BORER Alain

France

19 mars 2019.

Poète, critique d’art, essayiste, romancier et dramaturge, il est un spécialiste mondialement reconnu d’Arthur Rimbaud, dont il a suivi les traces jusqu’à Harar en Éthiopie. Cet écrivain est un fidèle du festival, signataire du manifeste Pour une littérature monde en français et président du prix Ganzo de poésie. Son dernier livre est un chant d’amour à la langue française, par lequel le lecteur découvre avec jubilation la complexité de sa langue, pour avoir peut-être à cœur le souci du « bon mot » !

 

Pendant trente ans sur les traces d’Arthur Rimbaud, de la lecture de ses poèmes à la découverte de ses derniers instants de vie en Éthiopie, Alain Borer est un romantique pour qui le voyage se conjugue toujours avec l’aventure. Ce grand ami d’Hugo Pratt et de Léo Ferré est un écrivain aux multiples facettes : romancier, essayiste, dramaturge, professeur d’enseignement artistique à l’École des Beaux-arts de Tours-Angers-Le Mans (site de Tours) et visiting professor à USC Los Angeles, il décide à 37 ans de faire évoluer son œuvre : après des ouvrages très remarqués comme Rimbaud en Abyssinie, il choisit de quitter son idole avec un dernier livre, Adieu à Rimbaud.

C’est donc lors de sa seconde carrière d’écrivain qu’Alain Borer se révèle en tant que romancier de talent. Avec Koba, il signe un premier roman foisonnant, d’une splendeur d’écriture et d’une ambition rares, mettant en scène un bûcheron géorgien, Koba, chef des Abreks, parti à la recherche des dieux pour les exterminer. Koba a obtenu le Prix Joseph Kessel en 2003. Il s’essaie aussi avec succès au théâtre : sa pièce Icare & I don’t a été couronnée du 70e prix Apollinaire, et il a reçu le prix Édouard Glissant décerné par l’Université Paris-VIII pour l’ensemble de son œuvre. Mais c’est peut-être Roland Barthes qui lui rend le plus bel hommage lorsqu’il déclare : « Chez vous l’art de vivre et l’art d’écrire se confondent ».

En 2010, il publie Le ciel & la carte (Seuil), une allégorie sur l’enfer et un poème approfondi sur le paradis, une farce hilaro-tragique à surprises multiples qui délivre, au passage, une analyse politique percutante sur les essais nucléaires, ou l’invention par Bougainville du paradis moderne. En 2012, il signe la préface du très beau recueil de poésie de Frédéric-Jacques Temple, Phares, balises & feux brefs : Suivi de Périples ; savant mélange de poèmes qui fleurent bon les voyages, réels ou imaginaires, de ce « collectionneur de l’empreinte poétique des temps heureux ». Il participe la même année à Travelling du monde, ouvrage collectif consacré au photographe et directeur des éditions Cercle d’Art, Philippe Monsel.

Son dernier livre, De quel amour blessée, tient son titre d’un de ces vers de Phèdre à Œnone dans le premier acte de la tragédie de Racine : « Ariane, ma sœur ! de quel amour blessée/Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée ! » Alain Borer, telle une vigie de la langue, y livre une splendide ode à la langue française, celle de son enfance, sans cesse réapprise. Selon lui, la langue française se meurt, en proie à un « anglobal » qui, à force de dé-nomination et de dé-sinvention, engloutit toutes nuances et avec elles toute une civilisation. À travers ce chant d’amour de la langue française et à partir de la lente histoire de sa construction, le lecteur, en redécouvrant avec jubilation la complexité de sa langue, aura peut-être à cœur le beau souci des mots.


Le site d’Alain Borer


Bibliographie

 

DERNIER OUVRAGE

 
Récit

Villeglé l’anarchiviste : 100 « grammes » pour Jacques Villeglé

Gallimard - 2019

« Je n’ai vu la Beauté que trois fois dans ma vie, la Beauté absolue, celle qui vous prend sur ses genoux, évidence indiscutable, coup de poing au plexus souffle coupé, extase instantanée, satori au cours duquel tout comprendre et se taire à la fois… » Qu’ils soient théoriques, d’exposition ou mélogrammes, les 100 grammes d’Alain Borer sont une indiscutable éclaircie posée sur l’oeuvre de Jacques Villeglé, ambitionnant de regarder le monde comme un tableau.