienne, Yanick Lahens brosse sans complaisance le portrait de certaines réalités caribéennes et s’implique activement dau développement social et culturel de son île. Elle occupe sur la scène littéraire haïtienne une position très singulière par son indépendance d’esprit et l’autorité que lui confèrent ses actions de terrain.
Longtemps professeur de littérature, mais aussi journaliste, Yanick Lahens consacre aujourd’hui une grande partie de son temps à une fondation destinée à former les jeunes générations aux stratégies de développement durable.

Née à Port-au-Prince en 1953, elle termine ses études à La Sorbonne à Paris. De retour en Haïti elle enseigne à l’Ecole Normale Supérieure et multiplie les activités : journaliste, elle collabore à de nombreuses revues tels que Chemins critiquesCultura a animé l’émission « Entre nous » sur Radio Haïti Inter ; un temps éditrice aux éditions Henri Deschamps, membre fondatrice de l’association des écrivains haïtiens qui combat l’illettrisme en organisant des lectures et rencontres dans les écoles du pays et membre du Conseil International d’Etudes Francophones elle a également intégré le cabinet du ministre de la culture aux côtés d’un autre grand écrivain haïtien, Louis-Philippe Dalembert, de 1996 à 1997.
Toujours impliqué dans l’histoire et la vie de son pays elle dirige, en 1998, le projet La route de l’esclavage qui interroge, par la science et les arts, l’histoire de l’esclavage.

Vers la fin des années 80, Yanick Lahens se lance dans l’écriture. Tout d’abord des essais sur la littérature, comme celui qu’elle consacre à l’écrivain haïtien Marie Chauvet. C’est en 1990 qu’elle est remarqué lors de la publication d’un essai sur l’exil considéré comme un élément important de la culture haïtienne, notamment dans la littérature, intitulé L’exil : entre l’ancrage et la fuite, l’écrivain haïtien. Après avoir publié deux recueils de nouvelles (Tante Résia et les dieux et La petite corruption, paraît son premier roman Dans la maison du père qui est salué par la critique et récompensé par le Prix Millepage en 2008 et le Prix RFO en 2009. Bildungsroman dans les tourments de la révolution haïtienne de 1945.

Après ce premier succès, elle décide d’écrire un roman d’amour en 2010 qui se trouve balayé par la violence du séisme. Déambulant dans Port-au-Prince engloutie, elle prend des notes pendant huit mois sans trop savoir ce qu’elle en fera jusqu’à ce que s’impose à elle le mot "failles" : « Un mot trou noir. Un mot sang. Un mot mort », qui devient le titre de son livre publié en décembre 2010. Cette oeuvre est un texte de combat et d’urgence, mais aussi de compassion. Failles indique que celle du séisme ne doit pas masquer les autres failles, sociale, politique, et économique qui dévastent son île depuis des décennies.
Son projet d’écrire un roman d’amour, celui qu’elle avait laissé sur le bord de la route, se concrétise trois ans après le séisme qui a touché Port-au-Prince sous le titre Guillaume et Nathalie(2013). Ces deux personnages, déjà présents dans le dernier chapitre de Failles réalise leur "histoire de séduction et de corps" dans ce roman d’une beauté grave.

Presqu’un an aprés l’élection de Dany Laferrière à l’Académie française, Yanick Lahens se voit décerner le titre d’officier des Arts et des Lettres par l’ambassadeur de France en Haïti. La même année, son quatrième roman Bain de lune— fruit d’années de travail — est consacré par le Prix Femina 2014. Elle présente dans cette chronique, violente et poétique, un conflit opposant deux familles ennemies les Lafleur et les Mésidor, sur trois générations, dans un village côtier en Haïti qui s’étend à la politique du pays. En dévoilant la beauté de la tragédie qui réside dans ce petit espace de la Caraïbe, Bain de lune esquisse, dans un style direct et tranchant, la lutte des habitants aussi bien contre la politique des dictateurs que contre les colères de la nature exprimées par des tremblements de terre, des ouragans, des sécheresses…

Dans son nouveau roman Douces déroutes, elle continue d’ausculter Haïti et ses multiples facettes. Après l’évolution du milieu rural dans Bain de lune, Yanick Lahens explore ici la réalité de la capitale Port-au-Prince, personnage à part entière du roman : « une ville récemment pilonnée au mortier lourd ou à l’arme chimique. Noire, embrasée aux portes nord et sud, couvant ailleurs son feu. Ville gueule ouverte. Asphyxiée d’avoir avalé à chaque averse toute la rocaille, la boue et les détritus. Ville abandonnée à son agonie. » Un puzzle de personnage y prend place : épris de douceur, de tendresse, ou plongeant dans la sauvagerie et la haine, chacun est pris au piège de sa réalité. Tout à la fois polar et roman d’amour, Douces Déroutes nous dévoile progressivement leur intimité, d’une écriture vive, comme rythmée aux sons de Port-au-Prince. Avec acuité, le regard de l’auteure illumine les personnages et vient mettre à nu les paradoxes, les « douces déroutes » de Port-au-Prince et de ses habitants. Et comme Russell Banks l’affirmait déjà dans sa préface à l’édition américaine de Bain de lune : « Ce qui est indéniablement vrai des personnages de Lahens l’est indéniablement pour chacun d’entre nous. » Car avec sa poésie, si Yanick Lahens a composé un chant d’amour à Haïti, il résonne de façon universelle.


Bibliographie :

Bibliographie en Anglais

 

DERNIER OUVRAGE

 

Douces déroutes

Sabine Wespieser Editeur - 2018

À Port-au-Prince, la violence n’est jamais totale. Elle trouve son pendant dans une « douceur suraiguë », douceur qui submerge Francis, un journaliste français, un soir au Korosòl Resto-Bar, quand s’élève la voix cassée et profonde de la chanteuse, Brune.
Le père de Brune, le juge Berthier, a été assassiné, coupable d’être resté intègre dans la ville où tout s’achète. À l’annonce de la mort de ce père qui lui a appris à « ne jamais souiller son regard », la raison de sa fille a manqué basculer. Six mois après cette disparition, tout son être refuse encore de consentir à la résignation.
Son oncle Pierre n’a pas non plus renoncé à élucider ce crime toujours impuni. Après de longues années passées à l’étranger, où ses parents l’avaient envoyé très jeune – l’homosexualité n’était pas bien vue dans la petite bourgeoisie –, il vit reclus dans sa maison, heureux de rassembler ses amis autour de sa table les samedis.
Aux côtés de Brune et de Pierre ; d’Ézéchiel, le poète déterminé à échapper à son quartier misérable ; de Nerline, militante des droits des femmes ; de Waner, non-violent convaincu ; de Ronny l’Américain, chez lui en Haïti comme dans une seconde patrie, et de Francis, Yanick Lahens nous entraîne dans une intrigue haletante. Au rythme d’une écriture rapide, électrique, syncopée, comme nourrissant sa puissance des entrailles de la ville, elle dévoile peu à peu, avec une bouleversante tendresse, l’intimité de chacun. Tout en douceur, elle les accompagne vers l’inévitable déroute de leur condition d’êtres humains. Russell Banks l’affirme dans sa préface à l’édition américaine de Bain de lune : « Ce qui est indéniablement vrai des personnages de Lahens l’est indéniablement pour chacun d’entre nous. »

Revue de Presse